1. Vous êtes passé par un incubateur ? Comment transformer l’essai à la sortie

Vous êtes passé par un incubateur ? Comment transformer l’essai à la sortie

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À la sortie de l'incubateur, la jeune entreprise peut encore trouver de l'aide avant de voler de ses propres ailes, Ici au YEC de Troyes. // © Olivier Frajman
À la sortie de l'incubateur, la jeune entreprise peut encore trouver de l'aide avant de voler de ses propres ailes, Ici au YEC de Troyes. // © Olivier Frajman

Certains incubés déjà bien installés sur leur marché sont contents de quitter le nid pour voler de leurs propres ailes. Mais d’autres appréhendent le départ de l’incubateur. Pas de panique, votre incubateur n’est pas loin, et il existe de nombreuses structures susceptibles de prendre le relais.

#1. Évaluez bien le risque avant de continuer

Premier conseil : avoir les pieds sur terre. Si l'entrepreneuriat nécessite une bonne dose de ténacité, il demande aussi du réalisme. Toute start-up dispose d'une "durée de vie", c'est-à-dire une période donnée pour se développer, au-delà de laquelle il faudra savoir jeter l'éponge si les résultats ne sont pas au rendez-vous. "En postincubation on conseille aux entreprises d'être lucides et d'arrêter si nécessaire", confie Sylvia Maucort, responsable du YEC de la Technopole de l'Aube en Champagne, situé à Troyes (10).

Selon Jean-Claude Lemoine, directeur d'IncubaGEM, la survie d'une jeune entreprise dépend souvent de sa capacité à réussir sa deuxième levée fonds pour assurer son développement. S'il est assez facile de trouver les premiers 50.000 € pour monter son projet – subventions, prêts d'honneur, concours, etc. –, cela risque ensuite de se corser : "Aujourd'hui, les choses peuvent démarrer vite en termes de financement, puis s'arrêter tout aussi rapidement", poursuit le responsable grenoblois.

Le réveil alors, peut alors être violent : "Quand on fait les comptes, on en a vite pour 20.000-30.000 €, avertit ce serial-entrepreneur. On perd sa mise, mais aussi les 3 ou 4 bons copains embarqués dans l'aventure, et on gagne des dettes auprès des banques."

#2. Partez au bon moment

Quel est le bon moment pour quitter l'incubateur et voler de ses propres ailes ? Tout dépend de vous. Dans certains incubateurs, la durée de votre passage est limitée dans le temps (voir encadré). "Il fallait qu'on parte pour laisser la place, se souvient Hugo Avale, cofondateur de NeoJobs, incubé 18 mois à IncubaGEM. On a ressenti de la nostalgie mais cela nous a aussi apporté un peu de sang neuf."

Dans la plupart des cas, le départ coïncide avec l'indépendance financière et opérationnelle de la jeune entreprise. "Le but de l'incubation, c'est que la start-up, mature financièrement soit capable de faire des affaires", précise Sylvain Forté, en 5e année à l'Insa de Strasbourg (67) et président de SESAMm SAS, une start-up spécialisée en ingénierie financière, incubée depuis 2014 par Semia. Lui se donne 2 ans pour disposer d'"un projet financièrement fiable, et embaucher des gens".

Au YEC, l'incubateur porté par la Technopole de l'Aube en Champagne, l'incubation oscille entre 6 et 12 mois environ (et jusqu'à 18), selon la nature des projets : "Nous accompagnons beaucoup de projets Web où l'on incite les étudiants à aller très vite sur le terrain et en business, témoigne Sylvia Maucort, la responsable de la structure. Pour les projets à fort potentiel qui ont besoin d'un apport en capital ou les projets très technologiques, c'est plus long."

Marianne Lenoir, fondatrice de Black & Black Design, une autoentreprise de design, ne s'est pas fixée de durée d'incubation. Pour partir, elle attend d'avoir atteint "une certaine stabilité" et de ne plus avoir besoin de conseils en marketing.

#3. Restez entouré et continuez à vous faire conseiller

"Quand on sort d'incubation, il ne faut pas rester seul", conseille Gilles Grand, directeur de l'incubateur alsacien Semia. Pour un maximum d'efficacité, il conseille aux start-up de se rapprocher d'un groupe d'entrepreneurs et d'un réseau de professionnels de leur secteur.

Votre incubateur pourra vous mettre en contact avec des pépinières ou des hôtels d'entreprises si vous souhaitez rester en "colocation" entre entrepreneurs... "Les pépinières sont souvent au prix du marché, ou un peu plus bas, mais l'intérêt c'est que la formule est plus souple qu'un bail commercial traditionnel, tant en termes de caution que de mètres carrés occupés, des formules évolutives sont proposées", détaille Pascale Massot, responsable de l'incubateur ParisTech Entrepreneurs.

"On travaille beaucoup avec la communauté d'agglomération du Val de Bièvre qui nous aide à avoir des locaux à des tarifs privilégiés dans les pépinières", témoigne Romain Dausset, responsable d'Efrei Entrepreneurs.

Votre incubateur vous dirigera aussi vers d'autres incubateurs d'entreprises ou de collectivités, spécialisés ou non, avec des accélérateurs, des clusters, des pôles de compétitivités, des réseaux d'entrepreneurs… La liste des interlocuteurs potentiels est longue. Par exemple, IncubaGEM a conclu des accords avec d'autres incubateurs, comme Tarmac ou Gate 1, où les porteurs de projets très "techno", auront accès à des "ingénieurs de très haut niveau et aux laboratoires pour des tests".

À la sortie du YEC, les projets innovants ou à forte dimension technologique peuvent ensuite être accueillis à la Technopole de l'Aube. NeoJobs, incubé à IncubaGem a déposé un dossier pour intégrer le Réseau Entreprendre Isère. "Il donne accès à un accompagnement et à un prêt d'honneur", explique Hugo Avale. Pendant 3 ans, les jeunes entrepreneurs vont être suivis de manière individualisée par un membre du réseau. "On fait des points réguliers, ils nous demandent où on en est d'un point de vue humain, comment faire entrer notre projet professionnel dans un projet de vie, combien on a rencontré de prospects ce mois-ci...", raconte le jeune homme. Un après-midi par mois, l'équipe de la start-up retrouve tous les membres de la promotion Entreprendre pour échanger sur leurs problématiques du moment.

#4. Composez-vous un "board"

Enfin, avant même de se chercher des locaux, Pascale Massot, responsable de l'incubateur ParisTech Entrepreneurs, recommande à la start-up qui sort d'incubation de se composer un "board" avec des gens capables de la conseiller : "Des entrepreneurs, des gens qui connaissent le secteur, des financiers, etc. qui vont rester à côté de vous."

Une "couvée" plus ou moins longue
L'incubation peut durer de 6 mois à plusieurs années selon les structures, la nature et l'état d'avancement du projet au moment où il arrive à l'incubateur.
En moyenne, il faut compter autour de 18 mois à 2 ans : "À Semia, au bout de 1 an et demi à 2 ans, l'objectif est d'avoir une start-up avec un équipe autonome et qui dispose de suffisamment d'argent pour passer à l'étape suivante dans le cadre d'un business plan clairement rédigé", explique Gilles Grand, le directeur de l'incubateur. "On prend les start-up à l'état de projet et on les aide à se lancer sur le marché, éventuellement à lever des fonds, prendre des locaux et à embaucher des personnels, note de son côté Romain Dausset, responsable d'Efrei Entrepreneurs, l'incubateur du groupe d'écoles du même nom. Le but est d'obtenir le maximum de structures fiables."
Le taux de survie des start-up, lié notamment au type de projets incubés, varie d'un incubateur à l'autre. IncubaGEM revendique un taux de survie de 60 % à 3 ans, le YEC 70 %, Efrei Entrepreneurs 85 %, Semia 90 %…