Journée internationale des droits des femmes : la jeunesse se mobilise

Par Amélie Petitdemange, publié le 08 Mars 2022
6 min

Lycéens ou étudiants, les jeunes se sont mobilisés pour la journée internationale des droits des femmes, ce 8 mars 2022. Lutte contre les violences sexistes et sexuelles, casser les stéréotypes de genre, etc. Reportage lors de la manifestation parisienne.

Des milliers de personnes ont manifesté, ce mardi 8 mars, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. A Paris, le cortège est parti de la Gare du Nord sous un soleil engageant. Une vague violette, couleur de la mobilisation, a déferlé vers l’hôpital Tenon, en passant par la place de la République, le Père Lachaise et le lycée Voltaire.

Chaque arrêt était l’occasion d’aborder une revendication, parmi lesquelles stopper les violences gynécologiques, ouvrir un centre d’IVG dans chaque hôpital, régulariser les femmes sans papiers, promouvoir la place des filles en sciences, lutter contre les féminicides…

Mathilde et Mélina, étudiantes en cinéma à l’ESIS (Ecole supérieure de l’image et du son), se battent au quotidien pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Pour elles, il était évident de se mobiliser lors de cette journée "où la lutte est la plus visible". Le choix entre leurs cours et la manifestation a été évident : "il y a des priorités dans la vie", lance Mathilde. Un choix pas si évident : elles sont les seules étudiantes de leur école à défiler.

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Lutter contre les violences sexistes et sexuelles

"Le monde du cinéma est particulièrement sexiste", soulève la jeune femme de 19 ans. Dans leur promotion – majoritairement constituée d’hommes – elle affirme devoir travailler deux fois plus pour atteindre les mêmes résultats. Mélina acquiesce : "on voit bien que des projets se montent dans la promotion. Nous, personne ne vient nous voir. On est vues comme le groupe de filles qui rigolent". Depuis qu’elles ont décidé de monter une société de production avec deux autres camarades, le regard sur elles a changé.

Elles se battent aussi au quotidien pour enrayer le sexisme dans leur école. Comme ce jour où Mathilde a passé plus d’une heure à expliquer à son professeur que la publicité utilisée dans son exercice était sexiste. "Il nous demandait de travailler sur une pub avec une femme qui arrivait comme une bombe pour vendre un déo… J’ai fini par obtenir qu’on change d’exercice".

Elles demandent aussi à la direction d’inviter plus de professionnelles dans les conférences. "Quant aux professeurs, ce sont quasiment tous des hommes. Les femmes sont à l’administration", souligne Mathilde.

Pour les deux étudiantes, les priorités en termes de droits des femmes sont la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et la réduction de l’écart salarial. "Il faut allouer un budget plus important pour mieux former les policiers. L’éducation a aussi un rôle à jouer, avec des cours sur le consentement, l’égalité de genre, les différentes sexualités…", affirme Mélina.

La jeune femme de 19 ans est optimiste quant à l’évolution de la société. "Nous sommes plus éduqués que la génération précédente sur ce sujet, et les collégiens le sont plus que nous, donc j’ai de l’espoir !"

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Casser les stéréotypes de genre

Dans le cortège, un groupe de lycéens est présent, pancartes à bout de bras et vêtements violets de la tête aux pieds. A 15 ans, Iris, Paula, Terence et Christina se mobilisent pour "supporter les femmes dans le monde entier" et "lutter contre les inégalités et le sexisme". Contrairement à ce que l'on peut penser, ils affirment qu’il est mal vu d’être féministe dans leur lycée. "Les élèves de première et de terminale sont plus engagés. Mais dans notre classe de seconde, on est vus comme le cliché des féministes enragées", affirme Iris.

Le sexisme, ces lycéens l’observent chaque jour en classe. "Les garçons font des blagues lourdes, sur la place des femmes dans la cuisine par exemple. Si on leur fait remarquer, ils disent que c’est juste pour rigoler et qu’on ne peut plus rien dire", se désole Paula.

Pour Terence, il faut éduquer les enfants dès la maternelle pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. "Commençons par casser les stéréotypes au niveau des jouets, des couleurs…", propose le jeune homme.

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Marie et Adrien, étudiants de 23 et 20 ans, s’apprêtent à entamer la marche féministe. Adrien, en première année d’informatique à l’école d’ingénieurs EFREI, rejoint les propos du jeune Terence. "Il faut changer les mentalités. Dès la naissance, il faut arrêter de genrer les enfants et les laisser choisir leurs activités, leurs jouets…".

Des stéréotypes qui continuent tout au long de la vie. "En école d’ingénieurs et d’informatique, on a 5% de femmes. Au lycée, on dit aux filles que ce cursus n’est pas fait pour elles. Certaines de mes amies ont été découragées de s’inscrire. A celles qui viennent, on leur répète qu’elles ne vont pas réussir", observe-t-il.

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Des femmes aux postes de pouvoir

Marie, en deuxième année de master de sociologie à l’EHESS, souligne quant à elle les abus d’autorité de ses professeurs. "Certains agressent sexuellement des étudiantes en classe, d’autres ne donnent pas la parole aux femmes ou ne les écoutent pas".

A l’approche de l’élection présidentielle, elle espère voir plus de femmes à des postes de pouvoir et plaide pour des mesures radicales contre le harcèlement de rue et de l’éducation sexuelle en primaire. La ou le nouveau président répondra-t-il à ces revendications ? Réponse en avril 2022.

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