Par Florian Dacheux, publié le 12 Octobre 2021
6 min

Se loger reste chaque année un parcours du combattant pour de nombreux étudiants. Certains choisissent la cohabitation solidaire et intergénérationnelle contre différentes formes d’échanges de service.

Originaire d’Ethiopie, Tewoflos débarque à Nice en 2017 pour ses études. Première étape : se loger. Après avoir connu le quotidien d’une chambre de 9m2 dans une résidence universitaire du Crous pendant toute la durée de sa licence, il rejoint Paris pour intégrer un master en sciences politiques à l’université de Nanterre (92). Depuis septembre 2020, il a intégré le dispositif de l’association Ensemble 2 Générations, spécialisée dans la cohabitation intergénérationnelle.

"À Paris, la vie est très chère et j’avais déjà entendu parler de cette association, confie le jeune homme actuellement en deuxième année de master. J’ai entamé les démarches puis j’ai trouvé un logement dans Paris. Il s’agit d’un logement gratuit en échange d’une présence le soir et la nuit. J’ai une soirée de libre dans la semaine ainsi que deux week-ends par mois."

Lire aussi

Lutter contre la précarité et l'isolement

Accueilli par Sami, 93 ans, Tewoflos apprécie, au-delà de l’aspect financier, cette formule basée sur l’humain. "Je vis dans un appartement plus grand et m’y plais beaucoup, poursuit-il. Je suis présent chaque soir et mange régulièrement avec Sami. Dans ma famille, on a toujours accordé beaucoup d’importance aux aînés. On cuisine ensemble, on discute de politique et d’histoire. C’est vraiment enrichissant."

Présent en Île-de-France ainsi que dans 32 villes de l’Hexagone, le dispositif développé par Ensemble 2 Générations a constitué plus de 7.000 binômes depuis son lancement en 2006. Il permet ainsi de combattre plusieurs formes de précarité. "Notre but premier est de lutter contre la solitude et l’isolement des personnes âgées, d'aider les étudiants à accéder à un logement décent ainsi que de recréer du lien, témoigne Catherine Garnier, chargée de mission dans l’ouest parisien. À l’issue d’un entretien, nous constituons chaque binôme en fonction des attentes de chacun."

Lire aussi

Offrir du temps

Alors que la crise sanitaire a amplifié les phénomènes de solitude, de nombreuses autres plateformes encouragent la solidarité intergénérationnelle selon les mêmes principes. À l’instar de A2Ages basée dans l’agglomération lyonnaise. "On tient beaucoup à l’engagement du jeune, affirme sa responsable, Bernadette Millet, qui a fondé l’entreprise en 2017. Ce ne sont pas des auxiliaires de vie. Mais il ne s’agit pas non plus d'être volontaire sous prétexte que le logement est gratuit. Il s’agit d’offrir du temps. Et nous sommes là pour assurer le suivi de chaque binôme sur la durée."

Étudiante à Paris en deuxième année de droit et d’histoire, Léopoldine, 19 ans, confirme cette volonté d’engagement : "Ce n’est pas fait pour un étudiant qui aime faire la fête tous les soirs. Pour ma part, je suis des études exigeantes, donc ça me convient très bien. Avec Aline, qui a 90 ans, on a bâti une relation de confiance depuis mon installation en octobre 2020 et je compte y rester jusqu’à la fin de ma licence. On discute, on regarde un film, et s’il y a des soirs où je risque d’être en retard, on s’appelle et on s’organise."

Des services contre un logement

D’un repas partagé à une séance de cinéma en passant par une balade en ville, tout est possible en fonction des disponibilités de l’étudiant et des attentes de l’hébergeur. Des valeurs d’entraide que partage Marie Mahé, la présidente de Toit Chez Moi, une plateforme d’économie collaborative née en 2015 à Strasbourg (67) qui permet à un propriétaire ou à un locataire de mettre à disposition une partie de son logement gratuitement en contrepartie de la réalisation de petits services tels que de l'aide à domicile, du baby-sitting, du bricolage, de la garde d’animaux, du jardinage, des courses ou encore soutien scolaire.

"D’un côté, il y a les propriétaires et les locataires qui possèdent une chambre de libre et qui ont besoin d’un service, et de l’autre des étudiants ou des salariés, qui ont des compétences et qui souhaitent les partager en échange d’un logement, explique Marie Mahé. Cela plaît énormément. Nous avons dépassé les 470.000 utilisateurs avec 10.000 logements actifs en France. Nous sommes également présents dans 46 pays."

Et ce n’est pas tout puisque Toit chez Moi vient de lancer la plateforme Kee Seek qui permet de réserver en ligne des logements meublés sans garant. Idéal pour les étudiants en mobilité dans le cadre d’une alternance, d’un stage ou tout simplement d’un premier emploi.

A la Une logement étudiant

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !