1. Goncourt des lycéens : nous avons rencontré le jury
Reportage

Goncourt des lycéens : nous avons rencontré le jury

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Abel Quentin, auteur de "Soeur" avec des élèves de terminale L et ES du lycée Condorcet. // © Marion Floch
Abel Quentin, auteur de "Soeur" avec des élèves de terminale L et ES du lycée Condorcet. // © Marion Floch

Quatre-cents lycéens rassemblés dans un auditorium pour échanger avec quatorze auteurs sélectionnés au Goncourt, ça donne le Goncourt des lycéens. Entre les coups de cœur des uns et l’indifférence des autres, les auteurs ont dû défendre leur roman auprès du plus impitoyable des jurys : les jeunes.

Le 8 octobre, 400 lycéens se sont déplacés sur le campus de Jussieu de Sorbonne Université, à Paris. Mission du jour : rencontrer quatorze auteurs sélectionnés pour le Goncourt des lycéens, dont vous êtes les jurés. Certains d’entre eux sont même venus depuis Fort de France, en Martinique, pour assister à cette journée.

Différents profils de lecteurs dans le jury

Cette année, environ 2.000 lycéens ont été sélectionnés pour être jurés dans le Goncourt des lycéens, petit frère du fameux Goncourt. Démarré début septembre, ils ont jusqu’à mi-novembre pour lire les quatorze livres de la première sélection et voter pour leur ouvrage préféré. Carmen, élève de terminale L-ES, à Paris s’est complètement prise au jeu : "Je vois ça comme un challenge. Lire tant de livres en peu de temps. Est-ce que j’en suis capable, est-ce que je vais réussir ?"

Mais il y a aussi des élèves qui ne sont pas vraiment ravis d’être là. "Je n’aime pas spécialement lire, à part des mangas, alors quand les profs nous ont expliqué qu’on participait au Goncourt des lycéens, je ne voulais pas le faire mais en fait, c’était obligatoire", admet Mohammed, 15 ans, lycéen à Fort de France.

"On doit se demander pourquoi un roman nous plaît"

Il y en a d’autres qui découvrent l’univers du Goncourt et qui sont ravis, comme Florent, 15 ans, plus adepte de Naruto que de Victor Hugo. "Je ne connaissais pas du tout le Goncourt des lycéens mais je réalise la chance que j’ai d’y participer. J’ai découvert des livres que je n’aurais pas lus de moi-même comme Soif d’Amélie Nothomb. Elle est spéciale mais j’ai bien aimé sa façon d’écrire."

Le roman "Soif" d'Amélie Nothomb fait partie de la première sélection pour le Goncourt des lycéens. // © Marion Floch
Le roman "Soif" d'Amélie Nothomb fait partie de la première sélection pour le Goncourt des lycéens. // © Marion Floch

Pour sélectionner leur roman préféré, Céleste, Anna, Chloé et Kesha du lycée Condorcet savent comment elles vont faire. "Nos cours nous aident à développer notre esprit critique. Quand on doit écrire une critique littéraire, on se demande quelles qualités doit avoir un bon roman, quel type de héros et quelle intrigue nous préférons, en fait on doit se demander pourquoi un roman nous plaît." Elles auront jusqu’au 12 novembre pour finir leur lecture et devront ensuite élire un délégué qui ira défendre le choix de la classe lors des délibérations régionales et nationales.

Les lycéens, un jury difficile

Les auteurs de la sélection ont dû défendre leur livre devant un auditorium rempli et répondre à des questions telles que : "Vous avez dit dans votre livre que vous vouliez écrire quelque chose de nouveau. Pensez-vous avoir réussi ?" Tous les auteurs s’accordent pour dire que l’exercice n’est vraiment pas simple : "C’est plus difficile de répondre à des jeunes car on ne sait pas trop ce qu’ils ont lu avant", confie Amélie Nothomb.

Olivier Rolin, auteur d’Extérieur monde, donne la même opinion : "C’est plus difficile de répondre à des jeunes car on n’a pas forcément les mêmes références, mais je trouve ça plus encourageant. Si les livres continuent d’exister, ce sera grâce à eux." Abel Quentin, auteur de son premier roman, Sœur, mais avocat de formation, a aussi une vision optimiste : "C’est émouvant de voir ces publics de lycéens, on nous répète des discours déprimants sur la jeunesse et la littérature et là, de voir ça, c’est génial".

Les auteurs sélectionnés ont défendu leur livre devant les lycéens. // © Marion Floch
Les auteurs sélectionnés ont défendu leur livre devant les lycéens. // © Marion Floch

Un prix qui dynamise les ventes

Mais au Goncourt des lycéens, il n’y a pas que les jeunes qui vivent l’expérience à fond. "On était très contentes, toutes les deux. Ça fait des années qu’on demande à participer" expliquent Brigitte Changarnier et Sylvie Ranise, respectivement documentaliste et professeure de français au lycée Victor Duruy, à Paris. Elles ont tout fait pour optimiser la lecture des œuvres du Goncourt dans le lycée avec un coin spécial au CDI avec tous les livres disponibles et un goûter littéraire, une fois par semaine et ça a fonctionné. "On est très surprises car les lycéens ont la réputation de pas aimer lire plus que ça. Or, ils se sont vraiment pris au jeu. On les voit échanger, parfois même se disputer car ils ne sont pas d’accord avec certaines opinions."

Le gagnant du Goncourt des lycéens sera connu le 14 novembre à Rennes. Véritable prescripteur de ventes, les lauréats ont vendu en moyenne 337.000 exemplaires de leur roman depuis 2013. Il s'agit du deuxième prix littéraire le plus vendeur, après le prix Goncourt (345.000 exemplaires en moyenne).

Les huit romans finalistes du Goncourt des lycéens :
– Le ghetto intérieur de Santiago H. Amigorena
– Le ciel par-dessus le toit de Nathacha Appanah
– Mur Méditerranée de Louis-Philippe Dalembert
– Soif d'Amélie Nothomb
– Avant que j'oublie d'Anne Pauly
– Sœur d'Abel Quentin
– Le cœur battant du monde de Sébastien Spitzer
– Les choses humaines de Karine Tuil

Étaient également en lice :
– Un dimanche à Ville-d'Avray de Dominique Barbéris
– Extérieur monde d'Olivier Rolin
– La part du fils de Jean-Luc Coatalem
– Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois
– Un monde sans rivage d'Hélène Gaudy
– La terre invisible d'Hubert Mingarelli