Par Marine Delatouche, publié le 17 Juillet 2020
5 min

Pour renouer le lien entre les élèves et l’école après le confinement, le gouvernement mise sur des "vacances apprenantes". Parmi les dispositifs financés par l’État, les "colos apprenantes", une alliance entre apprentissage scolaire et activités à destination de 250.000 jeunes. Reportage.

Au nord-ouest de Paris, niché entre les méandres de la Seine et le parc naturel du Vexin, se trouve le centre de vacances de la base de loisirs de Moisson (78). Accompagnés par l’association ERA-93, vingt-six collégiens et lycéens de Seine-Saint-Denis y sont en "colo apprenante". Au programme de ce matin du jeudi 9 juillet, un débat sur un sujet polémique. Fatima, 12 ans, de Saint-Ouen(93), résume : "Le sujet est 'Neymar gagne 120.000€/jour'. Il faut être pour ou contre. Moi, je suis contre".

Ces ados issus de quartiers prioritaires de la politique de la ville apprennent à "apporter des arguments". "On leur explique aussi qu’il est possible de changer d’avis", développe Lolo Tshiala, directeur de l’association qui prône "l’éducation par le sport" et aide à l’insertion professionnelle. Pour lui, le dispositif "colo apprenante" s’inscrit dans "une démarche d’éducation populaire avec plus d’exigence sur le contenu de nos apprentissages".

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Éducation civique et projets d'orientation

Après une courte pause, retour dans la salle où le groupe effectue les activités éducatives chaque matin. Ici, pas de tables ni de chaises alignées. Sur les vitres, des affiches où les futurs "acteurs", "journalistes", "chef d’entreprises" ont inscrit en début de semaine leur projet d’orientation et les actions qu’ils comptent mener pour y parvenir.

Avant d’aller déjeuner, c’est l’heure du quiz sur les valeurs de la République française, animé par Lolo. "Qui symbolise la France ?", "Qui élit le maire ?" Les mains s’agitent, certains réclament des points. Les plus âgés prennent plus facilement la parole. Lolo veille à "rendre la chose la plus ludique possible. La question des points, c’est important pour eux."

Dans les trois équipes, des ados de la cinquième à la terminale. "On voulait une cohérence au niveau scolaire mais avec l’urgence, on a ouvert la colo à tous les jeunes du département", détaille Grégoire Tchiemmegne, directeur du séjour. Dans le centre de vacances, seul le gel hydroalcoolique à l’entrée de la cantine rappelle la crise sanitaire. "On a sensibilisé les familles mais la distanciation, c’est compliqué." Pas d’effectifs réduits pour autant. "On s’adapte à la capacité d’accueil."

Pour clore l’activité, Lolo demande de rédiger une définition de la laïcité. Les uns parlent d’"égalité entre les religions", les autres d’une "interdiction de porter des signes religieux apparents". "À la base, c’est la liberté de pratiquer sa religion. C’est la séparation de la religion et de l’État", corrige l’encadrant.

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"On n’est pas une annexe de l’Éducation nationale"

Si le directeur d’ERA-93 se sent légitime dans cet exercice ? "On n’est pas une annexe de l’Éducation nationale. Ce qui compte, c’est la manière dont tu vas t’approprier le sujet." Il tient surtout à redonner confiance aux jeunes. "À travers vous, moi-même j’apprends des choses", leur assure-t-il.

Tous n’apprécient pas le côté "apprenant". C’est le cas de Kisley qui refuse de participer au quiz. "J’ai l’impression d’être à l’école, j’aurais préféré une colo normale", lance, désabusé, le Dionysien en internat dans un lycée du XIVème arrondissement parisien. Fatima et les filles avec qui elle déjeune à la cantine du centre sont adeptes de la formule, mais avec une préférence pour les activités en extérieur (accro-branche, VTT). "On est resté enfermés trois mois à la maison", rappelle Sarah. "On a facilement eu l’adhésion des enfants, ils ne s’imaginent pas passer les vacances entre quatre murs", ajoute Grégoire.

La labellisation par l’État, un plus financier

Le nombre d’inscriptions – 180 ados vont partir avec l’association sur six semaines –, même tardives, en témoigne. Grégoire a enregistré les dernières inscriptions "deux-trois jours avant le départ". L’association avait anticipé la demande avant même les annonces gouvernementales. "On a commencé à préparer le projet pendant le confinement. Ça a coïncidé avec l’idée de l’Éducation nationale. On a été labellisé il y a dix jours". Une labellisation qui a permis d' "embaucher trois vacataires", rappelle Lolo, et de rendre la colo gratuite pour tous.

Après le déjeuner, place à des activités sportives. Les matchs d’ultimate et de tchoukball, un sport sans contact où les risques de blessures sont limités, ravivent l’enthousiasme général.

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