Comment je suis devenue éducatrice spécialisée

Par Nathalie Helal, publié le 24 Octobre 2019
7 min

À 30 ans, Lisa, éducatrice spécialisée, consacre son temps aux défavorisés et exclus de la société. Elle exerce un métier aussi exigeant que passionnant, fondé sur une formation solide.

9 h 30, dans les locaux de l’association Aurore, aux Grands Voisins, dans le 14ème arrondissement de Paris. Ce site, mélange de culture et de social, abrite un CHS (centre d’hébergement et de stabilisation), dédié aux 18–30 ans. C’est auprès de ces personnes, françaises ou étrangères, que travaille Lisa.
Jusqu’à 18 h 30 environ, elle va accueillir les résidents individuellement, vérifier leurs papiers, entamer des démarches pour une régularisation de leurs papiers, un renouvellement de CMU. "Je suis aussi très souvent en accompagnement à l’extérieur, en rendez-vous médicaux, voire au tribunal. Et deux fois par semaine, j’inspecte les appartements où ceux qui travaillent vivent en co-location, pour vérifier si tout se passe bien", raconte la jeune femme. Son emploi du temps, très chargé, comprend un ou souvent deux week-ends travaillés par mois.

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Une attirance précoce pour le "social"

Au lycée parisien Gabriel Fauré, Lisa, qui se décrit comme "plutôt bonne élève mais flemmarde, est déjà obsédée par le "social" : "J’ai été déléguée de classe de la 6ème à la terminale ! En conseil de classe, j’adorais défendre les élèves laissés de côté par les profs", se souvient-elle. Tentée par le métier de CPE, elle découvre, grâce à un cousin éducateur spécialisé, la richesse de ce parcours. "Nulle en maths et en sciences", elle décroche un bac L et s’oriente, à la rentrée suivante, vers l'université de Paris-Nanterre, en sciences humaines mention psychologie. Passionnée par la sociologie et la psychiatrie, elle y passe deux ans, avec l’envie de devenir psychologue, tout en travaillant comme surveillante dans un lycée pour conserver un peu d’indépendance financière.

Educatrice spécialisée : une voie évidente

Totalement hermétique aux statistiques, obligatoires en 2ème année et au coefficient élevé, elle décroche et perd l’envie d’aller plus loin. C’est à ce moment que le métier d’éducatrice spécialisée s’impose à elle comme une évidence. Intéressée par trois écoles différentes, situées à Paris et en région parisienne, elle passe les concours d’entrée, composés d’un écrit puis de deux oraux, individuel et collectif, avec mise en situation d’une problématique pour le second.

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Une formation en 3 ans au métier d’éducateur spécialisé

Reçue aux trois, elle choisit l’École (publique) Saint-Honoré, située dans le 19ème arrondissement, à Paris. Durant ses trois années du cursus, Lisa va alterner des stages particulièrement formateurs et des cours aussi intenses que variés : handicaps moteurs et psychiques, protection de l’enfance (y compris juridique), insertion.
Son stage obligatoire de six mois, effectué en 2ème année, la marque profondément : "Grâce à un contact à l’association Aurore, j’ai intégré un centre spécialisé pour des adultes au RSA que Pôle Emploi n’était plus en mesure de suivre. Des SDF ou anciens SDF, souvent avec des gros problèmes d’addiction ou de toxicomanie. J’y ai fait des rencontres humaines inoubliables !". Après la soutenance de son mémoire et un nouveau stage de deux mois auprès d’un service d’accueil d’urgence de mineurs étrangers isolés, Lisa décroche son diplôme avec d’excellentes notes.

Des CDD au CDI auprès des exclus

Décidée à voyager avant de se fixer, elle signe un CDD de cinq mois là où elle a entrepris son dernier stage, puis part vivre un semestre en Colombie et à Cuba. À son retour, et durant trois ans, elle enchaîne les CDD dans le même foyer, puis des départs à l'international pour "voir le monde" et décompresser.
Puis, Lisa se fixe durant deux ans chez Emmaüs à Montreuil, en travaillant "auprès de gens du voyage et de personnes très abîmées par la rue". "Jusqu’au jour où j’ai eu envie de changer. J’ai contacté l’association Aurore, et j’ai appris qu’un poste allait se libérer au centre d’hébergement.

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Embauchée en CDI pour la première fois, Lisa se consacre désormais corps et âme aux 45 résidents du service, qu’elle accompagne sans relâche, tout en se sentant parfois impuissante : "Nous n’avons pas la science infuse, même si nous apprenons beaucoup sur le tas, côté administratif par exemple. Nous ne sommes pas du tout reconnus par l’État, pour le métier que l’on exerce et le salaire, mais d’un autre côté, nous savons que des gens géniaux ont besoin de nous !", commente-t-elle avant de replonger dans un dossier compliqué. Éducatrice spécialisée, un métier, selon Lisa, impossible à exercer sans "béquilles" : vie structurée, famille, amis et loisirs personnels, pour tous les éclopés de la vie, qui en sont privés.

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