Elsa, 24 ans, tailleuse de pierre : "Mon chef-d'œuvre, c'est 1.000 heures de travail"

Par Etienne Gless, publié le 16 Septembre 2020
5 min

VOUS FAITES L'ACTU. Elsa, 24 ans, est tailleuse de pierre et Compagnon du Devoir. Son chef-d'œuvre est inauguré ce week-end au château et dans le jardin de Villandry (Indre-et-Loire) à l'occasion des Journées européennes du patrimoine 2020.

C’est le chef-d’œuvre d’Elsa. Un travail de plus de mille heures. Il est inauguré officiellement ce samedi 19 septembre à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Elle a consacré près d'un an à la réalisation d'une copie parfaite de la vasque du château de Villandry (37), un des plus mythiques châteaux de la Loire.

"Un coup de burin mal placé, un éclat et tout est fichu. Quand vous taillez la pierre, vous n'avez pas droit à l'erreur". © Photo fournie par le témoin
"Un coup de burin mal placé, un éclat et tout est fichu. Quand vous taillez la pierre, vous n'avez pas droit à l'erreur". © Photo fournie par le témoin

Dans le vocable des Compagnons du devoir le chef-d’œuvre (aussi appelé "travail de réception") désigne l’ouvrage donné à un apprenti compagnon pour passer maître et devenir compagnon. "La vasque était très abîmée et se sciait en deux. Avec le propriétaire actuel, nous avons décidé d’en réaliser une copie", souligne-t-elle. L’an passé, Elsa se lance dans le travail préparatoire de relevé des sculptures et moulures, et à partir de janvier elle commence la taille du bloc pour finir début juillet.

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Une vocation mûrie dès l'enfance

"J’ai grandi à Villandry et c’est ce patrimoine de la Touraine qui m’a donné envie de faire mon métier actuel. J’ai eu un coup de cœur pour cette vasque depuis toute petite." Au lycée, Elsa suit des cours d’arts appliqués en seconde et première, mais s’ennuie : "Ça ne me correspondait pas, je ne touchais pas assez la matière. Je voulais faire quelque chose de mes mains, j’avais envie de concret. Ma famille voulait être sûre que c’était le bon choix avant d’arrêter mon bac et d’effectuer un CAP. Durant mon année de première j’ai donc effectué un stage de 2 semaines chez un tailleur de pierre et décidé de me réorienter. Ça a été la révélation : c’est cela que je veux faire !".

"Tailler la pierre est un travail constant de patience, de rigueur et de minutie." © Photo fournie par le témoin
"Tailler la pierre est un travail constant de patience, de rigueur et de minutie." © Photo fournie par le témoin // © Photo fournie par le témoin

À l'école des Compagnons du devoir

Attirée et passionnée par son futur métier, Elsa n'écoute pas les conseils des professeurs qui veulent la dissuader de devenir tailleur de pierre. Un métier ancestral et pourtant d'avenir. "En France, on manque de personnes qualifiées dans ce métier, constate-t-elle. Je vois beaucoup d'offres d'emploi circuler. Les jeunes peuvent se lancer."

Elsa entre en apprentissage en 2012 et pour 2 ans aux Compagnons du devoir et du Tour de France à la maison de Saumur (49) et chez un artisan à Bourgueil (37) où elle prépare et obtient son CAP de tailleur de pierre. Elle devient apprentie-compagnon et entame son tour de France qui la conduit à Angers (49), puis Bordeaux (33), où elle passe son brevet professionnel (BP) Métiers de la pierre, mais aussi au Québec durant un an, en 2017–2018. "Voyager durant le Tour vous permet d’apprendre d’autres techniques mais c’est aussi une formidable ouverture sur le monde et la société."

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Une formation en sculpture pour réaliser le projet de A à Z

De retour du Canada, Elsa suit une formation complémentaire de 7 mois à la sculpture, débouchant sur un titre de sculpteur ornemental à Forepabe, un organisme de formation aux métiers du bâtiment basé à La Châtre (36). "Cette formation me permettait d’avoir toutes les clés pour réaliser de A à Z le travail de restauration la vasque et de ses sculptures sans en confier une partie à un autre prestataire."

Alors, Henri Carvalo, propriétaire du château de Villandry, décide de financer Elsa pour réaliser la copie de sa vasque sur son temps personnel, en dehors de ses horaires de travail. "Il faut être très consciencieux et minutieux dans son travail. Vous travaillez sur un matériau vivant et vous n’avez pas le droit à l’erreur. Si vous faites un éclat c’est fichu", confie la jeune femme, qui n'en a pas fini avec ses études : elle entreprend désormais de passer un diplôme de marbrerie. La restauration à l’identique des chefs d’œuvre du patrimoine est une école de rigueur et de patience ! Et l'on n'a jamais fini d'apprendre.

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