1. Ces thésardes rendent les sciences attractives pour les jeunes, surtout les filles
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Ces thésardes rendent les sciences attractives pour les jeunes, surtout les filles

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Aude et Flora, au lancement de la campagne #lesfillesaussi de la Fondation L'Oréal. // © Fondation L'Oréal
Aude et Flora, au lancement de la campagne #lesfillesaussi de la Fondation L'Oréal. // © Fondation L'Oréal

LES JEUNES ONT DE L'AVENIR ! Aude Bernheim et Flora Vincent, deux thésardes de 25 ans, ont créé Wax, une association qui vise à promouvoir les sciences auprès des jeunes, surtout les filles. Avec aussi comme objectif de dénoncer les stéréotypes de genre, encore très présents dans ce milieu.

Faire voir les sciences autrement aux jeunes, c'est l'un des objectifs de l'association Wax (What About Xperiencing science). "Ce qui nous a donné envie de faire des sciences, c'est de les voir d'une manière différente, que cela soit par une rencontre ou une conférence sur l'art et la science par exemple", explique Aude Bernheim, cofondatricede l'asso. Avec Flora Vincent, ces deux anciennes étudiantes d'AgroParisTech ont voulu déconstruire les idées reçues sur les sciences, avec comme outil principal leur site Internet.
 

Autre objectif : que davantage de filles se tournent vers ces filières. "Mais leur dire de faire des sciences ne suffit pas pour créer une vocation. Il faut plutôt montrer des aspects inconnus, de manière ludique, précise Aude. Pour ma part, j'ai failli ne pas faire de sciences alors que j'adore cela. Le métier d'ingénieure me paraissait trop abstrait", se souvient-elle. "J'ai eu de la chance d'être soutenue par ma famille, mais j'ai conscience que c'est rare. Avec Wax, on veut essayer d'œuvrer en faveur de l'égalité des sexes en sciences", affirme de son côté Flora.

Là où leur association innove, c'est qu'elle ose. "Que cela soit par le support ou sur des sujets un peu ‘bordeline’, notre indépendance nous permet cette liberté, appréciable puisqu'on en dispose peu en début de carrière", admet Flora. Campagne d'affiches mettant en scène littéralement des femmes-objets ou encore un article sur la vie sexuelle des animaux, elles ne se posent pas de limites. Graphisme soigné, ton décalé, mélange de supports... : la recette a déjà attiré plus de 10.000 visiteurs uniques en six mois.

Campagne Wax du 8 mars 2014.Campagne d'affiches de Wax pour le 8 mars 2014. // © Wax.

Du bénévolat aux partenariats étudiants

Aujourd'hui, Aude a commencé une thèse en génétique et génomique bactérienne à l'Institut Pasteur. Celle de Flora, élève à l'ENS (École normale supérieure), porte sur la microbiologie marine. L'association occupe une large part de leur temps libre car ces jeunes filles de 25 ans sont souvent sollicitées pour intervenir lors d'événements ou encore participer à des projets. Elles sont aussi entourées de deux directeurs artistiques et deux secrétaires. "Nous travaillons de cinq à dix heures par semaine et préférons collaborer en binôme, car les décisions sont plus faciles à prendre", justifie Aude.

Une quarantaine de bénévoles gravitent autour de l'association et participent aux divers événements. "L'une de nos difficultés est de faire tenir les engagements de nos bénévoles, car ce sont souvent de jeunes actifs, qui peuvent avoir des horaires difficiles ou des périodes passées à l'étranger", regrette Flora. Elles envisagent de recruter une personne en service civique, pour décharger l'association.

Wax parvient à se financer grâce au Centre de recherche interdisciplinaire, qui couvre ses frais de fonctionnement, mais aussi grâce à ses multiples partenariats. "Nos projets ne nous coûtent pas grand-chose. Par exemple, pour développer notre appli visant à mesurer le ratio hommes/femmes dans le milieu scientifique, nous avons fait appel à l'Epitech et cette demande s'est transformée en projet pédagogique pour l'école d'informatique", se réjouit Aude.

Les ambassadeurs wapitis


La deuxième mission de Wax est de combattre les stéréotypes de genre. Pour cela, un programme vient d'être lancé. Il s'agit d'ambassadeurs "wapiti". "Toute personne ayant déjà eu une expérience scientifique peut devenir un(e) wapiti porte-parole de nos actions", explique Flora. L'objectif est de créer des outils diffusables, dans une logique participative. "Lors des réunions avec les wapitis, on leur propose des ‘minichallenges’ peu difficiles pour augmenter notre visibilité, comme transférer l'adresse de notre site à 10 personnes ou écrire un article", décrit Flora. Une manière de se débarrasser de tâches chronophages, mais aussi de créer un véritable réseau de veille scientifique.

Pour ce faire, une nouvelle version du site Internet est sortie début décembre 2014. "Nous croyons beaucoup à la démarche de créer quelque chose et voir ensuite si cela marche. Prendre des initiatives sans barrières nous permet d'être très créatifs. Et si le programme des wapitis ne fonctionne pas, nous n'hésiterons pas à l'abandonner", affirme Aude.

Aude, co-présidente de Wax, présente les actions de l'association. © Delphine DauvergneAude, coprésidente de Wax, présente les actions de l'association, lors d'une réunion wapiti. // © Delphine Dauvergne.

Wax met également l'accent sur la "gender innovation", car la recherche scientifique est souvent biaisée par le manque de considération du genre. "Beaucoup de médicaments sont retirés du marché car ils ne sont pas adaptés pour les femmes, par exemple. Ou encore les tests sur la ceinture de sécurité ont longtemps étaient faits essentiellement sur des hommes", cite Aude. Faire changer les sciences et leur image : un projet ambitieux, mais surtout participatif, qui n'aura de l'ampleur que si les jeunes s'en saisissent...

Trois moments-clés pour Aude et Flora
Novembre 2012 :
avec leur club étudiant Draw Me Why, elles remportent  le prix du jury d'un concours de vidéos organisé par European Gender Summit.
Mars 2013 : création de leur association Wax.
Décembre 2014 : lancement de la nouvelle version de leur site Internet.