1. Métiers
  2. Métiers - Portraits de pros
  3. Les 20 ans de Valérie Nylin, illustratrice
Interview

Les 20 ans de Valérie Nylin, illustratrice

Envoyer cet article à un ami
Valérie Nylin - illustratrice // © Eric Garaud
Valérie Nylin - illustratrice // © Eric Garaud

À 20 ans, Valérie Nylin, entrait aux Arts-Déco. Après un détour formateur par la com’ et le marketing, son trait d’humour l’a ramenée à son premier amour : le dessin. L’illustratrice a mis sa patte sur des boîtes à bobos et des caddies qui poireautent… Treize ans après la première collection, le succès continue.

Qu'y a-t-il dans la boîte à souvenirs de vos années lycée ?

 

J'étais au lycée Victor-Duruy, un lycée somptueux, collé au musée Rodin, dans le 7e arrondissement de Paris. Jusqu'en quatrième, j'avais vécu dans un quartier populaire, dans le 20e arrondissement, où je connaissais tous mes voisins. Arriver dans le 7e, un quartier très bourgeois, a été un choc. Mais même si on vivait dans 200 mètres carrés au pied de la tour Eiffel, parce que mon père gagnait très bien sa vie dans l'immobilier, aucun de mes parents ne venait d'un milieu bourgeois. Cela ne m'a pas empêchée de me faire des amis. Et j'en ai gardé certains.

Vos parents suivaient-ils attentivement votre scolarité ?

 

J'avais envisagé de faire un bac technologique en dessin, mais mes parents avaient jugé que c'était trop enfermant. Ils voulaient absolument que j'aille en filière scientifique et m'ont fait redoubler ma seconde pour cela ! Cela n'a servi à rien  : j'ai passé un bac lettres et langues. Un régal !

Quelle place occupait alors le dessin dans votre vie ?

 

Depuis le collège, je voulais faire de la BD. Quand je dessinais, j'avais l'impression que je pouvais incarner mes rêves. J'ai toujours participé à des ateliers de dessin et d'arts plastiques. Cela m'a fait découvrir de nombreuses techniques. Je suivais ces cours d'abord parce que j'adorais ça, mais aussi parce que ma mère nous faisait faire beaucoup d'activités le mercredi. Sans compter les expos et l'abonnement à la Comédie-Française... Ma mère voulait nous donner des atouts pour plus tard. Des choses sont ainsi restées gravées en moi et j'ai gardé le goût d'aller voir des artistes. Mais à l'adolescence, j'ai fait un rejet total du catéchisme et des musées. Je pense que ma mère tenait à assumer le rôle qu'elle n'avait pas choisi. Un jour, mon père lui avait dit qu'il gagnait assez pour qu'elle arrête de travailler. Elle a cessé d'être professeur de gymnastique et en a souffert. Pour mon père, c'était juste normal. Très jeune, il avait dû travailler pour faire vivre ses parents qui ont eu des problèmes d'argent. Il a toujours assumé.

À ce niveau-là, vous tenez de votre père...

 

J'ai vécu longtemps dans le fantasme que j'allais reprendre la société de mon père. Dans ma tête, j'étais l'aînée de trois filles, donc "l'héritier". D'ailleurs, ça m'embêtait vraiment d'avoir des règles, des seins, tous ces trucs de filles... Mais comme mon père est un peu misogyne, il ne m'imaginait pas du tout à cette place, même s'il a beaucoup d'admiration pour ce que je fais aujourd'hui. Je me souviens avoir décidé de ne jamais être dépendante de quelqu'un lorsque mes parents se sont séparés. J'avais conscience du fait qu'il fallait que je me donne les moyens d'obtenir ce que je voulais. Cela m'a beaucoup aidée pour mes études et pour la suite.

Avant le bac, quels sont les professeurs qui vous ont marquée ?

 

Mon pire souvenir : un professeur de maths insupportable, qui a contribué à me faire détester cette matière. À l'inverse, j'ai aimé l'histoire-géographie en seconde grâce à Mr Vigne, qui en parlait de manière très imagée. Mais mon meilleur souvenir reste Mme Laville, une maîtresse d'école. Nous avions réalisé des céramiques émaillées et monté des spectacles avec une scénographie, une chorégraphie d'enfer et des costumes du genre matriochka.

Étudiante, avez-vous fait des petits jobs ?

 

À partir de 17 ans, je bossais chaque été pendant un mois comme animatrice dans des colos. J'ai appris à encadrer des gamins. J'ai inventé des histoires, créé des costumes, animé un atelier photo, dessiné une statue de la Liberté de cinq mètres de haut... C'est un super-souvenir.

Comment vos parents ont-ils pris votre envie d'aller vers les arts appliqués ?

 

Ils m'ont dit : "Soit tu réussis une grande école d'art, soit tu vas en droit." Cela m'a énormément motivée pour réussir le bac et l'entrée en prépa. Je ne visais que les prépas publiques, car je voulais réussir par moi-même, sans que mon père ait à payer. Il y avait beaucoup de candidats pour peu de places. J'ai été prise en MANAA [mise à niveau en arts appliqués, NDLR] au lycée de Sèvres. Le bonheur ! J'ai rencontré des gens qui avaient les mêmes centres d'intérêt que moi.

 

Quand je dessinais, j'avais l'impression que je pouvais incarner mes rêves.

 

Quel souvenir gardez-vous du concours d'entrée aux Arts-Déco ?

 

Pour la première épreuve, qui se déroulait dans un amphi plein à craquer, il fallait créer une structure en volume avec trois feuilles de Cromolux, un papier brillant d'un côté et bristol de l'autre. C'était super-dur. Je pense qu'il s'agissait de tester notre endurance. Je me disais : si tu le veux, ne lâche pas ! À une autre épreuve, après l'admissibilité, je suis tombée sur LE bouquin auquel je n'avais rien compris. Mais j'ai eu une bonne note, car le jury avait surtout voulu jauger ma motivation. J'ai été reçue. C'est l'une de mes plus grandes joies !

Une joie toujours présente dans l'école ?

 

En première année, nous étions une vingtaine d'étudiants venus de toute la France, passionnés, très soudés. Nous menions des projets communs et faisions la fête. Nos professeurs étaient magnifiques et professionnellement actifs. L'école était ouverte tout le temps et des artistes venaient dans les ateliers de gravure, sérigraphie, photo couleur... C'était dingue ! En deuxième année, j'ai fait un détour en design vêtements pour faire du costume de théâtre. Je n'ai pas aimé et me suis réorientée, en troisième année, en illustration. L'année suivante, j'ai écrit mon mémoire et mon grand projet : un conte pour enfants. C'était dur de me retrouver seule chez moi après quatre ans d'échanges et de projets communs. C'est à cette époque que j'ai commencé à travailler comme illustratrice pour la presse jeunesse.

Après avoir obtenu votre diplôme, avez-vous facilement trouvé du travail ?

 

Mon oncle m'avait demandé de faire un film d'animation pour sa société immobilière. Cela lui a plu et il m'a embauchée comme responsable de la com' visuelle. J'ai alors appris tout ce qu'on n'apprend pas aux Arts-Déco : l'entreprise, la communication et le marketing. Après trois ans, j'ai occupé un poste de responsable marketing dans une autre entreprise. Je m'éclatais, mais je ne faisais plus que de la stratégie. Je ne dessinais plus. À 30 ans, j'ai négocié mon départ.

Et vous avez illustré les boîtes en métal que tout le monde (ou presque) a croisées un jour...

 

J'ai d'abord écrit et illustré mon premier livre pour enfants, puis d'autres. Puis un copain brocanteur m'a demandé d'illustrer trois boîtes en métal pour les vendre sur les marchés de Noël : une boîte à bobos, une boîte à lettres et une boîte à photos. Il en a fait fabriquer quelques-unes par un autre copain qui vivait en Chine. On ne pensait pas que cela irait plus loin. Mais lors d'un salon des fabricants en Asie, les trois boîtes exposées sur le stand de mon copain ont tapé dans l'œil d'un éditeur d'objets. Il nous a proposé de créer une collection. Et tout a démarré hyper-vite. J'ai réalisé des boîtes puis des sacs et des caddies. En deux ans, j'ai illustré plus de cent produits. J'ai retrouvé la créativité et le plaisir de concevoir en commun, que j'avais connus à l'école. Je pouvais dessiner sur tout et faire plaisir à tout le monde, tout le temps. Que du bonheur ! Et beaucoup de travail aussi ! À l'époque, on m'a dit d'y aller à fond parce que cela n'allait durer que deux ans. Cela fait treize ans maintenant... Depuis peu, j'ai aussi ma propre boîte – pas métallique – en parallèle. Zigoniric propose des objets de déco pour la voiture. Pour faire de l'art appliqué, il faut avoir envie de gâter les autres.
 

Biographie express
1er avril 1969 : naissance à Paris.
1988 : bac A1 (lettres et arts) mention assez bien. Entre en MANAA au lycée de Sèvres.
1993 : diplôme des Arts décoratifs. Réalise des illustrations pour la presse jeunesse.
1999 : après quelques années en entreprise, négocie son départ pour revenir au dessin. Parution de Attention p'tit pigeon, son premier livre pour enfants, chez Pocket Jeunesse.
2002 : se lance dans la première collection de boîtes en métal, de caddies et de sacs pour Derrière la porte (éditeur d'objets).
2005 : écrit et illustre une série de livres Poli-Polisson, chez Bayard Jeunesse.
2011 : crée Zigoniric, sa société d'objets de décoration pour la voiture.



Et si c'était à refaire ?

Valérie Nylin a passé le T.O.P. (Test Orientation & Potentiel), le test d'orientation de l'Etudiant. A-t-elle le profil d'une créative passionnée ?

Bilan TOP Valérie Nylin, mensuel 379

Des métiers que peuvent exercer ceux qui ont un profil Artiste-Social-Investigateur ou Artiste-Social-Réaliste ou Artiste-Social-Entrepreneur
ASI :
aquarelliste • chanteur • concepteur-rédacteur de pub • journaliste radio • professeur d'art plastique • voyagiste
ASR :
clown • chanteur lyrique • designer textile • danseur• scénographe
ASE :
chargé de communication événementielle • consultant en agence de communication • humoriste • styliste

Son profil, son métier

La combinaison des pôles dominants "Artiste", "Social" et "Investigateur" caractérise bien Valérie Nylin, à la fois auteure de livres pour la jeunesse et conceptrice designer d'objets. Ce sont ceux que l'on retrouve en général chez les illustrateurs, auteurs d'œuvres littéraires et autres personnalités créatives.

Le pôle "Artiste" est représenté par des personnes qui sont guidées par leurs intuitions, leurs émotions et qui ont besoin d'exprimer leur passion. Celles-ci se dirigent vers des activités qui font appel, entre autres, à l'imagination, à l'instar de Valérie Nylin, qui arrive à combiner le dessin et l'humour.

La nécessité de transmettre son savoir, de communiquer et de se sentir utile sont les spécificités du pôle "Social", qui s'adosse en général au pôle "Artiste".

Son goût pour l'illustration d'objets et son parcours vers la communication et le marketing dans la grande école des Arts-Déco se révèlent dans le pôle "Réaliste" qui complète son profil. Il correspond à ces aptitudes manuelles et à l'esprit technique ainsi qu'à son côté entreprenant et son penchant pour la réflexion.

Les différents types de pôles selon le T.O.P.
 

Pôle "Réaliste" : Ce pôle correspond à des personnes aimant le concret, la pratique, l'expérimentation, la réalisation, et dotées généralement d'habiletés manuelles, physiques ou techniques.
Pôle "Investigateur" : Ce pôle correspond à des personnes aimant raisonner, résoudre des problèmes complexes, enquêter, afin de mieux comprendre leur environnement.
Pôle "Artiste" : Ce pôle correspond à des personnes qui suivent leurs émotions, leurs intuitions... Elles sont peu conformistes et s'expriment à travers leur métier.
Pôle "Social" : Ce pôle correspond à des personnes qui aiment être entourées. Elles aiment partager, réunir et évitent les situations conflictuelles. Elles sont diplomates et douées pour la médiation...
Pôle "Entreprenant" : Ce pôle correspond à des personnes dynamiques, réactives, qui aiment décider et diriger. Ambitieuses, elles sont motivées par la réussite financière, le succès ou le pouvoir.
Pôle "Conventionnel" : Ce pôle correspond à des personnes organisées, qui aiment planifier leur travail, leur vie. Elles préfèrent les objectifs clairs, avoir une tâche bien définie à accomplir, une place bien déterminée.

Pour aller plus loin : Prépa aux écoles d'art : 6 étudiants racontent / Ils sont en écoles d’art / Chat Ecoles d'art : comment réussir son admission / Écoles d’art : 5 raisons de mettre le cap sur la Belgique