1. Une année à l'école des profs : "Je suis impatient d'être devant mes élèves"
Reportage

Une année à l'école des profs : "Je suis impatient d'être devant mes élèves"

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Les stagiaires de l'Espé de Paris ont fait leur rentrée le 29 août. // © erwin canard
Les stagiaires de l'Espé de Paris ont fait leur rentrée le 29 août. // © erwin canard

IMMERSION À L'ESPÉ. Épisode 1. Les enseignants-stagiaires de lettres de l'Espé de Paris, affectés en lycée, ont effectué leur rentrée mardi 29 août. Manifestement partagés entre anxiété devant une année chargée et enthousiasme avant de dispenser leur premier cours en tant que prof.

En ce mardi 29 août 2017, ils sont à J – 6. Dans moins d'une semaine, les nouveaux enseignants-stagiaires de l'Espé (école supérieure du professorat et de l'éducation) de Paris (75) feront, pour la première fois, leur rentrée devant une classe. Devant "leur" classe, avec "leurs" élèves, ceux qu'ils auront toute l'année durant. De vrais profs en somme.

À mi-temps en classe et en formation

Sauf qu'ils ne le sont pas encore tout à fait. Pour être titularisés, ces lauréats du CAPES (Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré) ou de l'agrégation de lettres devront valider cette deuxième année de master MEEF (Métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation), qu'ils entament ce 29 août avec une journée de pré-rentrée sur le campus Molitor (XVIe arrondissement).

Lire aussi : Dans les coulisses des oraux du CAPES de lettres modernes

À 13 h 30, la centaine d'enseignants-stagiaires de lettres de l'Espé de Paris se sont regroupés dans l'amphithéâtre du campus, pour une réunion animée par Xavier Bourdenet, le responsable du parcours lettres de l'Espé. L'heure est aux questions logistiques : présentation de l'emploi du temps, des personnes référentes, de l'organisation… Ainsi, ils devront valider 5 UE (Unités d'enseignement) pour être titularisé en fin d'année : pratique professionnelle (qui correspond au stage en responsabilité) ; mémoire ; didactique ; contexte d'exercice du métier ; recherche.

"Vous êtes tous en contrôle continu, il n'y a pas de dispense possible et il y a obligation d'assiduité. Je vous rappelle que vous êtes rémunérés à plein temps pour suivre cette formation", explique à l'audience Xavier Bourdenet. En effet, les enseignants-stagiaires, bien qu'ayant 9 heures de service par semaine – contre 18 heures pour les enseignants titulaires certifiés (15 pour les agrégés) – sont rémunérés comme un temps plein, à hauteur d'environ 1.500 € nets par mois.

"C'est vraiment la charge de travail qui me fait le plus peur"

Leur temps hebdomadaire se divisera ainsi en deux blocs principaux : un temps où ils enseignent devant les élèves (les lundis, jeudis et vendredis), et un temps de formation à l'Espé (les mardis et mercredis). Presque deux "vies" différentes, selon Anne, en M2 MEEF : "J'appréhende de gérer la vie professionnelle et la vie autour du mémoire", admet-elle. L'année de M2 à l'Espé est en effet réputée lourde et, de ce fait, difficile. "C'est vraiment la charge de travail qui me fait le plus peur, davantage que le fait de devoir affronter les élèves, poursuit Clémentine, également en M2 MEEF. La préparation des cours va nous prendre beaucoup de temps, car nous ne l'avons jamais fait, et, en plus, il y a le mémoire à faire à côté…"

Geneviève Di Rosa donne leur premier cours aux stagiaires de lettres de l'Espé de Paris. // © erwin canard
Geneviève Di Rosa donne leur premier cours aux stagiaires de lettres de l'Espé de Paris. // © erwin canard

Déjà les prochains jours s'annoncent particulièrement studieux pour Inès : elle n'a préparé aucun cours pour la rentrée. Et pour cause : elle n'a découvert que lundi les classes qu'elle avait. D'autres stagiaires font état de problèmes similaires : certains n'avaient pas de tuteur dans l'établissement dans lequel ils étaient affectés (chaque enseignant-stagiaire a en effet un tuteur "établissement", c'est-à-dire un professeur de la même discipline qui enseigne au lycée où le stagiaire est affecté), d'autres n'arrivent pas à joindre leur lycée pour connaître l'heure de la pré-rentrée… "C'est normal, indique Xavier Bourdenet. Il peut y avoir des tuteurs établissements mutés ailleurs, d'autres qui ont finalement refusé… Et comme tout cela se passe durant l'été, cela prend toujours plus de temps, les établissements ne sont pas ouverts…"

"Je suis un peu anxieuse mais surtout très enthousiaste"

Alors que, lors de la réunion animée par le responsable de formation, étaient réunis les stagiaires affectés en collège et en lycée, la deuxième partie de l'après-midi sépare les deux groupes.Tout au long de l'année, certains cours seront communs (avec même, parfois, des stagiaires d'autres disciplines voire des stagiaires professeurs des écoles), d'autres seront spécifiques à chacun de ces deux groupes.

Geneviève Di Rosa, docteur en lettres modernes et formatrice à l'Espé, prend le relais pour animer un premier cours avec les stagiaires affectés en lycée. L'objectif : répondre aux questions très pratiques sur leur première venue au sein de leur établissement, lors de la pré-rentrée prévue le 1er septembre, mais aussi les prévenir de ce qui les attend. "Vous allez parfois tomber comme un cheveu sur la soupe, ne vous attendez pas forcément à un super accueil de la part de vos collègues, leur assure Geneviève Di Rosa. Mais ne vous sentez pas comme le petit nouveau en retrait, plutôt comme le renouveau qui apporte de nouvelles idées !"

Jeudi 31 août, les stagiaires ont de nouveau des cours à l'Espé afin, cette fois, d'évoquer leur premier cours, qui aura lieu lundi 4 septembre. Mais ils ne semblent pas particulièrement inquiets. "Je suis un peu anxieuse mais surtout très enthousiaste, assure Inès. Je me rassure en me disant qu'il ne peut rien arriver de grave, que ce ne sera que du plaisir." "Je suis impatient d'être devant mes élèves et excité de commencer l'année", indique Théo. "Être face aux élèves, ça va, je l'ai déjà fait lors du stage de M1 et j'ai donné des cours de soutien. C'est surtout la rencontre avec les parents qui me fait peur", explique Anne. Une sérénité qui ne sera peut-être que de passage… "Avant de commencer, ils sont généralement assez tranquilles, relève Geneviève Di Rosa. Mais, dans une semaine, après le premier contact avec les élèves, ils seront complètement changés et reviendront avec plein de doutes et de questions !"

L'Etudiant en immersion à l'Espé

Comment les enseignants-stagiaires appréhendent-ils leur première année devant des élèves ? Comment vivent-ils cette année de M2 MEEF réputée lourde et difficile ?
Toute cette année scolaire 2017–2018, l'Etudiant vous amène au cœur de la promotion 2018 du M2 MEEF option Lettres modernes de l'Espé de Paris (75), sur le campus Molitor (XVIe arrondissement). Vous suivrez les péripéties de la trentaine d'enseignants-stagiaires affectés en lycée, des cours qu'ils suivent… à ceux qu'ils donnent.

Retour sur l'immersion en terminale en 2016–2017 :

L'épisode 1 de l'immersion au lycée
L'épisode 2 de l'immersion au lycée
L'épisode 3 de l'immersion au lycée
L'épisode 4 de l'immersion au lycée
L'épisode 5 de l'immersion au lycée
L'épisode 6 de l'immersion au lycée
L'épisode 7 de l'immersion au lycée
L'épisode 8 de l'immersion au lycée
L'épisode 9 de l'immersion au lycée
L'épisode 10 de l'immersion au lycée