Assassinat de Samuel Paty : le choc et le besoin d'être mieux formés des enseignants

Par Oriane Raffin, publié le 21 Octobre 2020
4 min

Face à leurs classes, les jeunes enseignants se trouvent parfois démunis pour évoquer l’enseignement moral et civique. Témoignages.

"C’est un gros coup de massue, ça m’a choqué". Sam*, 28 ans, professeur d’histoire-géographie en collège termine sa première période d’enseignement en tant qu’enseignant-stagiaire, dans l’académie de Grenoble. Un bilan très positif terni par l’assassinat, vendredi 16 octobre, à Conflans-Sainte-Honorine (78), d’un de ses collègues, Samuel Paty, qui avait montré des caricatures de Charlie Hebdo en classe.

"J’ai l’impression qu'en tant qu’enseignant d’histoire-géo en collège, cela nous touche encore plus… Avec un sentiment amer !" Passé la première sidération, les jeunes enseignants s’interrogent sur leur rôle à jouer. "On est là pour se battre contre cet obscurantisme-là", martèle ainsi Sam.

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Manque de formation et d'accompagnement

L’enseignement moral et civique (EMC) fait partie des matières qui reviennent traditionnellement aux professeurs d’histoire-géographie. Pour autant, les jeunes enseignants, en particulier, ne se sentent pas forcément toujours correctement formés et accompagnés pour évoquer les sujets dits "sensibles" avec leurs classes. "Dans les cours suivis à l’Inspé, il n’a pour le moment pas été fait mention de la manière dont on doit aborder les sujets de société. déplore Diane*, 27 ans, enseignante-stagiaire en Seine-Saint-Denis. C’est d’autant plus surprenant qu’il y a un écart important avec le concours du Capes, qui est très exigeant sur l’EMC", ajoute la jeune femme.

Diane estime d’ailleurs que les programmes ont une teneur et un contenu "très allusifs". "Sur ces sujets, je trouve que nous aurions besoin de directives, de connaître la manière dont ils veulent envisager les choses", précise-t-elle. Les stagiaires s’appuient donc sur les échanges qu’ils peuvent avoir avec d’autres professionnels. "Si on pose la question à nos tuteurs ou nos formateurs, nous aurons des conseils liés à leur expérience, qui reposent donc sur leur individualité. Il n’y a pas de boîte à outils toute faite ou de démarche programmée sur ces questions-là", déplore Diane. La jeune professeure a fait le choix d’aborder les questions d’EMC en lien avec le programme d’histoire ou de géographie. "Pour le moment, je ne me sens pas assez à l’aise pour faire des liens avec l’actualité, même si je pense que ce serait intéressant".

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"On s’est attaqué à mon métier"

Marie, 36 ans, tutrice de Diane et enseignante dans un collège de Seine-Saint-Denis, était stagiaire en 2015, au moment des attentats de Charlie Hebdo. "À l’Inspé, nous avons eu des moments consacrés aux questions sensibles. Mais cela m’a semblé en déconnexion avec ce que nous vivions dans nos classes", note-t-elle pour sa part.

Après les attentats contre le journal satirique, l’enseignante avait abordé la question en classe. "À l’époque, cela me semblait mon travail d’en parler avec les élèves. Cette fois-ci, c’est plus complexe. On s’est attaqué à mon métier, à moi en quelque sorte. Je me sens juge et partie. Je ne sais pas encore si je vais l’aborder avec mes classes, et comment. Et surtout, si c’est à moi de le faire". Comme ses collègues, elle compte sur les vacances pour laisser passer la sidération. "J’attends de voir les consignes officielles, pour qu’il y ait une cohérence dans les réponses", confie également Sam. Ensuite, les enseignants verront comment s’adresser à leurs élèves. Pour aller plus loin que la minute de silence actuellement prévue pour le jour de la rentrée.

* Les prénoms ont été modifiés

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