Reportage

Étudiants en food design : "On passe notre temps à expliquer ce qu'on fait"

Par Pauline Bluteau, publié le 20 février 2023
5 min

L'École de design Nantes Atlantique est l'une des seules à proposer un master food design à ses étudiants. À l'occasion d'un atelier dédié au sucre, l'Etudiant est allé à leur rencontre pour en savoir plus sur cette spécialité assez méconnue.

N'allez pas les confondre avec des cake designers, des pâtissiers ou des artistes aux idées farfelues… Et pourtant, à première vue, difficile de comprendre ce qu'il se passe dans cette salle de classe qui n'est autre qu'une cuisine.
L'odeur du chou embaume la pièce, les étudiants sont en tablier, certains épluchent, d'autres s'acharnent sur les mixeurs et l'on entend des "passe-moi la betterave", "faut que je les sorte du four, ou encore "la texture est superbe". Non, les étudiants ne s'essaient pas à MasterChef, ils apprennent à devenir food designers.

Un master dédié à l'alimentation

"Sugar or not sugar" : c'est le thème du workshop de la semaine pour les quelque 25 étudiants de master 1 food design à l'École de design Nantes Atlantique. Ils avaient quatre jours pour se documenter, analyser et proposer un événement qu'ils présenteront aux autres étudiants de l'établissement.

"D'habitude, on est sur des sujets beaucoup plus sérieux, en lien avec la santé par exemple. Ici, l'objectif, c'est d'arriver à structurer un message : après un temps de recherche, d'exploration, ils passent à la réalisation, ils expérimentent", explique Julia Kunkel, directrice du food design lab.

Un workshop dédié au sucre

Les étudiants sont répartis en trois groupes. Au cœur de l'atelier : la cuisine donc, où Loïs est à la manœuvre. Il confectionne un cuir de fruit, une méthode qu'il ne connaissait pas il y a encore quelques jours. La préparation à base de pommes et de betteraves est bluffante.
"Le groupe travaille sur 'comment donner un goût sucré aux aliments sans utiliser de saccarose, le sucre raffiné'", résume Elise Huneau, designer alimentaire et intervenante au sein du master. Les petites bouchées sucrées seront servies le lendemain, lors de l'événement.
Reportage food design
Reportage food design © Jean-Charles Queffelec/L'Ecole de design Nantes Atlantique

Ici le sucre, sous toute ses formes, est roi

Dans la salle d'à côté, le groupe Communication s'affaire. "Va te faire caraméliser", "Sugar Babe", "Sugar better than sex", "Fruck you" ou "Raide dingue de sucre" font partie des slogans qui décorent la pièce. "On a extrait le jus de certains aliments que l'on trouve dans le frigo comme le chou, la betterave, la salade pour en faire des encres végétales, explique Lilly, étudiante en master 1.
L'objectif est de ne pas faire de déchets avec ce que la cuisine est en train de faire et d'utiliser tout ça pour s'exprimer." Ici, le sucre, sous toutes ses formes, est donc roi. À travers ces affiches provocantes, les étudiants espèrent faire réagir les spectateurs sur leur rapport au sucre.
Et ce n'est pas fini, dans l'agora, d'autres étudiants sont en train de monter une structure de barbe à papa, comme un cocon sucré. "On veut s'interroger sur la présence du sucre, comment il évolue autour de nous, il est partout, et au-delà de le manger, on peut s'en servir pour y habiter", présente Justine, étudiante en master 1.
Reportage food design
Reportage food design © Jean-Charles Queffelec/L'Ecole de design Nantes Atlantique

Food designer : de la production, à la cuisine, en passant par le recyclage

Mais pour les étudiants, ce workshop n'est finalement pas tout à fait représentatif de l'étendu de leurs savoir-faire et de leurs compétences. "C'est assez difficile à expliquer : ils expérimentent mais ce ne sont pas des cuisiniers pour autant. C'est un workshop assez culinaire, c'est vrai, mais ils sont en train d'acquérir des compétences qu'ils vont mobiliser plus tard dans d'autres projets de graphisme par exemple", souligne Elise Huneau.
Les perspectives pour les food designers sont en effet multiples : de la production, à la transformation, en passant par la consommation et le recyclage, ils interrogent toute la filière alimentaire sans être cantonné à la vision purement artistique ou marketing du métier.
"C'est quelqu'un qui repense l'alimentation d'aujourd'hui pour proposer des solutions pour demain, des solutions cohérentes entre le consommateur et la demande du marché", tente Lilly.

Le design, un secteur mal connu

À la fois un artiste, un ingénieur, un architecte, un manager… Le designer a de nombreuses casquettes

ce qui rend le métier souvent difficile à expliquer. Pour Justine, le design est avant tout "une ouverture d'esprit, être curieux de tout, apprendre de tout... Aujourd'hui c'est le sucre, demain ce sera un autre sujet !"

Loïs, lui préfère prendre un "joker" pour répondre à la question. "Chacun a sa vision du designer donc c'est compliqué d'y répondre", s'excuse-t-il. Les autres étudiantes l'affirment, elles sont souvent confrontées à une méconnaissance de leur futur métier. "On pense que je suis styliste, s'amuse l'une d'entre elles. Il faut constamment expliquer ce qu'on fait, en quoi on peut être utile."
Pourtant, de plus en plus d'entreprises, d'institutions, s'appuient sur des designers. "C'est quelqu'un qui observe son entourage, les besoins des usagers. Il est à la croisée de différents acteurs pour améliorer une situation, proposer des solutions, un service, un produit… Cela peut prendre plein de formes différentes mais la spécificité est que notre sujet de recherche est avant tout l'alimentation", conclut la directrice du master.

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