Ma vie en école d'art : pratique, autonomie et regard critique de rigueur

Par Séverine Mermilliod, publié le 13 Octobre 2022
4 min

Intégrer une école d'art après le lycée n'est peut-être pas complètement ce que vous croyez. Habitudes chamboulées, travail constant, esprit critique... Étudiantes et professeurs vous donnent un aperçu de la réalité pour savoir si cette voie est faite pour vous.

Quand on intègre une école d'art, "pratiquement tout est différent du lycée", prévient Amel Nafti, co-présidente de l'Andea et directrice de l’École d'art et design de Grenoble Valence. Beaucoup d'autonomie et d'ouverture d'esprit sont requises. Et si les professeurs vous aident à construire un projet personnel, il faudra accepter de le remettre en question.

Les écoles d’art laissent place à la pratique

"En général, on commence par des initiations, pour que les étudiants apprennent à se servir des machines, avec des ateliers bois, métal, peinture, dessin…", présente Amel Nafti. Même si chaque école d’art est différente, vous aurez beaucoup de cours pratiques en atelier d'au moins "une demi-journée". L'idée est d'apprendre à manipuler le maximum d'outils et matériaux car ce sera à vous de produire.

"Il faut être curieux et avoir envie de toucher à tout parce qu’on découvre plein d'ateliers techniques, céramique, métal, sérigraphie, studio de son…", ajoute Tiphaine, 22 ans et étudiante en quatrième année à la Villa Arson à Nice. Ce à quoi il faut aussi ajouter la théorie avec des cours d'histoire de l'art, de philosophie, d'esthétique…

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Des études d’art en autonomie mais exigeantes

"Il faut être assez autonome pour entrer en école d'art", poursuit Tiphaine. Mais pas question de chômer. "Si tu ne travailles pas, personne ne va venir te chercher. Il faut être productif, demander des rendez-vous avec les professeurs pour parler de son travail", note l'étudiante. Fanny Souade, artiste diplômée de l'ESAD Grenoble en 2020, abonde : "On peut facilement passer cinq ans en se 'planquant', mais pour réussir il faut travailler au maximum, aller à l'école et produire même quand on n'a pas cours."

Ces études "demandent de la maturité", ajoute Amel Nafti : vous allez créer quelque chose de personnel. Et le mode d'évaluation s'en ressent : "On va juger la pertinence, l’originalité, la manière dont l’œuvre produite donne du sens… " Ce qui peut déstabiliser certains étudiants car "il n'y a pas vraiment de barème d'évaluation", assure Fanny Souade.

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En école d’art, savoir accepter la critique et être ouvert d’esprit

Il faudra donc être capable d'accepter la critique. "À la fin de chaque semestre, on fait un accrochage pour montrer le travail réalisé", raconte Tiphaine. "Pendant les évaluations il y a beaucoup d'entraide, tout le monde est dans la même dynamique. Mais il arrive d'avoir un bilan qui se passe mal : la remise en question dans ces études est un peu perpétuelle !"

"L'art est quelque chose de très intime. Quand on critique quelque chose créé avec beaucoup de soi dedans, c'est douloureux", reconnaît Amel Nafti. Certains étudiants quittent parfois les écoles d’art "parce qu’ils ne sont pas prêts à accepter le regard de l'autre".

Enfin, vous serez directement plongé dans le monde professionnel : les professeurs qui vous encadrent sont aussi "artistes et/ou chercheurs à côté, commissaires d'expo, critiques d'art…", rappelle Amel Nafti, avec "une grande horizontalité dans les rapports. Profs et élèves se tutoient souvent". Pour Fanny Souade, "cela permet d'être d'égal à égal", tandis que Tiphaine apprécie d'avoir "des conversations, plus que des cours, sur des inspirations, sur la voie dans laquelle on pourrait aller… C'est plus gratifiant !"

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