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Reportage

Festival de la BD d’Angoulême : les conseils d’éditeurs aux jeunes auteurs

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Le Pavillon Jeunes Talents accueillait les rencontres éditeurs-jeunes auteurs de BD du 26 au 28 janvier 2017. // © Natacha Lefauconnier
Le Pavillon Jeunes Talents accueillait les rencontres éditeurs-jeunes auteurs de BD du 26 au 28 janvier 2017. // © Natacha Lefauconnier

Du 26 au 29 janvier 2017, le Festival international de la bande dessinée a attiré des milliers de visiteurs à Angoulême. Parmi eux, de futurs dessinateurs et scénaristes venus montrer leur travail aux professionnels de l’édition spécialisés dans le 9e art. Reportage au cœur du Pavillon Jeunes Talents, lieu de ces rencontres.

Vendredi 27 janvier 2017, un ciel couvert accompagne ce deuxième jour du FIBD (Festival international de la bande dessinée), à Angoulême (16). Les portes du Pavillon des Jeunes Talents ouvrent à 10 h, mais Thomas, 23 ans, attend depuis bien plus longtemps. “Pour pouvoir rencontrer les éditeurs et leur montrer notre travail, il faut décrocher un ticket. Les premiers arrivés sont les premiers servis !”, explique-t-il. Hélas, il n’a pas obtenu de sésame : “Je suis arrivé à 8h30. La file d’attente dépassait déjà dix mètres !” s’exclame le jeune homme, dépité.

Loin de se décourager, cet étudiant en master 2 recherches en cinéma et audiovisuel à Aix-Marseille Université a décidé d’attendre la fin des entretiens pour tenter sa chance. Et sa persévérance a payé : “J’ai parlé de mon scénario à la maison d’édition Petit à Petit. Ma faiblesse est que je n'ai pas de dessinateur, donc ce n'est pas évident pour les éditeurs de me faire un retour”.

Thomas, 23 ans, étudiant à Aix-Marseille Université, patiente pour présenter son scénario aux maisons d'édition présentes ce matin-là.Thomas, 23 ans, étudiant à Aix-Marseille Université, patiente pour présenter son scénario aux maisons d'édition présentes ce matin-là. // © Natacha Lefauconnier

L’an passé, il avait déjà parlé aux représentants de Casterman et de Delcourt. “Mais c'est plus facile de rencontrer les plus petites maisons. Elles me donnent des conseils pour améliorer le fond et la forme. C'est toujours positif d’avoir ce genre de retour sur son travail !”

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Ciblez les maisons d'édition

Parmi les quelque 200 autres participants à ces trois jours de rencontres, beaucoup d'étudiants italiens et espagnols, attirés par la concentration de professionnels durant le festival, qui fêtait cette année sa 44e édition. "Ce qui est dommage, c'est que les étudiants étrangers qui viennent montrer leur book n'ont pas lu les fiches de présentation des éditeurs qui participent aux rencontres”, souligne Maud Bachotet, assistante éditoriale chez Steinkis. “Donc souvent leur projet ne correspond pas du tout à la ligne éditoriale", regrette-t-elle après avoir vu les planches d’une jeune Italienne.

Regarder le catalogue des publications d’un éditeur est le premier réflexe à avoir : vous économiserez votre énergie en ciblant les maisons qui publient des albums ayant un rapport avec ce que vous aimeriez leur présenter. Sans compter que vous éviterez de faire perdre du temps à vos interlocuteurs…

Maud Bachotet (éditions Steinkis) a rencontré une dizaine de jeunes auteur-e-s : une seule a retenu son attention.Maud Bachotet (éditions Steinkis) a rencontré une dizaine de jeunes auteur-e-s : une seule a retenu son attention.
// © Natacha Lefauconnier

Venez avec un projet détaillé

Une erreur à ne pas commettre : venir sans projet concret. “Il ne faut pas montrer que des dessins, mais présenter une note d'intention, avec une description de l'environnement, une ambiance, des personnages, un sommaire, un découpage...", conseille Maud Bachotet, qui a une préférence pour les planches originales en format papier, même s’il est possible de venir avec des projets numériques sur tablette. Une suggestion : apportez un carnet de croquis ou un échantillon de vos dessins, même s’ils ne font pas partie du projet principal. “Cela permet de voir comment l'auteur gère les couleurs, par exemple”, justifie la professionnelle.

Trouvez une idée originale

Beaucoup de travaux présentés ont un air de déjà-vu : efforcez-vous de trouver une idée originale, défendue par des textes solides. Attention, inutile de venir avec une BD complète, puisque votre projet sera retravaillé avec l'éditeur s’il est accepté.

Autre conseil : être patient. "Certains jeunes viennent trop tôt, alors qu'ils ne sont qu'en première année d'études d'art, note l’assistante éditoriale des éditions Steinkis. Il ne faut pas vouloir être publié à tout prix et savoir patienter pour trouver une idée, voire un scénariste si nécessaire."

Nathalie Van Campenhoudt, éditrice au Lombard, confirme : “Il arrive souvent que les personnages que l’on nous montre soient rigides dans leurs attitudes… Il faut travailler et travailler encore !” Pour Philippe Hauri, directeur éditorial chez Glénat, il y a une étape à ne pas négliger : “Prenez des cours d’anatomie !”

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Écoutez les conseils

Après avoir présenté son travail, chaque jeune artiste reçoit des conseils, même si son projet ne correspond pas à ce que cherche son interlocuteur. “Votre style correspond plus à un dessin pour des enfants", “vous devriez ajouter les bulles à vos planches", “développez vos personnages”, “écrivez les différentes parties plus en détail”, “vos pages sont très belles mais vos personnages ne sont pas bons”... sont quelques-uns des commentaires distribués ce jour-là.

Au sein du Pavillon Jeunes Talents, des espaces pour dessiner ou lire les planches des lauréats de la précédente édition du concours Jeunes Talents.Au sein du Pavillon Jeunes Talents, des espaces pour dessiner ou lire les planches des lauréats de la précédente édition du concours Jeunes Talents. // © Natacha Lefauconnier

Pensez aux petites maisons d'édition

Vous êtes nombreux à vous précipiter vers les grandes maisons d'édition. Ne boudez pas les petites maisons, qui publient beaucoup de jeunes auteurs. “On lit tous les projets reçus et on répond aux auteurs”, affirme Maud Bachotet, qui cite l’exemple de Chloé Wary, 21 ans, étudiante au lycée technique d’arts appliqués Auguste-Renoir (Paris). Son projet de fin d’études devrait être publié au printemps 2017 sous le titre "Conduite interdite" (éditions Steinkis). “Le dessin était très beau mais l’histoire a dû être retravaillée avant d’être publiable.”

Restez motivés... et travaillez sans relâche !

Ne vous découragez pas, le chemin est parfois long. "Ce n'est pas parce qu'un jeune sort diplômé d’une école d’art qu’il trouvera forcément du boulot", met en garde Thierry Laroche, éditeur chez Gallimard BD. Deux armes à ne pas négliger : la motivation et le travail ! “Il faut que le dessin soit une passion dévorante, car il faut beaucoup s’entraîner et travailler pour trouver son style." Autre recommandation : nourrissez-vous… d’art ! “Lisez beaucoup – pas que de la bande dessinée –, allez voir des films, des expositions… La BD a longtemps souffert d’un manque de variété. Ces ouvertures culturelles permettent d’avoir un regard plus large”, conclut l’éditeur.

Yannick Grossetête, 24 ans, 3e Prix Jeunes Talents au FIBD 2017

"Ce qui a fonctionné pour moi, c’est le mode débrouille"

Yannick Grossetête, 24 ans, lauréat du 3e Prix Jeunes Talents 2017Yannick Grossetête, 24 ans, lauréat du 3e Prix Jeunes Talents 2017. // © Natacha Lefauconnier

Son bac STD2A en poche, il poursuit avec un BTS communication visuelle (ex-BTS design graphique, option communication et médias imprimés) puis quitte Chaumont (52) pour intégrer l’Institut Saint-Luc à Liège (Belgique), où il décroche son diplôme après trois ans d’études. Fin 2015, grâce à ses professeurs – tous auteurs de BD –, il rencontre le rédacteur en chef de la revue "Fluide Glacial" lors du festival Quai des bulles, qui se tient chaque année à Saint-Malo (35).

Les planches de Yannick plaisent. Une deuxième rencontre a lieu lors du FIBD d’Angoulême en janvier 2016. Depuis lors, il est publié dans "Fluide Glacial", mais aussi dans d’autres revues comme "Aargh" et "Groom"… De quoi lui permettre de vivre de son dessin. Ce qu’il retient de son expérience ? “Ce qui a fonctionné pour moi, c’est le mode débrouille. Il ne faut pas hésiter à aller discuter avec les éditeurs dans les festivals, à contacter les rédacteurs en chef par les réseaux sociaux ou par mail… À condition d’avoir des choses concrètes à présenter !”