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Reportage

Écoles d'ingénieurs : comment les fab labs se sont mobilisés pendant la crise

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Le fab lab du campus CESI de Nanterre a contribué à la production de près de 2.000 visières de protection. // © Clément Rocher
Le fab lab du campus CESI de Nanterre a contribué à la production de près de 2.000 visières de protection. // © Clément Rocher

Les écoles d'ingénieurs et quelques étudiants se sont mobilisés face à la crise sanitaire, au travers du réseau des fab labs. Objectif : fabriquer très rapidement du matériel de protection comme des visières.

Malgré la période de confinement, enseignants et étudiants ne sont pas restés les bras croisés et ont souhaité participer à l'effort national de lutte contre l'épidémie. Un véritable mouvement de solidarité s'est initié au sein des fab labs des écoles d'ingénieurs dès le début de la crise sanitaire. Ces prises d'initiative ont rendu possible la production de plusieurs dizaines de milliers de visières de protection.

Répondre aux besoins des hôpitaux

"On s'est rapidement rendu compte qu'il y avait une pénurie de matériel de protection. Il y avait de vrais besoins dans les hôpitaux mais aussi de la part de toutes les personnes qui continuaient à travailler pendant le confinement (grande distribution, services de livraison…) et qui n'avaient aucune protection", soutient Henri Lieutaud, enseignant spécialiste de la blockchain à l'ESILV, école d'ingénieurs du Pôle Léonard de Vinci.

Certaines mesures de sécurité ont néanmoins été prises afin de permettre l'accès aux machines du fab lab du Pôle Léonard de Vinci. "On ne voulait pas prendre de risque. Nous avions le droit de nous rendre à l'école par groupe de deux afin de fabriquer des visières de protection. On s'est retrouvé avec une quinzaine d'étudiants qui se sont relayés pendant quarante jours, même le week-end. Nous avons été nombreux à participer, soit en étant sur place, soit en partageant nos idées."

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Le campus du CESI de Nanterre (92) a également autorisé l'ouverture de son fab lab. "Nous sommes dans une configuration un peu particulière. L'ensemble de l'espace de travail a été réorganisé pour la production de visières", explique Thibaut Morin, fab lab manager du campus. Toutes les machines de l'établissement ont été rassemblées pour tourner quasiment en permanence.

L'impression 3D, une valeur ajoutée

"Au sein du réseau des fab labs, le sujet de création d'une visière a très vite circulé. Nous avons commencé à avoir des demandes de nos partenaires et nous avons remis en route les machines afin de répondre aux demandes."

La production d'une visière de protection nécessite en moyenne deux heures. "Le savoir-faire est extrêmement faible. Notre valeur ajoutée c'est que nous avions déjà l'expérience de l'impression 3D", poursuit le responsable du fab lab. Son initiative a permis la distribution de plus de 2.000 visières de protection. "Notre geste a été très apprécié dans les milieux hospitaliers et dans les entreprises."

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Une expérience très formatrice en compétences concrètes

Henri Lieutaud salue la contribution des enseignants-chercheurs mais aussi des étudiants bénévoles. "C'était une expérience très enrichissante pour les étudiants dans laquelle ils ont pu faire quelque chose de concret. Ils ont été volontaires et ont pu avoir un impact réel sur le monde. Ils ont réussi à s'organiser en quelques semaines pour créer un système de production de matériels avec des vrais besoins en face."

Les élèves-ingénieurs ont été invités à mettre en application des compétences acquises pendant leur formation. "Ils se sont aperçus qu'utiliser des machines de design industriel n'est pas juste un hobby mais permet d'avoir une vraie utilité, estime l'enseignant. Les étudiants ont appris à considérer tous les aspects d'une chaîne de production et à gérer des relations avec les utilisateurs." Le fab lab a fait office de formation en accéléré : les élèves ingénieurs ont ainsi du mettre en place une mini chaîne logistique, de l'approvisionnement en matières premières pour la production jusqu'à la livraison.

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Objectif atteint pour les fab labs

Les machines sont mises à l'arrêt depuis quelques semaines. "Nous avions le sentiment que l'urgence était passée. Nous avons fait notre part et je pense que nous avons été efficaces. Il est plus facile de trouver du matériel de protection maintenant, ce qui n'était pas le cas il y a deux mois. Il y a des filières de production professionnelles qui existent et qui ont pris le relais", explique Henri Lieutaud.

Par ailleurs, le gouvernement encadre également la production de visières : de nouvelles normes sont désormais en vigueur afin de lutter contre la concurrence. "Nous n'avons ni le temps ni les ressources pour faire certifier les produits que l'on fabrique", conclut l'enseignant de l'ESILV.

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