Stress : plus de la moitié des étudiants en pharmacie ont déjà pensé à tout arrêter

Par Mersiha Nezic, publié le 12 Février 2020
6 min

56,02% des étudiants en pharmacie se déclarent stressés, angoissés, épuisés, oppressés et découragés et 58,51% d'entre eux ont déjà pensé à interrompre leur formation. Ces données sont issues de l’enquête Bien-Être, que vient juste de publier l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (ANEPF).

Stressés, angoissés, épuisés, oppressés, découragés… Voici les adjectifs utilisés par plus de la moitié des étudiants en pharmacie pour décrire leur état psychologique. 61,52% d’entre eux jugent même leur temps de sommeil insuffisant et jusqu’à 58,51% de ces étudiants ont déjà pensé à interrompre leur formation.

Celle-ci, d’une durée de six à neuf ans, est accessible après un concours très sélectif en PACES (première année commune aux études de santé). Ces données alarmantes sont issues de l’enquête Bien-Être, publiée par l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (ANEPF). 2.222 étudiants en pharmacie (sur un total de 33.000) y ont répondu en octobre dernier.

76,24% des étudiants interrogés déclarent "souffrir d’un mal-être dû à leur cursus"

Il ressort de cette étude que 44,28% des étudiants pharmaciens présentent un état dépressif léger ; 21,92% un état dépressif modéré et 6,25% un état dépressif sévère. En ce qui concerne le recours aux anxiolytiques et aux antidépresseurs, 18,68% des étudiants en pharmacie déclarent en avoir déjà consommé au cours de leurs études.

76,24% des étudiants interrogés déclarent "souffrir d’un mal-être dû à leur cursus". Ils invoquent les conditions d’études (56,08%), les maquettes de formation (19,89%), les problèmes administratifs (14,90%) et les conditions de stage (9,27%).
Pour l’ANEPF, les maquettes de formation doivent "évoluer pour permettre à ces étudiants d’effectuer leur cursus dans un contexte le plus optimal possible".

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Peu de soutien de l'université en cas de harcèlement

L’étude précise également que 19,49% des étudiants en pharmacie ont déjà vécu des situations de discrimination, dévalorisation par autrui, harcèlement, attaque verbale ou physique. Selon l’enquête, 43,42% des discriminations ou attaques sont réalisées par du personnel de la faculté ; 22,40% par du personnel encadrant lors d’un stage. "Ces chiffres sont inadmissibles", s’indigne l’organisation étudiante.

Parmi les étudiants ayant vécu ces situations, seuls 47,58% d’entre eux ont bénéficié d’un accompagnement : 10,68% se sont tournés vers un soutien universitaire. La majorité, 82,52%, a bénéficié d’un soutien de la part de la famille ou de proches. Ce soutien est venu de la part d’autres étudiants pour 67,48% d’entre eux et de la part d’un professionnel extérieur à l’université pour 1,94%, détaille l’ANEPF.
"Avant de développer les systèmes de soutien des universités, un travail doit être fait sur la formation et le suivi des encadrants pour stopper ces situations et permettre à tous les étudiants en pharmacie de profiter d’un encadrement leur permettant de s’épanouir", avance l’organisation étudiante.

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Les étudiants veulent des services administratifs plus efficaces

Les étudiants critiquent également la qualité des services administratifs, invoquant des problèmes de disponibilité et d’efficacité. Ces derniers sont ouverts lors de plages horaires correspondant à celles des cours. Ils dénoncent également erreurs et retards lors de publications de planning et de résultats d’examens. "Tant de facteurs causant un stress supplémentaire aux étudiants (…) pourraient facilement être évitables par une meilleure gestion au sein de l’administration et une formation plus approfondie du personnel", souligne l’ANEPF.

Les futurs pharmaciens ne restent pas toujours isolés face à leur mal-être. Ils sont 18,54% à avoir déjà consulté pour bénéficier d’un soutien médical ou psychologique. Mais seul 27,43% d’entre eux se sont tournés vers un professionnel rattaché à l’université, au sein d’un Service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé (SUMPPS), d’un Centre de soins universitaire (CSU) ou d’un service de santé universitaire (SSU).

"Ce chiffre montre la méconnaissance des étudiants quant aux services de santé, particulièrement de santé mentale, proposés par les universités. Des campagnes de communication bien plus poussées doivent être mises en place pour démocratiser ces lieux de soins, financièrement et géographiquement accessibles aux étudiants, afin de permettre à tous les étudiants de bénéficier du meilleur suivi possible", détaille l’ANEPF.

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Des actions pour le bien-être des étudiants

Face à ce mal-être, de nouvelles actions sont mises en place, comme la création du Centre national d’appui (CNA). Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, et Agnès Buzyn, ministre de la Santé, ont lancé le 15 juillet dernier cette structure de coordination nationale pour favoriser une meilleure qualité de vie des étudiants en santé.

Le CNA doit notamment formuler des recommandations et favoriser l'échange des bonnes pratiques. Mais faut-il encore munir la structure "de moyens financiers adéquats afin de mener à bien ces actions, explique l’ANEPF. Une communication importante sur les structures universitaires de soutien psychologique doit également être envisagée, pour démocratiser ces instances encore trop méconnues des étudiants".

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