Discrimination : les actions des universités passées au crible

Par Eva Talma, publié le 29 Juin 2020
4 min

Selon une enquête menée par le syndicat étudiant UNEF, les étudiants victimes de discriminations ne savent pas vers qui se tourner au sein de leur université. Manque d’information, d’écoute ou encore d’organisation : le syndicat dresse la liste des difficultés rencontrées pour dénoncer ces actes.

Alors que les mouvements contre les discriminations, notamment racistes, se multiplient, l’UNEF s’est penchée sur les dispositifs de lutte contre le sexisme, le racisme et les LGBTI+phobies mis en place par les universités. Pour cela, le syndicat étudiant a recensé les dispositifs des 71 universités françaises en prenant en compte les universités technologiques et les établissements d’outre-mer. Le syndicat s’est aussi appuyé sur plusieurs études pour observer le ressenti des étudiants : enquête OVE (observatoire de la vie étudiante), enquête de l’Unef et sondage OpinionWay pour 20 minutes.

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Peu d'outils de lutte contre les discriminations

"Les oppressions systémiques s’expriment dans toutes les strates de la société et donc également dans nos établissements", estime l'UNEF qui est saisie au quotidien pour des cas de discrimination. Selon Mélanie Luce, présidente du syndicat étudiant, "il y a peu de dispositifs en place et peu de chiffres sur le sujet".

Dans son enquête, l’UNEF révèle ainsi que 7% des universités françaises ne communiquent pas sur les dispositifs de lutte contre la discrimination, et que 45,1% d'entre elles ne disposent pas de cellules de veille et d’écoute (CVE), qui sont pourtant "une priorité pour toutes les luttes contre les discriminations", selon Mélanie Luce.

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Les questions de genre peu prises en compte

Si la loi Fioraso prévoit la mise en place d’une mission "égalité entre les hommes et les femmes" au sein des universités, "24,5% des universités ne disposent ni de chargés de missions égalité femmes-hommes, ni d'une vice-présidence dédiée à l'égalité femmes-hommes".

Sur les 39 universités mettant en place des CVE, seules 20,5% sont centrées sur les LGBTI+phobies, tandis que 64,1% des CVE ne traitent pas du tout de cette question. Et, alors que 13% des jeunes entre 18 et 30 ans ne s’identifient ni comme homme, ni comme femme, "63,38% des universités ne reconnaissent par le prénom d’usage", entraînant la négation des identités des étudiants trans.

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La lutte contre le racisme, grande absente des universités

42% des personnes perçues comme "non blanches" déclarent avoir été victimes de racisme dans le cadre de leurs études, et pourtant, seules 17,7% des universités en France disposant d'une cellule de veille et d'écoute mettent en place une cellule traitant exclusivement de discrimination raciale.

17% des étudiants ayant déclaré une différence de traitement le font concernant les origines et la nationalité. Cependant, plus de 57% des étudiants déclarent ne pas savoir comment remonter un comportement raciste, illustrant le manque de communication sur la lutte contre le racisme.

Pour Mélanie Luce, cette lutte est absente des actions universitaires car "il existe en France une tendance à dire que le racisme est terminé" : "plus d’esclavage = plus de racisme", résume-t-elle. Or, l'actualité a tendance à prouver le contraire, en témoigne par exemple l'agression raciste qu'a subie en 2019 un étudiant de Rennes 2. "Devant tout un amphithéâtre, un enseignant a été jusqu’à imiter son accent et le menacer physiquement", selon l'enquête de l'UNEF.

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