Comment ramener les jeunes aux urnes ? Des étudiants engagés évoquent des pistes pour contrer l’abstention

Par Malika Butzbach, publié le 24 Juin 2022
5 min

Si trois jeunes sur dix seulement ont voté lors des dernières élections législatives, l'engagement des étudiants passe souvent par des actions collectives et associatives. Sensibles et informés, les jeunes engagés ont aussi des solutions à proposer pour redonner envie aux 18-35 ans de voter.

Le même constat revient à chaque lendemain d’élection depuis plusieurs années : les jeunes se déplacent de moins en moins aux urnes. Pour le deuxième tour des élections législatives, dimanche 19 juin, 70% des 18–25 ans et 66% des 25–34 ans se sont abstenus.

Des chiffres importants qui ne surprennent pas Marie, 19 ans, étudiante en économie à Toulouse et militante dans une association féministe locale. "J’ai l’impression que les jeunes sont blasés de la politique politicienne, celle qui passe par le vote", estime la jeune fille. Elle-même n’a glissé qu’un seul bulletin dans l’urne cette année, pour le premier tour de l’élection présidentielle.

Car abstention ne veut pas forcément dire désintérêt. "Les jeunes d’aujourd’hui peuvent avoir une capacité d’engagement bien supérieure à celle de leurs aînés mais elle s’exprime différemment, écrivent Martial Foucault, directeur du Cévipof à Sciences po et Axel Dauchez, président de la plateforme citoyenne Make.org, dans une contribution. Si l’acte de vote leur paraît lointain, ils s’engagent beaucoup plus facilement dans des démarches participatives, qu’elles soient dans la rue ou dans l’espace numérique."

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Plus d'écologie et de référendums

Pour quels projets et quelles causes les jeunes accepteraient de se rendre aux urnes ? "Pour défendre la planète", répond du tac au tac Ivan, 22 ans, qui vit en Île-de-France. L’étudiant en école d’ingénieurs ne compte plus le nombre d’actions auxquelles il a participé pour sensibiliser à la question écologique. Comme Marie, il estime que ce sujet a été absent des campagnes de cette année : "Il a seulement été question du nucléaire, et donc un peu des énergies. Mais l’écologie ce n’est pas que ça !"

Ivan reconnaît ne pas faire confiance aux personnalités politiques, "tout le monde affiche l’écologie dans les tracts mais les programmes sont souvent flous". Lui pense qu’il irait voter pour "autres choses que des promesses". Par exemple, si on lui demandait directement son avis. "Pourquoi pas un référendum sur les questions écologiques, comme la taxe des trajets en France en avion ? Ou pour interdire les bouteilles en plastique ? Ces votes donneraient lieu à des lois contraignantes pour les entreprises."

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Repenser et faciliter le système de vote

Léo, qui étudie les sciences politiques, se concentre davantage sur le mode de scrutin. "Le système de 'une voix = un vote' me semble un peu dépassé", considère le Lillois de 21 ans. Lui a voté pour les élections de 2022, mais seulement au premier tour, "et surtout par stratégie politique, souligne-t-il. Je suis de gauche et sensible à l’écologie, du coup il y avait plusieurs candidats qui pouvaient me correspondre. C’est frustrant de devoir n’en choisir qu’un, donc on opte pour celui qui a le plus de chance dans les sondages, ce n’est pas très motivant."

Le jeune homme a suivi de près le mode de scrutin de la primaire populaire : le jugement majoritaire. Les électeurs étaient invités à se prononcer à propos de chacun des candidats, en leur attribuant à tous une mention. "C’est vrai que 'très bien' et 'passable', ça fait conseil de classe. Mais l’idée est bonne ! Ça évite l’éternelle question 'pour qui vais-je voter ?' et même de voter seulement pour faire barrage."

Du haut de ses 18 ans, Clara propose une idée simple pour faire revenir les jeunes dans les isoloirs : "Simplifier les démarches administratives." La jeune néo-bachelière, qui aurait pu voter pour la première fois lors des élections législatives, ne s’est pas déplacée les 12 et 19 juin. "Je culpabilise un peu mais je suis inscrite chez mes parents, à 200 km de là où j’étudie. Revenir pour le week-end demande de l’organisation et de l’argent." Elle ne comprend pas pourquoi, à l’ère des réseaux sociaux et du numérique, le vote électronique n’est pas effectif. "Mon engagement, ma politisation… Tout ça passe par internet. Pourquoi pas mon vote ?"

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