M. Schiappa : "2.000 policiers sont déployés pour lutter contre le harcèlement de rue"

Par Amélie Petitdemange, publié le 14 Avril 2021
8 min

Un baromètre et une cartographie sur le harcèlement de rue sont lancés ce jeudi, annonce à l'Etudiant Marlène Schiappa, la ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur, chargée de la Citoyenneté. Des patrouilles en civil sont également déployées pour prendre les harceleurs en flagrant délit. Plus de la moitié des femmes de moins de 25 ans ont déjà été victimes d’atteintes ou d’agressions sexuelles dans la rue au cours d'une année.

En quoi consiste le baromètre du harcèlement de rue que vous allez lancer et quel est son objectif ?

La France est le premier pays à verbaliser le harcèlement de rue, depuis la loi que j’ai fait voter en 2018 (qui a créé l’infraction "d’outrage sexiste", NDLR). L’idée, c'est d’aller plus loin dans la mise en œuvre de cette loi. Je lance donc un baromètre du harcèlement de rue, qui est établi par le ministère de l’Intérieur. Le but, c'est d’avoir des données chiffrées sur le harcèlement de rue mais aussi des analyses territoriales pour établir une cartographie avec des zones rouges où l'on observe beaucoup de harcèlement.

Le groupe de travail commence ce jeudi et les premiers chiffres paraîtront en août, à l’occasion de l’anniversaire de la loi contre le harcèlement de rue. Depuis cette loi, il y a eu 3.023 amendes pour outrages sexistes. Elle permet en effet de verbaliser sans déposer plainte, contrairement à ce qui se fait dans d’autres pays. C’est à la fois beaucoup, car on disait que ça ne fonctionnerait pas, mais aussi peu car le phénomène de harcèlement de rue est bien plus étendu.

D’ailleurs, le couvre-feu ne met pas fin au harcèlement de rue. Il y a beaucoup de témoignages de femmes qui rentrent du travail après le couvre-feu et sont encore plus la proie de harcèlement car il y a moins de monde dans la rue. Elles ont davantage un sentiment d'insécurité car si elles tombent sur un harceleur, elles sont encore plus en danger.

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Près de 8 Françaises sur 10 ont déjà été confrontées à au moins une forme d’atteinte ou d’agression sexuelle dans la rue ou les transports en commun, selon une étude de l’IFOP. Quelles mesures mettez-vous en place pour lutter contre ce harcèlement ?

Nous voulons transformer les zones rouges en zones plus tranquilles, créer des QSR, des "quartiers sans relous". Nous allons mettre en place des brigades de forces de l’ordre en tenue civile, afin de faire notamment du flagrant délit. Les policiers et gendarmes ont en effet rapporté que le harcèlement n’a pas forcément lieu devant eux lorsqu’ils sont en tenue. Au total, 2.000 policiers parmi les 10.000 recrutements annoncés par Gérald Darmanin seront déployés notamment pour ces "brigades par surprise" dans les prochaines semaines. Nous utiliserons ensuite la cartographie pour qu’ils aillent dans des endroits en particulier.

Par ailleurs, je lance une formation spécifique dédiée au harcèlement de rue : comment le repérer, comment intervenir, comment y mettre fin, etc. Ce sera une formation continue obligatoire pour tous les policiers et gendarmes en fonction.

Les Françaises sont deux fois plus nombreuses à avoir été agressées sexuellement dans les transports que dans la rue, selon l’IFOP. Pourquoi se concentrer sur le harcèlement de rue et non sur les agressions dans les transports ?

Le harcèlement de rue englobe le harcèlement dans les transports, et je me concentre sur les transports. Je me déplace demain avec les équipes de la Préfecture de police de Paris à la rencontre de la brigade des réseaux ferroviaires (BRF). Nous irons au poste de police de Châtelet et dans le métro avec les patrouilles en action.

Le harcèlement dans les transports n’est pas une fatalité, il ne faut pas s'y habituer. Quand on parle des "frotteurs", c’est un vocabulaire qui minimise de graves agressions sexuelles. Les brigades seront donc particulièrement déployées dans et aux abords des transports, dans les gares et dans les RER.

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Près de 55% des femmes de moins de 25 ans déclarent avoir été victimes d’atteintes ou d’agressions sexuelles dans la rue “au cours des 12 derniers mois”, contre un quart des femmes en général. Quels dispositifs sont dédiés aux jeunes femmes ?

Depuis la loi de 2018, le harcèlement d’une mineure de moins de 15 ans est une circonstance aggravante, cela augmente le montant de l’amende de 90 euros à 750 euros.

Nous lançons par ailleurs un guide sur les agressions sexuelles dans les transports en commun qui parle particulièrement des jeunes femmes. Il est diffusé auprès des 30.000 agents de la RATP, pour favoriser une meilleure prise en charge des jeunes femmes victimes de violence.

J’ai aussi lancé le "plan Angela" lors de mes précédentes fonctions comme secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes. Né aux Etats-Unis, ce dispositif consiste à dire "Bonjour, je voudrais voir Angela", afin de demander de l’aide à un bar ou un commerce partenaire. De fait, les jeunes femmes sont plus nombreuses à le connaître et à l’utiliser.

J’avais proposé à tous les maires de France de mettre en place des partenariats avec les bars. Le dispositif a été trop peu mis en place par les villes, mais beaucoup d’associations de jeunesse, comme les BDE (Bureau Des Elèves), s’en sont emparées.

Par ailleurs, on s’adresse beaucoup aux jeunes filles mais il est important de s’adresser aux hommes. On dit beaucoup aux jeunes filles de ne pas boire d'alcool lors des fêtes pour ne pas être agressées sexuellement, mais on dit rarement aux jeunes hommes ne violez pas, ne suivez pas les jeunes femmes dans la rue. Il y a aussi une éducation à faire dans les familles.

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Des cas de viols et de harcèlement sont régulièrement révélés dans les grandes écoles. Comment sensibiliser au harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur ?

J’ai lancé une campagne de prévention l'année dernière pour rappeler ce qui peut être fait ou pas, avec la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, et les présidents des universités et des grandes écoles.

Nous avons aussi demandé aux présidents d’universités et de grandes écoles de créer des mécanismes de signalement des violences sexuelles et sexistes. Ils se sont engagés à créer des canaux pour que les étudiants puissent contacter de façon anonyme une personne qui soit en dehors de la hiérarchie. Souvent, les étudiants n’en parlent pas à leurs professeurs par peur d’un blocage dans la poursuite de leurs études. Je n’ai pas encore de retour chiffré sur ces demandes faites aux universités et aux écoles début 2020.

Par ailleurs, nous avons créé la plateforme arretonslesviolences.gouv.fr pour signaler un viol, dans une grande école ou ailleurs. Cette plateforme permet de signaler à distance toute forme de violence sexuelle, de diligenter des interventions d’urgence de policier ou de gendarme ou de préparer une plainte sans rentrer dans un commissariat, de façon anonyme et 24 heures sur 24.

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