Une journée à l'école de police, avec les futurs gardiens de la paix

Par Étienne Gless, publié le 27 Septembre 2017
9 min

Le 25 septembre 2017, 1.135 élèves gardiens de la paix effectuaient leur rentrée dans les six écoles de la police nationale. Pourquoi veulent-ils devenir "flic" ? Comment sont-ils recrutés ? En quoi consiste leur formation ? Pour le savoir, l'Etudiant a suivi la première journée d'incorporation des 124 élèves de l'école de Saint-Malo.

Lundi 25 septembre 2017. Sous le crachin breton, le jour se lève à peine sur Saint-Malo (35). À quelques centaines de mètres des remparts de la cité corsaire, la caserne de Rocabey incorpore 124 élèves de la 246e promotion de gardiens de la paix. Cérémonie des couleurs, mot de bienvenue du directeur, affectation en section, formalités administratives, distribution de la documentation et de l'uniforme, séance photo pour le trombinoscope de la promo et – déjà ! – les premiers cours, l'apprentissage de la marche en groupe… Le déroulé de la journée est identique dans les cinq autres écoles de la police nationale répartis dans toute la France. Au total, ils sont 1.135 à avoir réussi le concours national.

Un retour "à la normale" après 2016

"Les profils sont très variés, ils viennent de cultures différentes, explique Jean-Jacques Piec, commissaire divisionnaire et directeur de l'École de police nationale de Saint-Malo. La moitié de nos élèves gardiens de la paix sont d'anciens adjoints de sécurité (ADS) qui ont réussi le concours interne, l'autre moitié n'a jamais eu de contact avec la police." Quasiment toute la promotion (93 %) est titulaire d'un baccalauréat et les deux tiers ont même entamé ou validé des études supérieures. Le plus jeune a 20 ans, le plus âgé 37 ans. En tant que père de famille, ce dernier n'est pas frappé par la limite d'âge de 35 ans pour se présenter au concours. La promotion affectée à Saint-Malo compte un tiers de filles (43) pour deux tiers de garçons (81).

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Tous logeront en internat à la caserne le temps de leur formation qui durera 12 mois. Un retour à la normale après une année 2016 "spéciale" pour faire face en urgence à la menace terroriste. La formation 2017 comptera ainsi 1.260 heures sur un an contre 998 heures sur 9 mois et demi l'an passé, avec une promotion plus nombreuse (4.800 nouveaux policiers formés).

Jean-Jacques Piec, commissaire divisionnaire et directeur de l'école de police nationale de Saint-Malo, accueille 124 élèves gardiens de la paix de la 246e promotion.
Jean-Jacques Piec, commissaire divisionnaire et directeur de l'école de police nationale de Saint-Malo, accueille 124 élèves gardiens de la paix de la 246e promotion. // © Etienne Gless

Au concours externe : entretien et gestion du stress

Parmi les nouvelles recrues, Marion, 24 ans, est titulaire d'une licence de sciences politiques. Elle a poussé ses études jusqu'au master 1 en droit pénal et sciences criminelles de l'université de Nantes. "Le droit pénal m'a donné envie de devenir gardien de la paix. J'ai arrêté mes études universitaires après mon M1 pour prendre un poste d'assistante d'éducation dans un collège des Yvelines (78). Cela m'a laissé du temps pour préparer le concours", explique la jeune femme.

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Le plus dur dans ce concours ? "L'entretien de motivation devant un jury de quatre personnes et l'épreuve de gestion du stress : vous êtes enfermé dans le noir, une consigne d'urgence est donnée et vous devez effectuer un parcours à l'aveugle composé d'exercices faisant appel à vos aptitudes sensorielles et cognitives. Le tout est chronométré et vous devez restituer les informations : portrait-robot, schéma du parcours effectué en fonction de vos perceptions, etc."

Être ADS puis passer le concours interne : un bon test

De son côté, Yoann, 26 ans, est arrivé dans la formation via le concours interne car il a d'abord passé trois ans et demi comme ADS (adjoint de sécurité) à Rennes (35). "ADS, si vous avez 20–21 ans, c'est une excellente façon de découvrir le métier de policier et de savoir si vous êtes fait pour ça", explique l'étudiant, titulaire d'un bac pro en élevage canin et félin. "J'ai tourné dans plusieurs services. En zone de sécurité prioritaire, nous faisions de la police de proximité. À Police Secours, nous intervenions dans un quartier sensible. J'ai côtoyé la violence urbaine, la violence conjugale et la mort", confie Yohann qui se souvient avoir été très marqué par les décès et "les autres situations où l'on se sent impuissant". La vague d'attentats de 2015 et 2016 en France ? "J'étais déjà adjoint de sécurité et cela a changé ma vision du métier. Nous devons être préparés à y faire face. J'attends de ma formation qu'elle me donne toutes les armes juridiques et opérationnelles pour exercer complètement mon métier sur la voie publique".

Une ruelle de simulation est utilisée lors des séances de technique de sécurité en intervention.
Une ruelle de simulation est utilisée lors des séances de technique de sécurité en intervention. // © Etienne Gless

Assistante sociale hier, gardienne de la paix demain

Pour Loïk, 21 ans, bachelier ES en 2013, "entrer dans la police est un rêve d'enfant". Lui aussi a d'abord été adjoint de sécurité. "Cela a conforté mon envie de faire ce métier et m'a fait découvrir les missions du policier : accueillir le public, assurer la sécurité…" Laurie, 23 ans, a exercé six mois comme ADS pour Police Secours et préparé le concours de gardien de la paix en interne. "J'ai échoué au concours externe une première fois à 19 ans. Je n'avais pas le niveau physique", explique-t-elle. Laurie devient alors assistante sociale et exerce trois ans, une fois son diplôme d'Etat en poche. Mais sa vocation première la tenaille et sa seconde tentative au concours aura été la bonne.

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"Ma hantise, c'était quand même les épreuves physiques, notamment le parcours d'habileté motrice à réaliser dans un temps limité." Passer d'assistante sociale à gardienne de la paix : un grand écart ? "Pas du tout ! assure Laurie. "Mes compétences d'assistante sociale vont me servir : j'ai développé une grande écoute qui se révèle utile, notamment dans le cas de femmes victimes de violences", explique Laurie. Ses attentes ? "Que cette formation m'apporte les outils et les savoir-faire pour affronter les situations sur le terrain. C'est un métier à risques, j'en avais conscience avant même les attentats."

Premier jour de formation à l'école de police nationale de Saint-Malo. 16 h 30 : l'heure de la distribution de la tenue de gardien(ne) de la paix.
Premier jour de formation à l'école de police nationale de Saint-Malo. 16 h 30 : l'heure de la distribution de la tenue de gardien(ne) de la paix. // © Etienne Gless

Une formation rigoureuse pour un métier à risques

Nouveauté dans leur formation : depuis les attentats en France, les apprentis gardiens de la paix suivent un module de 20 heures de formation à l'intervention en tuerie de masse. Dans son mot de bienvenue, le directeur de l'école a d'ailleurs prévenu les élèves : chaque mois, 500 policiers sont blessés en service. Les risques du métier n'effraient pas Teddy, 35 ans. Ce père de famille (deux enfants de 4 et 9 ans) est en pleine réorientation professionnelle. "Titulaire d'un bac L, j'ai passé trois ans en fac sans valider aucun diplôme", explique Teddy. Engagé cinq ans dans l'armée de Terre, il ne rempile pas. Rendu à la vie civile, il passe son diplôme d'État d'ambulancier et exerce deux ans à Saint-Brieuc (22). Il échoue une première fois au concours de gardien de la paix en 2014. En 2016, c'est la bonne. "J'ai envie de protéger et servir la population et j'aime me dévouer aux autres, leur porter secours." "Ces jeunes seront confrontés au danger. Mon objectif est d'en faire des policiers bien formés juridiquement et solidement armés en techniques d'intervention. Il en va de leur sécurité", confie le directeur de l'école de Saint-Malo.

Shooting photo express après la distribution de l'uniforme pour constituer le trombinoscope de la promotion.
Shooting photo express après la distribution de l'uniforme pour constituer le trombinoscope de la promotion. // © Etienne Gless

Ne dites pas sport mais DCPO et TSI

La formation des gardiens de la paix sera intense sur le plan théorique (institutions, déontologie, droit, informatique…) mais aussi physique. À l'école de police, on ne pratique pas de sport mais du DCPO, comprenez du "développement des capacités physiques opérationnelles". Au moins quatre heures par semaine y sont consacrées. On passe aussi beaucoup d'heures en TSI (techniques de sécurité en intervention). L'école compte deux dojos pour s'entraîner. Elle abrite aussi des "chalets" de simulation : une banque, une pharmacie, une maison mais aussi une ruelle, un avion… et même un bunker hérité de la Seconde Guerre mondiale. Les recrues y rôderont leurs gestes techniques de sécurité en intervention. Au stand de tir, ils apprendront également le maniement des armes. Mais, comme le rappelle le chef Couturier aux élèves pendant le cours consacré au "rapport de demande" : "La première arme du policier, c'est le stylo !" Car, oui, on écrit beaucoup dans la police !

Séance de DCPO, développement des capacités physiques opérationnelles.
Séance de DCPO, développement des capacités physiques opérationnelles. // © Etienne Gless

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