1. Céline, 26 ans : "comment je suis devenue plumassière"
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Céline, 26 ans : "comment je suis devenue plumassière"

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Depuis l'enfance, Céline Perus se passionne pour les travaux manuels créant bijoux et costumes. // © William Beaucardet pour l'Étudiant
Depuis l'enfance, Céline Perus se passionne pour les travaux manuels créant bijoux et costumes. // © William Beaucardet pour l'Étudiant

Son truc à elle, c'est la plume ! Après avoir eu un coup de foudre pour le métier de plumassière très jeune, Céline s'est démenée pour en faire son métier. Et elle y est parvenue.

C'est une entrée d'immeuble discrète, sans plaque, à quelques pas du Moulin Rouge vers lequel, chaque soir, affluent des touristes du monde entier. En quelque sorte, l'entrée des artistes pour des professionnels qui ne sont pas sous les feux de la rampe mais sans lesquels, pourtant, les spectacles de ce music-hall de renommée internationale serait nettement moins flamboyants.


C'est ici, dans un atelier baigné de la lumière naturelle, dont les murs sont couverts de plumes, qu'officie Céline, depuis trois ans, aux côtés des quatre autres plumassières de la Maison Février. Cette entreprise artisanale spécialisée dans le travail de la plume, fondée en 1929 et rachetée en 2009 par le Moulin Rouge, a réalisé de nombreuses parures pour des stars du music-hall, telles que Mistinguett, Joséphine Baker et Zizi Jeanmaire.

"Je monte les plumes une à une"

Rouge pour les boas, jaune ou bleu pour les "piquets" qui seront ensuite cousus sur les costumes, les ailes et les coiffes des danseuses de revue... L'univers de la jeune femme est décidément multicolore.

Ces jours-ci, elle réalise justement des piquets en plumes de faisan. "Je les fixe une à une sur un petit support métallique à l'aide de fil de laiton. Ces piquets doivent être solides car durant le spectacle, ils sont soumis à de rudes épreuves. C'est une plumassière chevronnée qui m'a transmis une technique particulière pour réaliser des assemblages résistants", raconte celle qui est la benjamine de l'atelier. Le montage, c'est d'ailleurs son activité favorite. "C'est une tâche de précision qui demande de la concentration, de la patience et de la minutie. Il ne faut pas avoir peur de faire, défaire et refaire", précise-t-elle, concentrée sur un "bouquet" de plumes bleues.

Elle souligne, parce que peu de gens l'imaginent, que c'est un travail finalement assez physique. "Je dois faire des gestes amples, serrer fortement le fil de laiton. Les premiers jours, j'avais des courbatures !" Mais avant de se lancer dans l'opération d'assemblage, elle doit d'abord découper les plumes une à une pour les mettre à la même taille et en préparer suffisamment pour le nombre de pièces commandées. "Nous utilisons principalement des plumes de petite autruche, de faisan, de coq, ainsi que des nageoires d'oies", explique Céline.

Des plumes provenant d'oiseaux d'élevages, récupérées lors de leur mue et colorées dans les ateliers du teinturier spécialisé JBD Gabriel, à Pantin (93). Derrière la table de travail de Céline, encombrée de pinces coupantes, de couteaux à parer et à friser, de ciseaux à laiton et de peignes, un grand meuble à tiroirs recèle des plumes d'aigrette et de héron. Un véritable trésor utilisé avec la plus grande parcimonie, l'exploitation de ces plumes étant désormais interdite par la Convention de Washington réglementant les espèces protégées.

"Je réalise également des pièces pour des clients privés"

Au départ du travail de Céline, un dessin fourni par le maquettiste, l'équivalent du styliste dans le monde du music-hall. "Généralement, au départ, je réalise un prototype, en restant au plus proche de l'esquisse. Sa forme et ses couleurs sont testées sur scène, pour s'assurer de son rendu sous la lumière des projecteurs. S'il est validé, je peux alors me lancer dans la fabrication en série. Mais il m'arrive aussi de travailler à partir d'une photo", décrit la jeune plumassière.

Parfois, elle intervient aussi dans l'urgence. Il n'est pas rare en effet qu'en arrivant le matin, elle découvre près de son bureau une pièce abîmée, déposée à l'issue de la représentation de la veille par l'un des habilleurs du Moulin Rouge. "Là, il faut faire vite pour qu'elle soit réparée avant le soir. Il m'arrive aussi de réaliser de petites réparations directement dans les coulisses. Les costumes sont fragiles, moins ils voyagent, mieux c'est !" Si la majorité de ces réalisations sont destinées aux "girls" du Moulin Rouge, il arrive aussi à Céline de concevoir des pièces pour des grands noms de la haute couture, la Garde républicaine, le château de Versailles, des membres de l'Académie française, voire pour des clients particuliers en quête de tenues exceptionnelles pour des occasions qui le sont tout autant. Mais là, chut ! Confidentialité oblige, elle n'a pas le droit de dévoiler leur identité.

"J'ai fait le siège de la responsable de l'atelier pour décrocher un stage"

Faut-il vraiment croire Céline lorsqu'elle confie manquer de confiance en elle, quand on connaît la détermination peu commune dont elle a fait preuve pour arriver à ses fins ? C'est en troisième, devant un reportage télévisé consacré au Moulin Rouge, diffusé lors des fêtes de fin d'année qu'elle découvre la Maison Février et le métier de plumassière.

"Une révélation ! J'ai immédiatement été séduite, et j'ai décidé que j'en ferai mon métier", se souvient-elle. Un choix qui n'est pas totalement une surprise puisque, depuis l'enfance, elle se passionne pour les travaux manuels, réalisant durant ses loisirs des petits animaux en perles, des bracelets et même des costumes pour des pièces jouées au lycée.

Les jours suivant la diffusion de cette émission, elle contacte la Maison Février : "Je voulais y faire mon stage d'observation." Première réponse négative.

Elle s'accroche et rappelle encore, puis se rend sur place pour rencontrer la responsable de l'atelier. Celle-ci finit par céder devant cette collégienne à la motivation à toute épreuve.

Une courte période de découverte à l'issue de laquelle Céline choisit de s'inscrire en CAP (certificat d'aptitude professionnelle) plumassière au lycée professionnel régional de la mode Octave-Feuillet, à Paris. "J'y ai surtout appris à exécuter des petites pièces minutieuses. Rien à voir avec celles que je réalise aujourd'hui", explique-t-elle. Durant ces deux années, elle effectue plusieurs stages, au musée de l'Éventail chez Lemarié, l'autre spécialiste de la plume appartenant à Parrafection, une filiale du groupe Chanel... et chez Maison Février, où sa présence commence à devenir familière.

"J'ai continué mes études pour avoir une vue globale de l'univers du costume"

À 18 ans, son CAP en poche, elle s'inscrit au lycée des métiers de la mode et du spectacle Paul-­Poiret, à Paris, pour préparer un bac pro couture. Objectif : avoir une vue plus globale de l'univers du costume. Mais c'était aussi une manière d'assurer ses arrières, les offres d'emploi pour plumassière n'étant pas monnaie courante. "J'ai très vite été rassurée car la responsable de l'atelier Maison Février m'a promis de m'engager, mais sans pouvoir cependant me préciser dans quel délai."

En attendant que cette promesse se concrétise, elle prépare, toujours au lycée Paul-Poiret, un diplôme de technicien des métiers du spectacle, option habillage. Durant cette formation, un stage de quatre semaines lui donne l'occasion de découvrir les coulisses du Moulin Rouge dans le feu de l'action. "Une ambiance festive mais aussi très speed, puisque entre chaque tableau, il faut aider les danseuses à changer de tenue en quelques minutes. Et cela à deux reprises puisqu'il y a chaque soir deux représentations. À la fin de mon stage, je connaissais chaque chanson de la revue par cœur", s'amuse-t-elle. Des coulisses qu'elle continue à fréquenter, mais en journée, puisque chaque mois, elle effectue une tournée d'inspection de l'ensemble des costumes, remplaçant si nécessaire les piquets aux plumes fatiguées.

En 2013, quelques semaines après avoir été recrutée, on reconnaissait Céline en plein travail, dans un reportage de France 24. Une image qui donnera peut-être à d'autres lycéennes l'envie de perpétuer ce savoir-faire désormais rare.

Comment devenir plumassière

Le lycée professionnel Octave-Feuillet est le seul établissement préparant au CAP (certificat d'aptitude professionnelle) plumassière. Il propose également une FCIL (formation complémentaire à initiative locale) arts de la mode (broderie, chapellerie, fleurs artificielles et plumes). Vous pouvez aussi compléter votre cursus par une formation moins spécialisée dans le domaine de la mode pour élargir vos débouchés.

Le parcours de Céline en 4 dates

2007
Inscription en CAP plumassière au lycée Octave-Feuillet.
2008
Obtient son CAP. Stages au musée de l'Éventail et chez Maison Février.
2011
Obtient le bac pro couture au lycée Paul-Poiret.
2013
Obtient le DT métiers du spectacle au lycée Paul-Poiret. Intègre la Maison Février.

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