1. Comment je suis devenue productrice de label musical
Portrait

Comment je suis devenue productrice de label musical

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De Sciences Po à la musique il n'y a qu'un pas pour Julia, 23 ans. // © Léa Guedj/Productions Liberté
De Sciences Po à la musique il n'y a qu'un pas pour Julia, 23 ans. // © Léa Guedj/Productions Liberté

À 23 ans, Julia sort son premier EP, entièrement écrit et produit par ses soins. Une double casquette d’artiste-compositrice-interprète et de productrice d’un label qui servira à d’autres talents.

8 h 30. Julia attrape son téléphone pour vérifier appels et mails. Elle visite les réseaux sociaux, où sont diffusés des teasings de son EP (pré-album), puis elle saute sur son scooter pour honorer un rendez-vous avec de futurs collaborateurs ou des investisseurs potentiels. Le reste du temps, elle écrit, ajuste ses projets et règle les problèmes administratifs ou comptables, nombreux lors de la première année d’exploitation d’une société ! "En fin de journée, je chante une heure pour exercer ma voix. Seule artiste pour l’instant de mon label, Productions Liberté, je garde en tête qu’il doit servir à d’autres, que j’espère avoir le flair de découvrir !".

En internat : peu de place pour la création artistique

Avant de diriger son label musical, Julia a connu un parcours plus "académique". Elève studieuse, elle intègre le collège et lycée de la Légion d’honneur, à Saint-Germain-en-Laye. Dans ce pensionnat de jeunes filles réservé aux descendantes de personnes décorées de la légion d’honneur, elle excelle. "La brochure m’avait fait rêver, avec son côté Harry Potter ! En fait, j’ai atterri dans les années 50 : intimité restreinte, discipline de fer et zéro distraction possible à part la lecture". Bien qu’écouter de la musique soit interdit à l’intérieur de l’établissement, Julia se débrouille pour rêver sur des titres de grands interprètes et auteurs français. Elle étouffe et compense ses frustrations par l’écriture de textes et poèmes.

"Pendant mon année de 3ème, j’ai écrit le livret d’un spectacle musical en anglais, pour qu’il soit joué aux États-Unis. Mon père vivant là-bas, je savais que j’y aurais des contacts. Problème : on a essayé de me piquer mon projet ! La SACEM m’a accordé (sur dérogation, à cause de mon âge) la protection de mon œuvre. Malheureusement, il n’y a pas eu de suite !". Tout naturellement, elle s’oriente vers un bac littéraire, après avoir quitté son école pour intégrer le Lycée Louis-le-Grand en terminale.

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Sciences Po ou la scène ?

Son bac L mention bien en poche, Julia opte pour une double licence, droit et science politique, mais ne trouve aucune place. Seule solution : intégrer la prépa Sciences Po de l’Institut Catholique de Paris, pour rejoindre en 2ème année la double licence. Ses excellents résultats lui valent de passer le concours d’entrée, encouragée par ses profs. "J’étais admise au nouveau Sciences Po, à Saint-Germain, très orienté sociologie.

Histoire, économie, langues, les cours m’intéressaient mais j’étais plus motivée par l’écriture de mon nouveau spectacle sur Edith Piaf. Je venais de monter ma structure de production, une association loi de 1901. J’ai demandé et obtenu le statut d’étudiant-entrepreneur, ce qui m’a permis d’aménager mon emploi du temps", explique Julia. Le "système D" ainsi qu’une bonne dose de ténacité permettent à la jeune femme de décrocher trois représentations à guichet fermé à la prestigieuse Comédie des Champs-Élysées.

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Chanter et produire des artistes grâce à son label

Cursus oblige, elle enchaîne avec un stage de six mois dans l'équipe communication et évènementiel de Cartier à Londres. "J’étais là-bas quand j’ai reçu une offre d’une ONG pour devenir directrice de la communication Europe-Afrique, à Paris. Un job bénévole mais dément au niveau du réseau !". Pour gagner sa vie, Julia, qui a suivi une formation de "safety pilote", (pilote qui n’est pas aux commandes) vole sur des jets privés, en compagnie d’un instructeur. Toujours déterminée à produire des artistes et à écrire des textes de chansons, elle abandonne Sciences Po et participe à des ateliers de rencontres entre professionnels de la musique et artistes en herbe.

Un jour, Alain Delon, rencontré lors d’une représentation de son spectacle, l’appelle : emballé par l’un des textes qu’elle lui a envoyés, l’acteur décide de l’enregistrer. Mais la sortie du clip, qui coïncide avec l’incendie de Notre-Dame, fait moins de bruit que prévu. Pas découragée pour autant, Julia décide de se lancer dans la chanson. "J’ai commencé par prendre un coach vocal et, tout en m’exerçant, j’ai écrit quatre titres pour composer un EP. La solution la plus simple était de m’auto-produire, j’ai donc créé une SAS, Productions Liberté, avec mes notions de droit et le feu vert d’une copine avocate.

"Actuellement en recherche de nouveaux partenaires pour sortir un album complet, Julia a réussi à financer son EP qui sort le 20 janvier 2020 à hauteur de 40.000 euros. Concentrée sur la promotion, cette optimiste née admet la difficulté de créer dans un univers ultra-concurrentiel et sans pitié : "il faut être organisé, sociable, mais surtout, réaliste !" La tête dans les nuages, et les pieds dans les bacs (mais au rayon CD)…

Julia Paris en 6 dates
22 août 1996 : Naissance à Paris
Juillet 2014 : Bac L, mention bien
Septembre 2015 : Entre à l’IEP de Saint-Germain-en -Laye
Avril-mai 2017 : Produit trois représentations de son spectacle Le manège de Piaf, à la Comédie des Champs-Elysées
12 décembre 2018 : Enregistrement du clip et du disque Je n’aime que toi, dit par Alain Delon
20 janvier 2020 : sortie du premier EP (Extended play) de Julia Paris

Formation :
Il n’existe actuellement pas de formation type. Il est recommandé de faire un BTS audiovisuel avec option "gestion de production". Vous pouvez aussi intégrer l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son (ENSMIS) de Paris pour un cursus de quatre années. De nombreux stages dans des sociétés de production audiovisuelle et musicale sont fortement conseillés.

Salaire :
De zéro à des dizaines de milliers d'euros et tout dépend de la taille et du développement du label !