1. Elle fédère un ministre et des participants très variés autour d'un hackathon de l'orientation
Portrait

Elle fédère un ministre et des participants très variés autour d'un hackathon de l'orientation

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Léa Peersman, 29 ans, a monté le premier Hackathon de l'orientation, à Paris les 4 et 5 juin 2015. // © Photo fournie par le témoin
Léa Peersman, 29 ans, a monté le premier Hackathon de l'orientation, à Paris les 4 et 5 juin 2015. // © Photo fournie par le témoin

Léa Peersman Pujol a organisé un "Rendez-vous Cartes blanches" les 4 et 5 juin 2015 à Paris : un hackathon très particulier sur l'orientation. Après des études en management international, elle a travaillé chez L'Oréal, avant de côtoyer de plus près les problématiques liées à l'éducation au sein des fondations Edmond de Rotschild, puis à l'ESSEC. Rencontre.

Emmanuel Macron, Jacques Attali, Joël de Rosnay, Gilles Babinet... Léa Peersman Pujol a su convaincre un par un tous les intervenants et  partenaires de son "Rendez-vous Cartes blanches", un "hackathon de l'orientation", que la jeune femme de 29 ans a réussi à placer sous le haut patronage du ministre de l'Industrie et du Numérique.

Et son ambition n'était pas seulement de composer une belle affiche. Le hackathon de Léa a rassemblé non seulement des développeurs et des designers, mais aussi des chômeurs, des étudiants, des professionnels de l'éducation, des entrepreneurs et des startuppers. (Pour mémoire, un hackathon traditionnel rassemble uniquement des développeurs pour produire un prototype d'application en quelques heures et en équipe.)

Son objectif ? Les faire plancher ensemble sur des problématiques d'orientation professionnelle ou de formation aussi ambitieuses que "Comment permettre aux citoyens de prendre en main leur orientation à partir de leur pratique quotidienne ?" ,"Quels outils pour réunir professionnels et étudiants afin d'optimiser leur orientation ?" ou "Comment créer des services numériques innovants pour faciliter la mobilité des demandeurs d'emploi ?"

Fille d'un “self-made man” et d'une institutrice 


De son débit rapide, poussé par la kyrielle d'idées qui l'anime, celle qui veut "changer le monde" explique que l'un de ses moteurs est de "faire des ponts entre des gens qui ne se côtoient habituellement pas et sont pourtant tous concernés par la même chose". Pour cet événement, la "chose", c'est la difficulté à se projeter, à garder ou à reprendre la main sur sa vie professionnelle et son parcours.

Après son enfance dans le pays Basque, Léa avait intégré "une prépa élitiste versaillaise, sur les conseils d'un ami de la famille", puis une formation en école de management (Sup de co Reims-Neoma), "à l'international, en Chine, notamment". Et c'est lors d'un stage dans une prestigieuse entreprise de cosmétiques, qu'elle a touché du doigt le mal-être au travail. "L'humain me manquait", résume la fille d'un “self-made man” et d'une mère institutrice et fan d'Edgar Morin.

Diplômés en burn-out et décrocheurs 


Autour d'elle, ses amis, souvent bardés de diplômes, sont nombreux à expérimenter le "burn-out". "Combien se préparent à une certaine vie pendant leurs études et n'y trouvent aucun sens et encore moins le bonheur une fois qu'ils bossent ?" questionne Léa, avant d'évoquer la centaine de milliers de "jeunes décrocheurs" qu'on comptabilise chaque année à défaut de pouvoir penser un projet de vie avec eux.

Le verbe toujours pressé d'enthousiasme, Léa évoque une vidéo d'Albert Jacquard, compagnon de route de l'Abbé Pierre, dans laquelle "il présentait deux options pour notre société : l'humanitude ou l'avènement des banquiers et la multiplication de ce qu'il appelait les "zantros", pour "gens en trop", c'est-à-dire les chômeurs, les décrocheurs...", puis elle s'emporte et assure que "plus de digital impose plus d'humain".

Philanthropie

C'est en rejoignant les fondations Edmond de Rotschild, en 2009, que la jeune diplômée a commencé à trouver du "sens" dans son travail. Elle y participe à la construction du département éducation, qu'elle dirige pendant 5 ans, tout en continuant à creuser les mille questions qu'elle se pose sur "le lien entre l'école et la vie".

En 2011, elle fonde une association : l'école de la philanthropie, "le premier programme français de service learning, en partenariat avec le ministère de l'Éducation nationale", qui propose aux équipes éducatives de participer à un programme pour que leurs élèves découvrent l'engagement. Cette initiative l'amène à croiser le chemin de Jean-Michel Blanquer, numéro 2 de l'Éducation nationale, devenu directeur de l'ESSEC en juin 2013. C'est dans cette école de commerce que Léa va créer la Chaire Edgar Morin de la complexité, en 2014. À l'ESSEC, elle vit en direct l'impact du digital et affine sa vision de la place stratégique d'une école de management dans le monde.

Tour du monde de la révolution digitale

L'été dernier, Léa décide de partir autour du monde pour prendre le pouls des effets de la révolution numérique sur l'éducation en rencontrant des acteurs et observateurs de ces mutations. De ce voyage, elle garde qu'"une majorité de gens dans le monde, à l'école, en famille, dans l'entreprise, se posent des questions et ressentent les mêmes problèmes d'orientation et plus largement de sens, que l'on peut tous ressentir, face à la complexité ambiante".

En même temps, elle observe aussi l'émergence de nouveaux acteurs et estime que "si le digital, qui révolutionne la société, peut abreuver l'individu d'informations, il recèle aussi de quoi mieux gérer son parcours, notamment en mettant les gens en lien".

Sur sa route

Mettre les gens en lien, Léa Peersman Pujol a réussi à le faire lors de ce premier hackathon de l'orientation. Elle compte bientôt faire de même de l'autre côté de l'Atlantique. À la rentrée, Léa s'envole avec ses "Cartes blanches" afin d'écrire une nouvelle page de son histoire de formation et de vie. Elle reprend des études, et pas n'importe lesquelles : un double cursus en MBA (Master of Business Administration) au MIT (Massuchusetts Institute of Technology) et en MPA (Master of Public Administration) à Harvard.

"Il va falloir se former tout le temps", assure-t-elle à l'aube de sa trentaine, avant d'embrayer sur un nouveau projet qu'elle emporte aussi aux États-Unis : "Une start-up pour aider les parents à mieux investir dans l'éducation aujourd'hui."

"Avant la question qu'on se posait était : "Comment je fais pour trouver ma place ?" Maintenant, on se demande : "Comment je fais mon chemin ?" résume Léa. Aujourd'hui à Paris, demain à Boston.