Obtenir une convention de stage via une inscription bidon à la fac : c’est toujours possible

C’est un serpent qui se mord la queue. Pour de nombreux jeunes diplômés, le seul moyen d’accéder à un emploi, c’est de commencer… par un stage. Et ce, même s’ils en ont déjà plusieurs à leur actif. Mais pour trouver un stage, il leur faut une convention, désormais réservée aux étudiants… qu’ils ne sont plus !

Publié le , mis à jour le

S’inscrire en première année de licence de suédois alors qu'on est diplômé d’un bac+5 en histoire ? Rien d’étonnant. La pratique des inscriptions fictives à l’université est bien connue des jeunes diplômés. Ce sont les "étudiants fantômes" : inscrits, mais jamais là. Un moyen pour eux d’obtenir une convention de stage. Le décret paru pendant l’été 2010, qui précise l’obligation pour un stage d’être intégré à un cursus pédagogique, a-t-il stoppé ce phénomène ?

Troisième inscription en L3 pour Marine

Tout dépend de la fac. C’était d’ailleurs déjà le cas avant le décret : certaines facs sont moins pointilleuses que d’autres. Diplômée d’un BTS en communication visuelle en 2007, Marine s’est inscrite dans une fac francilienne à la rentrée 2010, juste pour obtenir le fameux sésame vers le stage. C’est sa troisième inscription fictive, au même endroit. Depuis l'obtention de son diplôme, la jeune fille de 22 ans enchaîne les stages – elle vient de commencer son cinquième – dans les agences de publicité, faute d’y trouver un emploi, dans la création digitale. Et, de son propre aveu, elle est rarement la seule. "Dans certaines agences, le nombre de stagiaires est effarant. Par exemple, dans l’une d'entre elles, il y avait 15 stagiaires pour 25 salariés, et je ne parle que du pôle créatif. Au pôle commercial, c’était exactement pareil, raconte-t-elle. Et pourtant chaque fois, on a l’espoir d’être embauché à la fin."

Un système aléatoire, "au p’tit bonheur la chance"

A-t-elle eu plus de mal à s’inscrire à l’université et à décrocher sa convention depuis que le décret est passé ? Pas vraiment. L’étudiante en histoire de l’art (officiellement !) s’est à nouveau réinscrite en L3. Elle est simplement passée au secrétariat de l’établissement. La faculté a accepté de remettre à jour sa carte d’étudiante, bloquée en raison de son absence l’année précédente, et de lui donner les 3 exemplaires de la convention de stage. Résultat : elle a fait signer le document à l’entreprise, l’a redéposé au secrétariat, puis l’a récupéré, deux semaines plus tard, signé par l’université.

"J’ai été trop honnête." Cependant, l’un de ses amis, dans la même situation, n’a pas eu la même chance : la même secrétaire a refusé de le réinscrire. Idem pour Jean, 27 ans, diplômé d’un bac+4 en communication en 2007, en recherche d’emploi depuis 3 ans, et qui a essayé de s’inscrire dans 3 ou 4 univesités parisiennes. "Malheureusement, j’ai été trop honnête. Je leur ai expliqué ma situation en disant que c’était pour avoir une convention. J’aurais dû la jouer plus fine." Ce qu’il fera la prochaine fois.
La balle dans le camp des établissements ?

"Cela commençait à marcher", affirme Ophélie, porte-parole du collectif Génération précaire. Avec l’entrée en vigueur du décret au 1er septembre 2010 et l’encadrement plus strict de la délivrance des conventions de stages par les établissements, "des offres d’emploi junior étaient en train de revoir le jour dans certains secteurs comme le droit, explique-t-elle. Les cabinets d’avocats étaient en panique, car ils ne trouvaient plus de stagiaires. Ils étaient prêts à rouvrir des budgets, m’ont raconté plusieurs jeunes diplômés."

Réajustement

Pour éviter d’être hors-la-loi, certaines universités ont donc refusé de délivrer toute convention de stage, y compris à des étudiants, si le stage n’était pas explicitement prévu dans le cursus. Une situation qui a poussé Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur, à préciser que ce décret avait été mal interprété : tout étudiant doit avoir droit à un stage, contrairement aux jeunes diplômés. Les universités ont alors rapidement rouvert leurs guichets, en attendant une circulaire qui doit éclaircir la situation.

Ce que regrette Génération précaire. Selon le collectif, les établissements ont un rôle crucial à jouer pour empêcher le développement des stages postformation. Exemple à l’appui avec l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales), réputé auparavant être une vraie passoire pour les inscriptions bidons. "Ils ont mis en place un délai de carence et refusent tout simplement de délivrer une convention de stage avant le passage des premiers examens, soit au mois de janvier", raconte Ophélie.

Offres d’emploi

Côté entreprises aussi, il faut plus de contrôles, estime le collectif, qui scrute les offres de stages et fait retirer les offres d’emploi déguisées (une fiche de poste avec d’importantes responsabilités, exigeant un master 2 par exemple) en menaçant de les signaler à l’Inspection du travail. "Il faudrait aussi un nombre maximal de stagiaires par entreprise (10 %) et une durée limitée plus courte, de 2 ou 3 mois. Pour 6 mois ou plus, un véritable encadrement est nécessaire, comme pour l’apprentissage."
Que dit le décret sur l’interdiction des stages hors cursus ?

Tout stage doit désormais s’intégrer dans un cursus pédagogique. Cela signifie qu’il doit répondre à deux conditions : le stage fait l’objet d’une restitution de la part de l’étudiant donnant lieu à une évaluation d’une part ; sa finalité et ses modalités sont définies dans l’organisation de la formation d’autre part. Sans oublier les exceptions : sont également considérés comme intégrés au cursus les stages de réorientation, de formation complémentaire et les périodes de césure.
Lire l’intégralité du décret sur Légifrance.
- Lire aussi sur letudiant.fr : "Stages à rallonge : même après une business school !"
- Lire aussi sur educpros.fr : "Stages hors cursus interdits : un casse-tête pour les universités"
 Dominique Portal : "Stages en entreprise : où sont les risques pour l’employeur ?"
Camille Stromboni
Novembre 2010

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