1. Quand des collégiens jouent aux apprentis journalistes
Reportage

Quand des collégiens jouent aux apprentis journalistes

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Qui a dit que les jeunes n’aimaient pas écrire ? Journal papier ou en ligne, webzine, webradio, webTV, blog ou site d’actualité, vous êtes nombreux à vous lancer, chaque année, dans l’aventure de l’information. Pour mieux comprendre les raisons d’un tel engouement, nous sommes allés à la rencontre d’un groupe de collégiens …un peu particuliers.

Avoir 15 ans en 2013
 

Juliette, Lucien, Luna, Martin, Pierre, Prosper et Yuman, ils sont 7 élèves du collège Françoise-Dolto à Paris réunis, en ce début d'après-midi polaire, autour d'un rédacteur en chef et d'une secrétaire de rédaction professionnels, venus spécialement animer la 4e conférence de rédaction du "Labovore". L'objectif est ambitieux. Il s'agit de créer une revue rédigée par les collégiens, sur les collégiens et leur quartier. En une : "Avoir 15 ans en 2013 – C'est quoi avoir 15 ans en 2013 ?" Tout un programme !

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En conférence de rédaction, de gauche à droite : la secrétaire de rédaction, le rédacteur en chef et les 7 collégiens : Juliette, Lucien, Luna, Martin, Pierre, Prosper et Yuman.


Conf' de rédac' en salle de classe
 

Thierry Keller, rédacteur en chef de Usbek & Rica, lunettes dernier cri, sac à dos et baskets blanches, ouvre la séance : "Vous avez avancé depuis la dernière réunion ?" "Moi, je bloque sur l'édito !", lance du haut de son 1,64 m une tête toute bouclée. "J'en suis à 1.100 signes alors qu'il en faut 1.500." Pour l'encourager, Thierry l'interroge : "Qu'est-ce que tu comptes dire au juste ? " "Essayer d'expliquer pourquoi on a fait ce journal", lui répond le journaliste en herbe.

Après quelques échanges et après avoir fixé une date butoir pour la remise de l'article, Thierry reprend le chemin de fer (représentation du journal page par page).


Dans la peau de vrais journalistes
 

Collège_Apprentis journalistes_Labovore_JulietteC'est au tour de l'équipe du "tout petit microtrottoir" de rendre compte de l'état d'avancement de leur travail. Après décompte de ce que les journalistes en charge de la rubrique ont déjà remis à la secrétaire de rédaction, il manque encore 7 interviews : "On s'est pris trop de vents", explique Juliette (ci-contre), cheveux longs et ongles vernis, dans un éclat de rire. "Mais pourquoi ne pas avoir interrogé vos camarades ?", interroge Thierry. "On pensait que c'était mieux d'interroger des personnes de l'extérieur", justifie la jeune fille sans se laisser démonter.

Quant aux photos, il n'y en a pas. "C'est trop dur de demander aux gens de les photographier, explique Luna. Ils ne savent même pas pourquoi !" Juliette, jamais en manque d'idées, propose de prendre des photos sur Internet. Thierry s'insurge : "Vous êtes des journalistes, vous n'avez pas le droit d'accoler à une personne que vous avez interviewée une photo qui ne lui correspond pas. C'est une question de déontologie !" Lucien, propose alors de faire une galerie de portraits. Proposition acceptée.


"Vous êtes des professionnels"
 

Après chaque intervention, le rédacteur en chef prend le temps de recadrer le débat, de donner des conseils. "On n'est pas à l'école ici. C'est un peu comme si on était dans une ambassade : on est dans l'enceinte du collège, mais on a nos propres règles de fonctionnement qui ne sont pas celles du collège mais celles d'un journal. Ce que l'on vous demande n'est pas scolaire", lâche-t-il sourire aux lèvres. "Il faut vous débarrasser de vos réflexes de collégiens. Donc, si vous êtes bloqués, vous avez le droit d'envoyer un mail pour partager votre problème, comme le ferait un journaliste dans une rédaction."

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Thierry, le rédacteur en chef professionnel, fait défiler le chemin de fer et donne des conseils aux journalistes en herbe.

L'ambiance est détendue, les mines réjouies, et les bons mots fusent ! Visiblement, tout le monde prend plaisir à être là. Pas question pour autant de confondre, conférence de rédaction et cours de récréation. "Personne ne prend de notes ?", s'étonne Thierry. Aussi sec, les 7 adolescents dégainent stylo et feuilles de papier.

Collège_Apprentis journalistes_Labovore_YumanLe chemin de fer défile, à chaque dossier ou article abordé, avec de nouvelles questions. "Bon, et la page culturelle, Yuman, où en est-on ?", interroge le rédac' chef. Un grand garçon (ci-contre), cheveux dressés sur la tête, affiche une mine perplexe. "Ce n'est pas une interro, l'idée c'est d'accélérer !", le rassure Thierry.

À peine le temps de lire les autoportraits des rédacteurs du journal, qui paraîtront en quatrième de couverture, que déjà la sonnerie retentit. "Bon, on se retrouve la première semaine des vacances, consultez bien la page Facebook du groupe", insiste Aurélie du Labo des histoires (voir l'encadré) à l'initiative de ce projet. "Et d'ici là, avancez vos sujets. N'oubliez pas, vous êtes des professionnels", lâche Thierry Keller en quittant la salle.

Le Labovore, késako ? 
Le "Labovore" est une revue papier format tabloïd de 8 pages qui sera également consultable en format PDF sur le site Internet du Labo des histoires (une association qui organise des ateliers d'écriture), à l'origine du projet. C'est un magazine tout public, écrit par des jeunes, qui traite de questions de société et de culture. La ligne éditoriale ? Réfléchir sur le monde d'aujourd'hui ! 
Si votre collège n'a pas son journal, rien ne vous empêche de lancer le projet et d'en parler à vos professeurs ou au principal. Vous pouvez également soumettre votre idée au professeur documentaliste de votre collège.


Des préjugés sur l'écriture revus et corrigés
Le "Labovore" a été l'occasion pour les jeunes apprentis journalistes du collège Françoise-Dolto, à Paris, d'écrire en dehors de la classe. De quoi changer leur regard sur l'écriture et tordre le cou à quelques préjugés ! Sous forme de questions vrai-faux, aperçu de leurs réponses éclairées. 

Écrire, ça s'apprend
. VRAI

– Martin :"Comme tout le reste. Il existe des techniques d'écriture." 
– Juliette : "Tout le monde ne peut pas être un grand écrivain, il faut du talent au départ, mais tout le monde peut apprendre à écrire correctement." 

Quand on fait des fautes d'orthographe, on ne peut pas écrire. FAUX
 – Juliette : "Je suis dyslexique, je suis nulle en orthographe, mais ça ne m'empêche pas d'écrire mon journal presque tous les jours depuis le CE2."

Écrire, c'est facile. FAUX 
– Prosper : "Il faut beaucoup se concentrer, c'est fatigant." 

Plus on écrit, plus c'est facile. VRAI
 – Martin : "C'est comme dans le sport : plus on s'entraîne, meilleur on est !"
– Lucien : "Il y a des automatismes qui se mettent en place à force de pratiquer." 

Écrire, ça fait peur. VRAI
– Yuman : " J'ai toujours peur au moment de commencer à écrire. J'y pense longtemps à l'avance."
– Pierre : "Quand je n'y arrive pas, je n'insiste pas, je me dis que je rependrai plus tard."

Écrire, c'est créer. VRAI
– Pierre : "On part de rien, d'une feuille blanche, et à la fin il y a quelque chose : une feuille couverte d'écriture, une page sur Internet."
– Martin : "C'est la même démarche qu'en musique."

Écrire, c'est ennuyeux. FAUX
– Juliette, Lucien et Prosper : "Ça procure beaucoup de plaisir." 
– Yuman : "Je me sens libre quand j'écris, c'est très agréable."