1. Eugénie, en BTS hôtellerie-restauration, sera-t-elle championne du monde aux Worldskills ?
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Eugénie, en BTS hôtellerie-restauration, sera-t-elle championne du monde aux Worldskills ?

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Eugénie Ledent, 20 ans,  étudiante en deuxième année de BTS à l'école hôtelière du Périgord a été sélectionnée pour rejoindre l'équipe de France des métiers et reçue à l'Elysée le 7 mai par le président Macron. // © Etienne Gless
Eugénie Ledent, 20 ans, étudiante en deuxième année de BTS à l'école hôtelière du Périgord a été sélectionnée pour rejoindre l'équipe de France des métiers et reçue à l'Elysée le 7 mai par le président Macron. // © Etienne Gless

ELLE FAIT LA UNE. En deuxième année de BTS hôtellerie-restauration à l'école hôtelière du Périgord, Eugénie, 20 ans, se forme au métier de réceptionniste d'hôtellerie et prépare les 45es Olympiades mondiales des métiers qui se dérouleront en août 2019 en Russie.

"Je passe mes examens finaux de BTS [brevet de technicien supérieur] mi-mai. J’aurai ensuite davantage de temps pour me préparer pour les 45es Olympiades mondiales des métiers qui se dérouleront à Kazan, en Russie, du 21 au 27 août 2019." Eugénie, 20 ans, ne chôme pas…

Le 7 mai, l'étudiante en BTS hôtellerie-restauration a été reçue à l’Élysée par le président Macron, en compagnie des 40 autres membres de l’équipe de France des métiers. Ceux-ci se confronteront à 1.600 autres jeunes venus de 80 pays. L'art floral, la taille de pierre, la décoration, la cuisine ou la maintenance automobile… une cinquantaine de métiers techniques seront en compétition. Eugénie compte bien ramener une médaille dans la catégorie réceptionniste d'hôtel. Dans son emploi du temps millimétré, l'étudiante révise ses cours, peaufine ses gestes professionnels avec un expert de sa profession et participe aux séances de préparation physique et mentale de l’équipe de France des métiers.

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De la PACES au BTS hôtellerie : l'art de rebondir

Au départ, Eugénie se destinait à suivre la voie tracée par son père dentiste et ses deux sœurs aînées."Après mon bac S, j’ai suivi un an d’études de santé à l’université de Bordeaux. Mais la PACES [première année commune des études de santé] n’était pas faite pour moi. J’ai passé les concours en avril et en mai, puis je me suis réorientée. J’ai choisi l’hôtellerie-restauration. C'est un secteur qui recrute en permanence et on peut voyager à l’étranger. D'autre part, mon frère aîné faisait lui-même un BTS hôtellerie-restauration et je n'avais pas besoin de repasser par Parcoursup pour entrer à l’école hôtelière du Périgord." Au préalable, Eugénie se frotte au milieu à l’occasion d’un job d’été de trois mois dans un restaurant de Biarritz : "J’étais serveuse au LMB, le restaurant du Grand Tonic Hotel."

La mise à niveau évitée

Eugénie entre dès la rentrée 2017–2018 en première année de BTS. "En général, si vous n’avez pas le bac technologique correspondant au BTS, vous devez passer par une mise à niveau, mais la directrice de l’école a considéré que j’avais les bases pour suivre." Après une année difficile en PACES, le rythme en BTS est autrement plus facile à suivre. "Nous étions une petite classe comparée aux effectifs des amphis de la fac et au début j’ai gardé le même rythme de travail que j’avais en PACES." L'étudiante confesse tout de même une petite phase de doute en fin de premier trimestre de première année. "Je me suis demandé si j’avais réellement fait le bon choix… et puis c’est passé."

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En stage au Relais Bernard Loiseau

Entre sa première et seconde année de BTS, Eugénie doit effectuer quatre mois de stage obligatoire. "J’ai d’abord effectué deux semaines de stage dans une cantine de collectivité avant un grand stage d’été de trois mois et demi au Relais Bernard Loiseau. C'est un grand hôtel 5 étoiles et restaurant gastronomique à Saulieu, en Côte-d'Or. J’ai occupé un poste de "runner"." Dans les métiers de la restauration, le "runner" – appelé aussi commis de salle – désigne un serveur en phase d’apprentissage. Il peut avoir pour tâches de dresser la table avant le service, de faire le relais entre la cuisine et la salle sous les ordres du chef de rang pendant le service et de débarrasser les tables ensuite.

Concours professionnel : un tremplin pour la vie active

Ce stage de plusieurs mois aide les élèves de BTS à s’orienter vers le métier de leurs débuts professionnels. "À la base, je ne pensais pas devenir réceptionniste, mais ma professeure de la spécialité hébergement m’a parlé du trophée Campbell, qui récompense le meilleur réceptionniste de France et sert de tremplin pour l'entrée dans la vie active, explique Eugénie. Elle avait pensé à moi pour concourir dans la catégorie "junior". Après mon stage d’été, j’ai accepté car j’y ai vu l’opportunité d’acquérir de l’expérience dans un nouveau domaine".

Pour ce concours, la jeune femme doit réaliser deux vidéos : dans la première, elle doit parler de son parcours et de sa formation en anglais puis donner en français sa définition du métier de réceptionniste. Quant à la seconde vidéo, il s'agit d'une mise en situation : "Dans un hôtel de type "palace", j'étais confrontée à une dame qui avait réservé pour deux personnes mais venait finalement avec une troisième, sa fille, qui fêtait son anniversaire".

L'art de gérer les situations difficiles

Ses deux vidéos séduisent un jury de professionnels. Eugénie est retenue pour la finale nationale du trophée Campbell avec neuf autres candidats. "Je l’ai remportée ! J’avais deux mises en situation sous forme de jeux de rôles. J’avais à gérer en français un client amoureux qui avait réservé pour demander sa copine en mariage – mais celle-ci finalement le "plante" – et en anglais une dame qui se plaignait de ne pas avoir sa chaîne de TV favorite dans sa chambre. D'un côté, un client en larmes qui veut quitter l’hôtel, de l’autre, une cliente mécontente !"

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Trophée en poche, Eugénie est ensuite retenue dans l'équipe de France des métiers qui compte 41 membres, dont seulement quatre filles. L'équipe de France suit une première semaine de préparation physique et mentale au printemps : du sport et du renforcement musculaire pour le dépassement de soi et des exercices de cohésion de groupe. "Pour suivre cette préparation, j'ai manqué une semaine de BTS blanc", confie Eugénie qui ne semble pas inquiète pour l'obtention de son diplôme. Et envisage même sereinement la suite : "Après les Worldskills à Kazan, j'aimerais poursuivre mes études par un Bachelor et même un master. Ensuite, pourquoi ne pas partir à l’étranger dans un pays anglophone comme la Nouvelle-Zélande", sourit la jeune championne. Tout est déjà pensé !