Des speed-meeting à la Cité de la Musique pour découvrir les métiers artistiques

Par Héloïse Weisz, publié le 25 Novembre 2022
6 min

Chaque année, la Philharmonie de Paris propose trois speed-meeting de l’orientation entre novembre et janvier. Gratuites et ouvertes sur inscription, ces matinées permettent aux aspirants musiciens d’échanger avec des professionnels pour découvrir la réalité de leur métier.

À la Médiathèque de la Cité de la musique, les discussions battent leur plein. Entourés de lycéens et d'élèves de conservatoire, une cheffe d’orchestre, deux violoncellistes ou une soprano dévoilent leur formation, leur quotidien ainsi que leur vision du métier.

"Il faut trouver ce pour quoi on est fait", déclare d'emblée la soprano et enseignante à l’université Irène Bourdat, au petit groupe venu entendre son parcours. D'abord élève de piano à 14 ans au conservatoire de Grenoble, elle finit par découvrir le chant et choisit de s’y consacrer. "Au départ, j’étais très attirée par la musique baroque et puis j’ai découvert la musique contemporaine. C’est bien d’être ouvert."

S’inscrire dans une formation diplômante

Assise face à elle, Anaé, 17 ans, l’écoute attentivement. En classe de terminale, elle fait partie de l’ensemble vocal du Conservatoire à rayonnement régional (CRR) de Paris et rêve de devenir chanteuse lyrique.

Problème, elle n'a aucune idée précise des études supérieures à suivre pour faire carrière. "Pour les chanteurs, le parcours n’est pas défini. Ce n’est pas comme un cursus traditionnel, où l’on sait tout de suite quelle voie prendre", regrette Vanessa, la mère d'Anaé.

Irène Bourdat conseille alors à la lycéenne de participer à des chœurs, comme le jeune chœur de Paris, de prendre des cours de chant, tout en suivant des études de musicologie. "J’encourage vraiment à avoir un diplôme", insiste la soprano.

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"Ce qui compte, ce sont des projets artistiquement originaux"

Un gong retentit. La demi-heure avec Irène Bourdat touche à sa fin. Les cinq groupes d’une dizaine de personnes changent d’intervenant. Anaé, Vanessa et les autres s’assoient désormais en compagnie de Michelle Pierre. Cette violoncelliste appartient à différents ensembles de musique contemporaine et de jazz. C’est aussi la directrice artistique d’un festival.

Plusieurs casquettes qui lui ont permis de gagner sa vie et de développer de nouvelles compétences : "On demande beaucoup aux musiciens de savoir communiquer, rédiger, chercher des financements. Aujourd’hui, on n’a pas un métier, on en a plusieurs", tient-elle à faire savoir.

La musicienne cherche aussi à dissiper les inquiétudes : "Ce n’est pas une fatalité de ne pas avoir fait le Conservatoire national supérieur de musique. Ce qui compte aujourd’hui, ce sont des projets artistiquement originaux."

"Ça m'aurait beaucoup aidé de participer à ce genre de rencontres quand j’étais étudiante, poursuit-elle. C’est important d’avoir des modèles."

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Multiplier les rencontres avec les artistes

C’est justement ce qu’est venu chercher Mylène, 22 ans, chanteuse et élève dans deux conservatoires en région parisienne. "Je ne sais pas encore ce que je veux faire après, je ne sais pas ce dont j’ai envie."

Ce n’est pas la seule. Plusieurs jeunes participants à la matinée avouent avoir du mal à identifier leurs envies artistiques. Pour le violoncelliste Paul Colomb, le troisième intervenant du speed-meeting, "il faut expérimenter pour savoir ce que l’on aime faire. Moi j’étais dans un cursus classique et à côté, j’essayais de suivre des ateliers. Toutes ces choses permettent de rencontrer des musiciens. Faire des concerts en dehors du conservatoire, c’est déjà faire son métier." Cela permet aussi d’étendre son réseau. "On est identifié, on est rappelé. Proposer ses services, se montrer. C’est une partie du métier."

Un quotidien que n’imaginait pas Audrey, 14 ans, qui suit des cours de guitare depuis huit ans et des cours de piano depuis deux ans. "Cela m'impressionne et me donne envie de continuer." La jeune fille envisage de faire une option musique au lycée.

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Oser et persévérer pour exercer un métier artistique

À l’origine de ces speed-meeting, Christiane Louis souligne l’importance de ces rencontres. "Connaître les formations, ça ne suffit pas. Être musicien professionnel, ça veut dire beaucoup de choses. Jouer, naviguer dans plusieurs esthétiques musicales, intervenir au sein de structures différentes. Les métiers artistiques sont aléatoires. On peut avoir fait les meilleures formations, on ne fait pas la même chose toute sa vie."

Ces rencontres sont faites pour rappeler qu’il n’y a pas un seul chemin vers la réussite : "Il y a autant de stratégies que d'individus", affirme Christiane Louis. C’est d’ailleurs ce que retient Anaé : "Il faut avoir du culot et y croire."

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