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Reportage

Au cœur du Pôle supérieur design de Villefontaine : le labo des produits de demain

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La maquette est un objet miniature, qui permet d’avoir un aperçu d’un produit. Mais, avec les étudiants de la mention complémentaire, la maquette devient un objet en soi, tant les finitions sont travaillées. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
La maquette est un objet miniature, qui permet d’avoir un aperçu d’un produit. Mais, avec les étudiants de la mention complémentaire, la maquette devient un objet en soi, tant les finitions sont travaillées. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

Les objets du futur naissent dans leur tête. Les étudiants du Pôle supérieur design du lycée Léonard-de-Vinci à Villefontaine, dans l’Isère, seront les designers de demain. Ils réfléchissent, dessinent et confectionnent toutes sortes de produits, de l’électroménager aux articles de sport, en passant par les jouets.

Une table, un stylo, un téléphone, un casque… Tous ces objets ont été imaginés par quelqu’un. Une personne a réfléchi à leur forme, à leur couleur, à leurs fonctionnalités. En un mot, elle les a "designés". Au Pôle supérieur design Léonard-de-Vinci, les étudiants sont formés à la conception des produits de demain. Dès la seconde, les élèves de ce lycée de Villefontaine (38) ont la possibilité d’étudier les bases du design de produits grâce à des options et des enseignements d’exploration, puis peuvent s’orienter vers un baccalauréat STD2A (sciences et technologies du design et des arts appliqués). Ils peuvent ensuite enchaîner en BTS (brevet de technicien supérieur), en licence professionnelle ou en mention complémentaire maquettes et prototypes, et même en DSAA (diplôme supérieur d’arts appliqués). L’établissement, situé à moins d’une heure de Lyon, propose un cursus complet en design de produits.

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D’abord un travail de recherche

"Le design, c’est avant tout un travail de recherche", annonce Emma. Avec ses camarades de deuxième année de BTS, elle passe une quinzaine d’heures par semaine en "bureau de création" : c’est ici qu’ils conçoivent leurs produits, selon les sujets imposés par leur formateur. "Là, par exemple, nous devions trouver une solution pour cuisiner en camping", expose Emma, en montrant sa maquette.

Grâce au logiciel SolidWorks, les étudiants dessinent les plans de chaque partie du Lego, qui sont ensuite envoyés sur les machines à commande numérique. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Grâce au logiciel SolidWorks, les étudiants dessinent les plans de chaque partie du Lego, qui sont ensuite envoyés sur les machines à commande numérique. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

Avant d’arriver à cette cuisine miniature, où l’on distingue une table, des chaises et un jerricane, plusieurs heures de recherches s’imposent. "Nous devions tout d’abord déterminer une cible, détaille Marie. Moi, j’ai décidé que cette cuisine serait destinée aux familles modestes", rapporte-­t-elle. Arthur, lui, a opté pour les "baroudeurs", et Emmanuelle pour les familles nombreuses. "Selon le public visé, les contraintes ne sont pas les mêmes", poursuit Marie, qui évoque notamment les normes de sécurité pour les enfants.

Être innovant et adapter ses produits à son projet

Une fois ces contraintes listées dans un cahier des charges, les étudiants observent les objets similaires déjà existants dont ils peuvent s’inspirer. "Nous pouvons aussi piocher des idées dans les différents mouvements que nous étudions pendant les cours de culture du design", ajoute Emma. Mais le designer doit s’efforcer d’être innovant, et chercher surtout à adapter ses produits à son projet. Plus encore : il s’efforce d’identifier les failles de ces produits, afin de les améliorer. En parallèle de ces recherches, les objets prennent forme, sur le papier d’abord. Devant Mathieu, les croquis s’étalent, dessinés au stylo bille. On distingue un sac, une voiture et un pistolet à eau. Ce sont ses idées pour un nouveau projet, basé sur l’éco-design.

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"Ils doivent repenser trois objets en les rendant plus rationnels, c’est-à-dire en diminuant le volume de matériaux utilisés pour les fabriquer, ou en les rendant réparables", explique le for­mateur, Emmanuel Ruaz. C’est ainsi que Mathieu a pensé à un sac à dos avec moins de coutures, en un seul tissu, sans bouton ni poche inutile. Pour accompagner ses étudiants dans cette démarche, Emmanuel Ruaz leur parle de l’"analyse du cycle de vie d’un produit", du recyclage, du coût énergétique des matières premières…

Être designer à Léonard-de-Vinci, c’est aussi savoir se servir d’un tour à bois, d’une ponceuse ou d’une scie verticale. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Être designer à Léonard-de-Vinci, c’est aussi savoir se servir d’un tour à bois, d’une ponceuse ou d’une scie verticale. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

"Généralement, nous avons des cours théoriques en rapport avec nos projets", décrivent les étudiants du BTS. En technologie notamment, ils étudient les différents matériaux et leurs propriétés. Des échantillons de plastique tapissent d’ailleurs deux pans du mur de la salle, classés selon leur souplesse, leur transparence, leurs couleurs… "C’est une matériothèque", décrit Laurent Thiébaut, coordinateur du Pôle Design. Pour lui, la technologie est l’"alphabet du designer".

Des plans à la maquette d’un produit

Si certains cours restent théoriques durant cette deuxième année de BTS, les étudiants assurent être davantage "dans le concret" qu’en première année. Lorsque leur projet est ficelé sur le papier, ils passent à la conception assistée par ordinateur (CAO), afin de pouvoir réaliser leur maquette. C’est principalement cette technique qu’appren­nent à maîtriser les élèves en mention complémentaire.

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Ces jeunes, pour la plupart sortis de BTS, de licence professionnelle ou directement de MANAA (mise à niveau en arts appliqués), sont installés devant leur ordinateur dans une salle voisine. Sur leur écran, on distingue un personnage en Lego ; ils devront fabriquer ce petit bonhomme, en bois. Avant de saisir scies et perceuses, place aux plans : "On part de deux images, l’une de face, et l’autre de profil", décrit Guilhem, élève de deuxième année.

Grâce au logiciel SolidWorks, il décortique chaque pièce qui compose la figurine : la tête, le corps, les bras, les mains… Il indique les dimensions de chacune de ces parties, et les module comme il le souhaite, grâce aux nombreuses fonctionnalités du logiciel. "Pour la tête, par exemple, on peut indiquer qu’on veut y percer un trou, en précisant la profondeur de celui-ci", montre-t-il, souris en main. Ces plans serviront de guide pour donner vie à leur bonhomme de Lego, de la même manière qu’un patron en couture.

Dernières finitions pour la maquette de la cuisine de camping. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Dernières finitions pour la maquette de la cuisine de camping. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

L’après-midi même, dans l’atelier, à l’étage du dessous, les étudiants de mention complémentaire feuillètent leurs plans. Ils naviguent dans cet immense espace de 500 mètres carrés, entre leur établi, la ponceuse et l’imprimante 3D… Ses lunettes de protection sur le nez afin de se protéger de la sciure de bois qui vole, Romuald façonne une sphère en bois : la tête de son Lego. Si cet ébéniste de formation s’avère plutôt à l’aise devant un tour à bois, les autres étudiants ont tous été formés, au début de l’année, sur l’ensemble des machines, à commande manuelle ou numérique.

"Tous les élèves du Pôle Design touchent à la technique", souligne Laurent Thiébaut. Ils réalisent eux-mêmes leurs maquettes, afin de mieux se rendre compte des proportions, mais aussi de la faisabilité de certains de leurs projets. Mais les maquettes ne sont pas seulement des esquisses bancales en carton : elles doivent être les plus précises et les plus belles possible. "En ce sens, la peinture est d’une extrême importance", remarque Maxence Daubié, le responsable de l’atelier. "Une maquette peut être très réussie, mais si elle est mal peinte, elle ne vaudra pas grand-chose", résume-t-il. À la fin de l’année, les étudiants en mention complémentaire présentent, devant un jury, une maquette qu’ils ont réalisée de A à Z, des plans aux finitions.

En lien avec les entreprises

Au terme de leur dernier semestre, les étudiants en DSAA doivent, eux aussi, présenter un projet similaire, doublé d’un mémoire de recherche. Durant la première année de préparation à ce diplôme, les projets se multiplient. La plupart du temps, les étudiants en design de produits et ceux en design interactif coopèrent, notamment pour réfléchir à des objets connectés. Réalité augmentée, applications mobiles… Les apprentis designers de Léonard-de-Vinci appréhendent ces techniques inhérentes aux objets de demain.

À la fin de leur deuxième année, les étudiants de DSAA préparent un mémoire de recherche, sur lequel ils planchent une grande partie de l’année. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
À la fin de leur deuxième année, les étudiants de DSAA préparent un mémoire de recherche, sur lequel ils planchent une grande partie de l’année. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

Capucine, par exemple, réfléchit à des bâtons de ski ergonomiques et connectés, qui permettraient de commander la musique qui arrive dans son casque. Pour les mettre dans la peau de designers professionnels, les intervenants demandent souvent à leurs étudiants d’associer leur produit à une marque. "Nous devons alors adapter la forme, les couleurs, ou encore les matériaux utilisés", énumère Capucine, qui a choisi la marque au petit crocodile.

Certaines entreprises sollicitent même le Pôle Design pour des projets collaboratifs : les étudiants sont ainsi amenés à réfléchir à des produits pour les marques Seb, Decathlon, Playmobil, Schneider… Ces mêmes entreprises interviennent parfois au sein du lycée, pour des conférences ou pour recruter de futurs alternants ; les étudiants en mention complémentaire, en licence professionnelle et en deuxième année de DSAA passent en effet une partie de leur temps en milieu professionnel. En jonglant entre cours théoriques et projets pratiques, les diplômés de Léonard-de-Vinci semblent prêts, au terme de leur formation, à concevoir un nouveau jouet, un volant de voiture connecté, un grille-pain écologique, une chaise ergonomique…

LE DNMADE pour la rentrée 2019

À partir de la rentrée 2019, la structure du Pôle Design de produits évoluera pour devenir compatible avec les normes européennes LMD (licence, master, doctorat). La MANAA (mise à niveau en arts appliqués), le BTS (brevet de technicien supérieur) et la licence professionnelle seront regroupés au sein d’un seul et même diplôme, préparé en trois ans : le DNMADE (diplôme national des métiers des arts et du design). Les étudiants obtiendront alors un niveau licence, et pourront poursuivre vers un DSAA (diplôme supérieur d’arts appliqués), préparé en deux ans pour décrocher un niveau master et/ou vers une mention complémentaire d’un an. Le contenu des cours restera sensiblement le même qu’à présent.