1. Assemblée de l'ONU : 72h dans la peau d’un diplomate
Décryptage

Assemblée de l'ONU : 72h dans la peau d’un diplomate

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La séance de vote qui clôture la délibération de l'assemblée générale, à Sciences po Reims. // © Lucas Leroy/MUN Reims
La séance de vote qui clôture la délibération de l'assemblée générale, à Sciences po Reims. // © Lucas Leroy/MUN Reims

Ce mardi 24 septembre marque l’ouverture du débat général de l’Assemblée générale de l’ONU. Plusieurs fois par an, des étudiants organisent des simulations de ces AG. Objectif : acquérir des compétences en négociation internationale et réseauter.

New York, Paris, Cambridge, Hambourg, Tokyo, Madrid… Les étudiants qui participent à des simulations d’Assemblée générale de l’ONU voyagent à travers le monde pour jouer aux diplomates. Souvent organisés par des associations étudiantes, ces événements d’envergure peuvent rassembler jusqu’à 5.000 personnes venues de différentes écoles et universités, françaises et internationales.

En France, les participants sont des étudiants en licence, parfois en master, issus aussi bien d’universités comme Panthéon-Sorbonne et Paris-Dauphine, l’Institut Catholique de Paris (ICP) que d’écoles de relations internationales comme l’ILERI ou l’ISIT ou encore d’IEP.

Les étudiants de l’association RIMUN de Sciences po organisent ainsi chaque année une simulation de trois jours sur le campus de Reims. "En février dernier, nous avons accueilli 350 étudiants et nous avons un objectif de 450 personnes pour l’année prochaine", retrace Bianca Garvin, vice-présidente de l’association.

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Les membres des associations qui organisent les simulations sont prioritaires pour assister aux conférences mais l’événement est ouvert à tous les étudiants. Aucune compétence n’est requise selon les organisateurs, mais il faut tout de même être prêt à débattre en anglais sur des thématiques géopolitiques. Le nombre d’étudiants envoyés par chacune des associations dépend de l’événement et du coût. Il sera ainsi plus facile de dépêcher trente étudiants à Hambourg qu’à New York. Ces déplacements sont financés en partie par les établissements et en partie par les associations grâce à des sponsorings et des ventes.

Des étudiants de l'ILERI qui ont participé à la simulation organisée à New York au siège de l'ONU. // © ILERI
Des étudiants de l'ILERI qui ont participé à la simulation organisée à New York au siège de l'ONU. // © ILERI

Défendre les positions d’un pays

Si le nombre de participants varie suivant les simulations, le mode opératoire est toujours le même. Pendant trois à quatre jours, les étudiants se mettent dans la peau de diplomates. Scindés en comités, ils sont délégués d’un pays dont ils doivent défendre les positions. Suivant l’ampleur de l’événement, les comités peuvent être constitués de 15 à 40 étudiants environ. Les organisateurs attribuent un pays à chaque comité, en essayant de constituer des groupes hétérogènes, notamment en termes de niveau. Les compétences en langue étrangère sont aussi prises en compte.

Pour prendre la parole, le comité d’étudiants doit brandir sa pancarte "Chine", "Russie", "Royaume-Uni"… selon le pays qu’il représente. Après moult débats et déclarations en anglais, l’objectif est de voter une résolution. Chaque simulation porte sur un ou deux sujets, souvent inspirés de l’actualité. Ils peuvent ainsi plancher sur l’inclusion des handicapés dans la société, l’aide humanitaire en cas de catastrophe naturelle, le trafic d’êtres humains ou la cybersécurité.

Art oratoire et networking

Mais la simulation va bien au-delà de ce moment phare. "On ne se contente pas de représenter les idées d’un pays. Il faut faire des recherches sur la façon dont ce pays fonctionne, sur son actualité, sur la façon dont ses dirigeants réagissent, les commissions dont il fait partie ou les accords qu’il a signés", explique Esa Velletrie, présidente d’ILERI MUN, association de l’école de relations internationales ILERI qui organise des simulations de débats. Les étudiants doivent ensuite rédiger un "position paper" qui réunit toutes ces informations. Les étudiants consultent ces fiches, publiées sur le site de l’événement, avant de se rendre à l’Assemblée générale. "Sinon, il serait impossible de voter une résolution en trois jours !", explique Esa Velletrie.

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Participer à ces conférences apporte ainsi de nombreuses compétences, explique l’étudiante : "on apprend à négocier, à défendre nos idées et à s’exprimer à l’oral, qui plus est en anglais". Les étudiants sont d’ailleurs préparés tout au long de l’année. Les membres de l’association SONU (Sorbonne pour l'Organisation des Nations Unies) ont des entraînements de deux heures par semaine. Toutes les trois séances, ils changent d’Etat et de sujet.

Ces simulations sont aussi des moments opportuns pour réseauter. Les étudiants se retrouvent dans des comités avec des jeunes d’autres écoles ou de l’étranger. Ils rencontrent aussi des personnalités lors des cérémonies d’ouverture et de clôture de l’Assemblée générale.

"Au départ, on le fait pour les compétences et pour le mettre sur notre CV, car c’est très bien vu à l’étranger. Mais ça devient très vite une passion, c’est grisant ces jeux de rôle", assure Camille Saikali, coach senior au sein du Pôle Model UN de l'association SONU.

Les professeurs s'emparent du sujet

Ces exercices sont d’ailleurs de plus en plus répandus et sont parfois intégrés dans les cursus. Yves Buchet de Neuilly, responsable du Master 2 "Relations internationales" à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, organise ainsi des simulations d’AG depuis l’année dernière. "J’avais déjà organisé ce genre d’événements avec succès à l’université de Lille, j’ai donc voulu répliquer le modèle à Paris 1", explique le professeur de Sciences politiques. "Les retours des étudiants ont été très positifs, nous allons donc organiser une simulation par an et réfléchir à la graver dans la maquette, avec un cours optionnel qui rapporterait des points".

Six à sept masters en lien avec les relations internationales sont concernés. Si l’exercice a rassemblé 25 étudiants pour sa première mouture l’année dernière, le professeur espère mobiliser une centaine d’étudiants pour la deuxième édition, en janvier 2020.

Ces événements essaiment aussi en école de commerce. Neoma BS organise une Nuit de l’ONU sur son campus de Reims. Cette simulation nocturne d’une Assemblée générale de l’ONU sera placée sous la thématique "Urgences climatiques : renégocier les accords de la COP 21 de Paris". Le coup d’envoi sera donné le 7 novembre 2019.