Face à la déception de candidats, Sciences po défend ses modalités de sélection

Par Agnès Millet, publié le 03 Juin 2021
7 min

Alors que Sciences po Paris a modifié son mode de sélection en supprimant le concours écrit en 2021, de nombreux candidats font part de leur déception. À l’annonce des résultats d’admissibilité, en mai, ces excellents profils n’ont pas été retenus pour passer l’oral. L’IEP se défend d’avoir été submergé par l’afflux de dossiers. Explications.

C’est une "grande déception" mais aussi de "l’énervement" qu’a ressentis Paloma* lorsqu’elle a appris qu’elle ne passerait pas les oraux de Sciences po Paris. Sa candidature n’avait pas été acceptée sur Parcoursup.

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"Je comprends que c’est un concours et que je puisse ne pas réussir. Mais j’ai l’impression que les dossiers n’ont pas tous été entièrement examinés, notamment nos trois épreuves écrites, alors que c’était ce qui nous représentait réellement", regrette la lycéenne qui, depuis septembre, a consacré ses vacances à préparer sa candidature. "C’était mon premier choix : je me suis investie pendant un an".

Une préparation sous une nouvelle forme car, depuis cette année, le concours écrit en présentiel est supprimé et la sélection se fait en deux phases, via Parcoursup. Les candidats doivent d’abord déposer un dossier, comprenant trois épreuves chacune notée sur 20 : les notes du bac, les notes du lycée et ces trois écrits personnels.

Avec une plus grande visibilité et la suppression du concours, l’établissement a enregistré un nombre record de candidatures, avec 15.284 dossiers, soit le double de 2020. Mais Sciences po se défend d'avoir été submergé par les candidatures et d'avoir écarté des candidatures sans examen.

"Les équipes ont été renforcées pour rassembler 800 évaluateurs, formés en amont. Nous avons eu, certes, un ou deux jours de retard pour communiquer aux étudiants conviés à la dernière épreuve orale. Ce qui est clair c'est qu’absolument tous les dossiers ont été scrupuleusement examinés par deux personnes différentes, qui n'ont pas communiqué entre elles. Notre sélection est qualitative et humaine : aucun algorithme n’intervient. Il n’y a pas eu de phénomène d’éviction vis-à-vis de tous ceux qui n'ont pas obtenu la note minimale", indique Gabriela Crouzet, directrice des admissions de Sciences po Paris.

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Des profils "excellents" de lycéens rejetés

Mais, plusieurs voix de candidats considérés comme excellents et qui n'ont pas été retenus s'élèvent notamment sur les réseaux sociaux. C'est le cas de Georgy, excellent lycéen, sportif, parlant plusieurs langues et engagé dans la vie scolaire et associative. "Tous mes professeurs me disaient que j’avais le profil Sciences po. Je me suis préparé avec un planning régulier, en géopolitique, en droit, en littérature, en philosophie. Et je n’ai même pas pu montrer au jury mes connaissances". Incompréhension doublée du sentiment d’avoir inutilement dépensé les 150€ de frais de concours.

Même écho chez Paloma. "J’avais le profil idéal : je pratique intensivement le chant, la danse et le théâtre, j’ai un très bon dossier académique, avec une progression de mes notes et de bons commentaires des professeurs", témoigne la jeune femme.

"Nous avons eu des candidatures d’excellente qualité. Ce sont les meilleurs dossiers, ceux qui dépassaient une note minimale sur 60, qui ont été retenus pour passer l’oral", répond Gabriela Crouzet.

Un sujet focalise l’incompréhension : des dossiers incomplets ont été retenus pour cette deuxième phase. "Oui, il y a eu beaucoup d’interrogations. Mais il ne s’agit que de deux candidats sur 2.600 convocations aux oraux du 6 au 26 mai. Ils avaient la note minimale, malgré des lacunes partielles dans les questions rédactionnelles. Les examinateurs ont estimé qu’ils remplissaient les critères car les trois épreuves ont été remplies", justifie la directrice des admissions.

Malgré sa volonté d'atteindre 30% de boursiers, l’école de la rue Saint-Guillaume précise aussi que ce critère ne figure pas parmi les instructions données aux évaluateurs. Selon l'Institut d'études politiques parisien, les évaluateurs n’avaient pas pour instruction de prendre en compte ce critère. "Les consignes ne sont pas données en termes de profil mais sur l’excellence de la candidature, qui doit être riche et équilibrée, avec de la solidité académique et de la motivation pour nos formations. Nous sommes transparents sur nos critères", précise Gabriela Crouzet.

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Un bilan à effectuer sur la sélection à Sciences po Paris

Pourquoi, alors, cette émergence de témoignages de bons candidats refusés sur twitter ? "Le ratio entre le nombre de candidats, qui a doublé, et des capacités d'accueil qui restent assez stables explique mathématiquement qu'il y ait plus de déçus que les autres années", répond l'école, qui rappelle ne pas pouvoir conclure, à ce stade, à quel type de candidats profite ce nouveau mode de sélection, balayant les rumeurs disant que les lycées privés ont été rejetés.

Et Sciences po de souligner que tous les concours font des déçus. "Nous le comprenons. D’autant que nous n’avons pas pu communiquer avec ceux qui n’ont pas reçu leurs convocations, du fait du cadre réglementaire de la procédure. Cela a pu être difficile à vivre mais nous tenons à les remercier vivement pour leur candidature. Nous pensons que les efforts fournis pour postuler à Sciences po ouvrent déjà un parcours de réussite", lance Gabriela Crouzet.

Pour Georgy, l’avenir académique se dessinera en prépa, dans une licence sélective ou peut-être hors de France. Quant à Paloma, elle hésite, de nouveau, entre une carrière artistique et la poursuite d’études supérieures. À partir du 2 juin, avec l’annonce des résultats d’admission, ils pourront, comme tous les non admissibles, demander leurs résultats d’écrit auprès de l’établissement.

De son côté, Sciences po Paris tirera un bilan à la fin de la campagne d'admission pour mesurer l'impact des nouvelles modalités. Et procéder – peut-être – à des ajustements pour 2022.

*le prénom a été modifié.

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