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Décryptage

Attentats : les étudiants en médecine formés à l'urgence, mais pas au pire

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Exercice de sécurité avec le SAMU dans la fan zone de l'Euro 2016 de football, place Bellecour, à Lyon. // © Laurent Cerino/REA
Exercice de sécurité avec le SAMU dans la fan zone de l'Euro 2016 de football, place Bellecour, à Lyon. // © Laurent Cerino/REA

À Nice en juillet 2016 comme à Paris en novembre 2015, les étudiants en médecine se sont retrouvés sur la ligne de front pour soigner les blessés des attaques terroristes. Un exercice nouveau, difficile, pour lesquels ils sont peu formés aujourd'hui.

Poser un garrot, faire une perfusion… Des gestes de secours simples mais pas ou peu enseignés en faculté de médecine. Pourtant, les étudiants sont de plus en plus demandeurs pour les apprendre. Les attaques terroristes à Paris et à Nice suscitent chez eux une réelle envie de savoir quoi faire, d'être utiles dans l'urgence pour sauver des vies.

"Désormais, la crainte que de tels événements se reproduisent est dans toutes les têtes, et les étudiants veulent se préparer au mieux, sur le plan technique mais aussi psychologique", déclare Jean-Luc Dubois-Randé, le président de la Conférence des doyens des facultés de médecine.

“Un grand élan de solidarité spontané”

À Nice, la fac, accolée au CHU (centre hospitalo-universitaire), a été réquisitionnée et fermée le lundi 17 juillet. Le soir de la fête nationale et les jours suivants, "nous avons assisté à un grand élan de solidarité spontané. Les internes se sont évidemment mobilisés. Les externes ont été encore plus présents qu'à Paris. Tous étaient d'autant plus sensibilisés que des simulations postattentat avaient été organisées dans la ville avec le SAMU. Mais il ne s'agissait pas alors de les former. Ils avaient participé comme figurants", raconte Quentin Hennion-Imbault, vice-président études médicales de l'ANEMF (Association nationale des étudiants en médecine de France).

Peu préparés psychologiquement

Aujourd'hui, les étudiants en médecine sont formés à l'urgence par le biais des gardes et des stages, notamment en SMUR (service mobile d'urgence et de réanimation) et par l'AFGSU (attestation de formation aux gestes et soins d'urgence). Attestation qu'ils doivent obligatoirement obtenir comme tout personnel de santé. Mais ces stages n'incluent pas tous les gestes utiles dans les soins postattentat.

"S'ils sont confrontés à des situations sans commune mesure avec des attentats, ils sont préparés à l'attitude à adopter face au patient et à suivre les directives de leurs responsables", assure Quentin Hennion-Imbault.

Reste le plus compliqué à gérer : leur propre choc psychologique. Beaucoup d'étudiants parisiens sont encore perturbés par ce qu'ils ont vécu en novembre 2015. "En cela, le soutien des pairs est important", appuie Quentin.

Sur le pied de guerre

Pour aller plus loin dans la formation, certaines universités proposent des UE (unités d'enseignement) consacrées à la prise en charge des blessures de guerre en troisième ou quatrième année. C'est le cas à l'École du Val-de-Grâce, située à Paris, ou à l'université Lyon 1.

Dans la fac lyonnaise, en 2015-2016, une trentaine d'étudiants se sont initiés avec l'armée à la prise en charge de victimes selon les protocoles de sauvetage au combat. "Suite à la journée d'exercice qui a eu lieu en avril 2016, une quinzaine de personnes se sont déclarées intéressées pour devenir réservistes dans le service de santé des armées", indique le commandant Géraldine, à l'origine de l'UE "évolution de la santé, évolution des risques" créée en 2011.

Des cours utiles à tous ?

Mais ces cours sont souvent optionnels et suivis par une poignée d'étudiants."C'est intéressant d'acquérir des notions, d'être sensibilisé. Mais cela semble plus utile à un interne aux urgences qu'à un externe qui doit emmagasiner beaucoup de connaissances par ailleurs. Mieux vaut apprendre plus d'actions de base de secourisme", estime Robin, étudiant en sixième année de médecine à Nice, appelé à prêter main-forte en médecine légale après l'attaque sur la promenade des Anglais.

Les récents événements vont-ils faire évoluer les études médicales ? Possible. Selon Jean-Luc Dubois-Randé, la Conférence des doyens des facultés de médecine a débuté une réflexion sur une évolution de la formation des futurs médecins.