Etudiants en santé mobilisés pendant le confinement : "On essaie d’aider à notre niveau"

Par Pauline Bluteau, publié le 25 Mars 2020
7 min

Depuis plusieurs semaines, les étudiant en médecine, en pharmacie ou en soins infirmiers sont en première ligne face à la pandémie de coronavirus. Tous s’organisent pour se porter volontaires dans les officines, les hôpitaux et les écoles. Une aide qu’ils qualifient de "normale" en cette période de crise sanitaire.

Trop jeunes pour exercer leur futur métier mais assez expérimentés pour pouvoir aider. Matéo, Romain, Valentine, Assia et Coralye ont un point commun : ils sont tous étudiants dans le domaine de la santé. Depuis quelques jours voire plusieurs semaines, ils se sont portés volontaires pour prêter main-forte aux soignants face à la pandémie de coronavirus. Une situation qu’ils ne s’attendaient pas à vivre de sitôt…

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Des étudiants sur tous les fronts

Dès le début de la crise, les associations étudiantes et les facs de médecine ont fait appel aux étudiants pour soutenir les personnels soignants. Leurs réponses ne se sont pas fait attendre, chacun ayant envie d’aider à son niveau.

C’est le cas de Romain, étudiant en troisième année de médecine, qui travaille depuis deux semaines dans le centre de régulation du SAMU de Lille. Quatre jours par semaine, il répond aux appels. "On est surchargés au moment de la pause déjeuner. Les gens regardent les infos et ont tendance à s’inquiéter davantage."

À Lille également, Assia a été réquisitionnée dans l’officine où elle aurait dû faire son stage de troisième année en mai prochain. "Dès que le confinement a été annoncé, j’ai contacté mon maître de stage pour savoir s’il avait besoin, raconte l’étudiante. Je ne me voyais pas rester chez moi, donc, dès le mardi, j’étais à pied d’œuvre. J’ai signé un contrat de 35 heures, mais la semaine dernière j’ai dû faire plus, c’était vraiment le rush !"

De son côté, Valentine, en troisième année de médecine, passe son temps à s’occuper des enfants du personnel soignant au sein d’une école lilloise. "À mon niveau, je ne serai pas utile à l’hôpital. La garde d’enfants était donc la meilleure solution, admet l’étudiante. C’est très agréable, je suis occupée toute la journée et je me rends utile."

Après avoir fait le tour des officines de son quartier, Matéo, en troisième année de pharmacie, est toujours dans l’attente d’être appelé. "Il n’y a pas assez de personnel, donc c’est important d’aller aider dans ce genre de situation. Je ne voulais pas rester à rien faire, donc là, c’est très frustrant."

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La peur et le stress bien présents

Mais pour tous ces étudiants, ce soutien ne va pas sans une petite dose d’inquiétude. Tous prennent la mesure de la pandémie : "À la pharmacie, nous avons une vitre en plexiglas pour nous protéger ainsi que des masques chirurgicaux. Mais il a toujours des gens qui ne respectent pas les distances de sécurité. Donc oui, j’ai parfois peur d’aller travailler", affirme Assia.

Depuis une semaine, l’étudiante est surprise de voir autant de gens se bousculer dans les pharmacies. "Pour ne pas céder à la panique, je me concentre sur mon travail : je prépare les commandes, je fabrique des solutions hydroalcooliques… Je n’avais jamais vu autant de personnes acheter des gants et des dolipranes. Tous les jours, on nous demande s’il y a des masques et des thermomètres en vente, or ils sont destinés aux hôpitaux en priorité."

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Le stress est aussi palpable au SAMU. Romain avoue avoir parfois peur de faire un mauvais diagnostic au téléphone. À ses côtés, des médecins sont présents pour l’épauler. "Comme nous sommes assez nombreux, on prend le temps de rassurer le patient et de faire de la pédagogie." Mais certains appels nécessitent plus qu’un accompagnement. "L’essoufflement est une première alerte. Il suffit ensuite de poser quelques questions pour identifier la gravité du cas. Mais la pression est d’autant plus importante quand ce sont des parents qui appellent pour leur bébé…"

Coralye, étudiante en deuxième année de soins infirmiers à Lille, va quant à elle débuter son stage en EHPAD la semaine prochaine. Ce qui n’est pas le cas de tous ses camarades de promo dont le stage a été parfois annulé. "À titre personnel, j’ai quand même quelques craintes : étant moi-même très stricte sur le confinement, je vais devoir faire 20 minutes de métro pour me rendre à l’EHPAD. Je risque de transporter le virus dans un lieu qui est protégé…" L’étudiante se dit tout de même rassurée par toutes les précautions prises par l’établissement à l’égard du personnel soignant.

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Volontaires, mais toujours étudiants

Même s’ils travaillent, ces jeunes volontaires restent avant tout des étudiants. D’après eux, leurs établissements en ont bien conscience et restent d’ailleurs très attentifs à leur situation. "On vient de recevoir un mail de l’université qui veut des informations sur nos conditions de travail", explique Assia. Un bilan nécessaire car en plus de ses 35 heures à la pharmacie, l’étudiante doit aussi rattraper tous ses cours à distance.

Au SAMU, les enseignants, qui sont aussi médecins, s’inquiètent pour la santé mentale de leurs étudiants. "On est une grande équipe, ce qui permet de faire des roulements et de ne pas travailler trop longtemps ni trop souvent", estime Romain.

Les étudiants pensent aussi à leurs futurs examens de fin d’année. Tous sont dans l’expectative. "Nos profs sont mobilisés dans les hôpitaux, on essaie de les déranger le moins possible", assure Matéo.

Les étudiants infirmiers s’inquiètent également pour la validation de leur année, conditionnée au nombre d’heures de stages effectuées. "Moi, j’ai l’impression d’être sur pause, ce confinement est comme une parenthèse hors du temps. Les examens et même les vacances ne sont pas du tout la priorité pour l’instant, poursuit Valentine. On ne sait jamais, la crise sanitaire va peut-être empirer, on doit se tenir prêts."

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