D. Berling (Union des féministes d'Assas) : "Certaines associations étudiantes ont des pratiques très humiliantes"

Par Amélie Petitdemange, publié le 08 Mars 2021
6 min

Domitille Berling est vice-présidente de l'Union des féministes d'Assas (UFA). L'étudiante, en master de droit, membre depuis la création de l'association en 2017, dresse les problématiques des femmes à l'université.

Depuis la création de votre association en 2017, comment les droits des étudiantes ont-ils évolué à Assas ?

Lorsque nous avons créé l'association, des étudiants ont voulu créer une association masculiniste en retour et tournaient en dérision nos événements. Ça ne nous a pas arrêtées. Au contraire, ça a montré l'utilité de notre association.

En 2019, un chargé de TD a harcelé des étudiantes de première et de deuxième années. Parmi elles, 69 ont témoigné. Ça a commencé à se savoir quand les étudiantes ont prévenu le supérieur hiérarchique de ce chargé de TD. Après cette affaire, nous avons retrouvé des stickers dans Assas qui rejetaient la faute sur les victimes. Sur l'un, on pouvait lire "ça suce pour réussir et ça prend la place d'un autre".

Il y a un référent à l'égalité homme-femme mais c'est un professeur que les étudiantes n'iraient pas voir si elles étaient victimes d'agressions ou de discrimination. Il est très qualifié comme professeur mais déconnecté de ces problématiques. Les victimes doivent avoir confiance pour témoigner. Nous avons donc créé une adresse mail pour recevoir des témoignages et de demandes d'aide.

Par ailleurs, le nouveau président de l'université vient de mettre en place "RéagirAssas", un dispositif de protection contre le harcèlement, les discriminations, le sexisme et la violence. Ce dispositif rendra Assas plus égalitaire et notre association est satisfaite de sa mise en place.

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Quelles sont les pistes d'amélioration pour l'égalité femmes / hommes dans les universités ?

C'est important d'avoir un dispositif où les gens peuvent témoigner. Ces derniers temps, avec les affaires à HEC, Nanterre et Sciences po, on voit que la parole se libère. Ces histoires sont affreuses, mais c'est bon signe que les étudiantes osent en parler.

Il faut aussi organiser des ateliers, informer les étudiants et les professeurs sur les barrières à ne pas franchir.

Quels types d'actions l'Union des féministes d'Assas met-elle en place ?

Nous avons deux grands pans. Un pan théorique avec des conférences : sur l'autonomie des femmes migrantes, sur la place des femmes dans l'art, sur le plafond de verre… En amphi de droit par exemple, il y a une majorité de femmes, mais plus on monte dans les années et dans la hiérarchie, et moins il en reste. Nous organisons aussi des débats, sur la pornographie ou sur la virginité par exemple. Et nous avons aidé à l'organisation d'un colloque de l'université sur les agressions sexuelles.

Sur le pan pratique, nous faisons beaucoup de collectes. Nous organisons une collecte de produits d'hygiènes pour les femmes SDF, et des collectes de fonds grâce à des ventes de gâteaux, que nous reversons à des associations en faveur des femmes.

Nous travaillons aussi avec d'autres associations pour tenir des ateliers dans le hall d'Assas, sur les femmes transgenres par exemple.

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Comment adressez-vous le sujet de la précarité menstruelle ?

Nous avons eu plusieurs discussions avec l'administration pour installer un distributeur de protections hygiéniques. En plus du souci financier, il y a aussi un problème logistique. Nous n'avons pas forcément le temps d'aller acheter des protections au supermarché entre deux cours. Mais nous n'avons reçu que des refus, la seule possibilité c'était un système de jetons qui aurait été réservé aux boursières.

Nous nous réjouissons vraiment de l'annonce de la ministre de l'Enseignement supérieur d'installer des distributeurs de protections hygiéniques gratuites dans les universités, nous le demandions depuis des années.

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Quel est l'objectif de votre future charte sur la vie étudiante ?

Certaines associations ont des pratiques très humiliantes, notamment lors des recrutements des membres et lors des soirées. Ils obligent à mimer un acte sexuel, ils demandent si l'on "préfère anal ou facial", ou font remplir des questionnaires sur les pratiques sexuelles. Il faut faire évoluer les mœurs. L'objectif de la charte est d'endiguer ces comportements. Nous voulons finaliser cette charte d'ici la fin de l'année scolaire pour qu'elle soit effective à la rentrée.

Pour cela, il faudra que les associations acceptent de signer la charte. Nous discutons avec elles et elles sont majoritairement partantes, même si certaines ne nous ont pas répondu. Pour l'instant, 25 sont partantes. D'autre part, des associations qui étaient problématiques ces dernières années le sont moins. Globalement, nous sommes bien accueillis, c'est bon signe.

Préparez-vous des événements spéciaux pour cette journée des droits des femmes ?

Nous interrogeons des étudiants et des passants sur la signification de cette journée pour eux et faire des posts sur les réseaux sociaux. Nous préparons aussi des vidéos. C'est compliqué d'organiser des événements, car il n'y a pas grand-monde dans la fac. Le pôle rédaction de l'association publie aussi des articles sur notre blog. Cinq sujets sont abordés en ce 8 mars : le tabou autour du plaisir féminin, le vaginisme, l'excision, la stigmatisation des travailleur.se du sexe et le porno féministe.

D'autres associations de l'université, dont Assas LGBT+, font également quelque chose pour l'occasion. Ils ont prévu un suivi du projet de loi sur la PMA et une vidéo où des membres énoncent des faits et chiffres et informations autour du thème de l'égalité hommes/femmes pour éduquer les gens sur le sujet.

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