Lycée : pourquoi vos professeurs s'inquiètent du niveau en maths et en sciences ?

Par Thibaut Cojean, publié le 14 Mars 2022
7 min

Des professeurs de maths et de SVT appellent à reconsidérer la place accordée à leurs disciplines au lycée. Ils s'inquiètent de la baisse du nombre d'élèves inscrits en sciences, alors que la société de demain fera face à de nombreux défis scientifiques et technologiques. Des discussions sont en cours avec le ministère de l'Education nationale.

Emmanuel Macron vient d'en faire une promesse de campagne. "Je veux remettre les fondamentaux, en particulier les maths, dans le tronc commun au bac toutes spécialités confondues", a déclaré le président de la République, candidat à sa propre réélection, lundi 7 mars, pour son entrée dans la campagne électorale.

A travers cette proposition (partagée par d'autres candidats), il répond à une inquiétude formulée depuis plusieurs années par les professeurs de mathématiques : depuis la mise en place de la réforme du lycée (voulue par Emmanuel Macron lui-même), l'enseignement des fondamentaux en mathématiques n'est plus assuré pour tous les élèves. Plus récemment, des représentants d'autres disciplines, notamment des SVT, ont également agité un drapeau demandant que le lycée accorde une plus grande importance à leur enseignement.

Mais pourquoi vos professeurs s'inquiètent du niveau des maths et des sciences au lycée ? L'Etudiant vous explique ce qui coince.

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De moins en moins d'élèves font des maths au lycée

Le premier point, c'est la baisse du nombre d'élèves faisant des maths. Puisque la discipline a été retirée du tronc commun au lycée, la part des élèves suivant les maths en terminale est passée de 90% à 59% avec la réforme du bac.

Selon Alice Ernoult, professeur de mathématiques en classe préparatoire économique, c'est parce que les maths aujourd'hui ne sont plus enseignées que sur un seul niveau, celui de la spécialité. Alors que "dans un grand nombre de pays, les maths au lycée se font sur trois niveaux" : un tronc commun minimal, un niveau utilitaire pour aspirants économistes ou biologistes et un niveau expert pour futurs physiciens ou mathématiciens.

En terminale, les options maths complémentaires et maths expertes permettent de recréer trois niveaux, mais elles ne sont accessibles qu'à ceux ayant suivi la spécialité en première. De plus, le niveau minimal reste absent.

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Les matières scientifiques en concurrence

Un même constat est dressé dans d'autres disciplines scientifiques. Par exemple, la fédération Biogée, qui regroupe des enseignants de SVT, note que 27% des lycéens ont aujourd'hui des cours de sciences naturelles, contre 53% avant la réforme du bac.

Ces statistiques ne prennent pas en compte l'enseignement scientifique qui, de l'avis majoritaire des professeurs, est insuffisant. "Deux heures par semaine pour physique, chimie, SVT, informatique et maths, ce n'est pas lourd", ironise Alice Ernoult.

Une autre raison invoquée par le corps enseignant est la mise en concurrence des spécialités en terminale : 17,2% des élèves optent pour maths et physique-chimie en terminale, combinaison réputée plus prestigieuse et offrant de meilleurs débouchés, contre 5,7% pour maths et SVT.

Le volume horaire accordé aux spécialités est aussi désigné comme responsable de cette concurrence. "Douze heures de spécialité en terminale ce n'est pas suffisant, estime Mélanie Guenais, professeure de maths à l'université Paris Saclay et vice-présidente de la Société mathématique de France. On disait de la terminale S qu'elle était trop polyvalente, mais elle avait 16h30 de sciences !"

C'est notamment pour ces raisons que des appels à conserver trois spécialités en terminale se font entendre.

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"Faire des sciences sans maths, faire de l'économie sans maths, ce n'est pas possible"

Le constat est donc clair : de moins en moins d'élèves sont formés aux maths et aux sciences. Pour Mélanie Guenais, c'est surtout problématique pour les élèves qui ne feront pas d'études scientifiques : "Les maths font partie des fondamentaux. Elles sont présentes à tous les niveaux de notre société. Parler du vaccin ou de statistiques nécessite un niveau minimal de maths."

Cette baisse a un effet rebond sur les autres matières. "Les maths sont nécessaires pour faire d'autres disciplines, rappelle Alice Ernoult. Faire des sciences sans maths, faire de l'économie sans maths, ce n'est pas possible."

Les statistiques officielles de Parcoursup 2021 le montrent bien : suivre la spécialité mathématiques offre beaucoup plus de possibilités d'orientation aux élèves, quelle que soit la deuxième spécialité suivie en terminale. C'est notamment le cas pour la licence Staps ou les classes préparatoires économiques et commerciales.

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Les sciences utiles aux enjeux d'avenir

Autre argument mis en avant, le rôle des sciences dans la formation des citoyens de demain. "La société a des défis à relever qui sont presque tous d'ordre scientifique : défis numériques, technologiques, climatiques. C'est là que seront les emplois. Il faut se projeter du mieux possible dans cette société de l'avenir", prévient Mélanie Guenais.

Les professeurs de SVT de la fédération Biogée sont sur la même ligne : s'ils appellent à donner plus de place aux sciences naturelles au lycée, c'est notamment pour préparer les élèves à la crise climatique et à la transition écologique.

Cela remet sur le tapis la question de la baisse de l'attractivité des filières technologiques, qui ne date pas de la réforme. "Le tronc commun de maths y est solide, estime Mélanie Guenais. Il faut valoriser les filières technologiques. Elles sont importantes car il y a une forte demande sur ces métiers de production, de biotechnologie, de chimie, de numérique."

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Les maths génèrent des inégalités

En toile de fond de ces problèmes se dresse également la question des inégalités sociales. Qui suit la spécialité maths aujourd'hui ? Selon les statistiques du ministère de l'Education nationale, les garçons et les élèves issus des classes sociales très favorisées y sont sur-représentés.

Une concertation engagée pour revoir la place des maths au lycée

Longtemps sûr de sa réforme, le ministère de l'Education nationale, à commencer par Jean-Michel Blanquer lui-même, reconnaît aujourd'hui qu'il faut revoir la place des maths au lycée. Une concertation a été lancée il y a quelques semaines et différentes options seront explorées (retour des maths dans le tronc commun, création d'une spécialité de niveau intermédiaire, garder trois spécialités en terminale, etc.).

Mais étant donné que les choix de spécialités sont en cours, et que l'organisation administrative des lycées pour la rentrée prochaine a débuté, un changement de la réforme pour septembre 2022 est très improbable. Aux élèves et à leurs familles qui se demanderaient donc quel comportement adopter face aux faiblesses relevées par les enseignants, ceux-ci répondront de conserver la spécialité maths en première ou de regarder les différents parcours offerts par le lycée technologique.

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