Comment je suis devenue pilote de ligne chez Air France

Par Étienne Gless, publié le 06 Février 2019
8 min

Fanny, 32 ans, est l'une des 300 femmes pilotes chez Air France. Pour faire décoller sa carrière, cette diplômée de l'ENAC, a d'abord été instructrice et a cumulé les heures de vol auprès de compagnies étrangères ou à bas coût.

"Ce que j'adore chez Air France, c'est que l'on peut faire des rotations – un aller-retour Paris-Londres par exemple – et rentrer le soir dormir chez soi, comme enchaîner les vols durant quatre jours. Les emplois du temps sont irréguliers. Récemment, j'ai enchaîné deux rotations Roissy-Londres suivies d'un vol Paris-Stockholm avec escale dans la capitale suédoise pour repartir à Rabat au Maroc."

Fanny, 32 ans, est pilote de ligne salariée chez Air France depuis le début de l'année 2017. La compagnie aérienne nationale compte moins de 10 % de femmes pilotes, environ 300 sur 3.800.

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Dans le cockpit, Fanny occupe le poste de copilote. Elle effectue des vols moyens courriers : ses journées de travail la mènent dans les toutes capitales européennes, mais aussi jusqu'à Saint-Pétersbourg, Tel-Aviv et plusieurs grandes villes régionales en France.

Le réseau Air France couvre plus de 30 destinations en Europe, plus une quinzaine en France. "Je reçois mon planning le 25 du mois pour le mois suivant", indique-t-elle.

Voler : un virus contracté en seconde

La jeune femme rêve depuis l'âge de 13 ans d'être pilote de ligne professionnel. En seconde, Fanny profite d'une option proposée par le lycée Paul-Painlevé d'Oyonnax (01), le BIA (brevet d’initiation aéronautique), qui permet de s'initier à l'aviation.

"Deux heures par semaine, on y apprenait des notions de météo, d’aérodynamique ou encore d’histoire de l’aviation. En fin d'année, si on réussissait un test théorique et qu’on obtenait le brevet, on avait droit à un vol d’initiation sur un petit avion. Après cela, le virus m’avait contaminée !"

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Sa licence à 17 ans

L'adolescente tanne alors ses parents pour qu’ils lui paient sa formation à la licence de pilote privé. "Ils ont été d’accord mais à une condition : travailler pour la rembourser. J’ai trouvé un job d’été à l’usine." Tous les week-ends, ses parents la déposent à l'aéro-club. "Ils avaient surnommé l'endroit la halte-garderie !", se souvient Fanny en riant. À 17 ans, elle obtient sa précieuse licence PPL qui permet de voler partout en Europe à titre de loisir.

Deux tentatives pour entrer à l'ENAC

Après son bac S, Fanny met le cap sur une prépa scientifique (PCSI-PC) au lycée La Martinière, à Lyon. Indispensable pour se présenter à l'EPL/S, le concours d'entrée de l'ENAC (École nationale de l'aviation civile) pour devenir élève pilote de ligne. La sélection sur trois jours comprend des épreuves écrites de mathématiques, de physique et d'anglais de niveau supérieur, ainsi que des tests psychotechniques et psychomoteurs sur ordinateur.

Fanny échoue au concours la première fois mais rentre quand même à l'école comme étudiant contrôleur aérien. Elle ne reste pas clouée au sol très longtemps. "Je me suis représentée en 2007 au concours EPL/S et là, j'ai réussi. Je n’avais jamais perdu de vue mon objectif de devenir pilote." Sur 30 élèves dans sa promotion, elles ne sont que quatre filles.

Théorie, voltige et travail en équipage

Au programme de la formation d'élève pilote qui dure trois ans à l'ENAC de Toulouse : beaucoup de théorie les premiers mois. Il s'agit d'absorber une masse de connaissances en navigation aérienne (droit aérien, instrumentation, préparation et suivi des vols, communication IFR et VFR…) pour obtenir l'APTL, l'indispensable licence de pilote d'avion de ligne.

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S'ensuivent deux années de formation pratique : vol à vue, vol aux instruments, voltige, travail en équipage sur simulateur, etc. "On commence par voler sur des petits avions, comme le TB-20, qui vont grossir au fur et à mesure de l'avancement des études. Les appareils basiques du début se sophistiquent et sont dotés de plus d’instruments", détaille Fanny.

La dernière partie de la formation est consacrée à l'apprentissage du travail en équipage. "En avion mono pilote, on fait tout tout seul. Mais sur de gros appareils, le travail en équipe est essentiel, et ce n’est pas inné", explique Fanny qui s’est beaucoup entraînée en groupe sur simulateur A320.

Le long chemin de l'insertion professionnelle

Diplômée de l'ENAC en 2009, Fanny arrive sur le marché du travail en pleine crise économique. "Il n'y avait aucune offre d’emploi à l’époque, se souvient la jeune pilote. Avoir été élève à l’ENAC ne garantit pas d’être engagée d’office à Air France. Il faut encore passer des sélections qui étaient fermées en raison de la conjoncture économique." S'y ajoute un problème : le manque d'heures de vol sur avion de ligne. L'ENAC en dispense 180. Insuffisant souvent pour décrocher un poste.

"Pour travailler, j’ai fait de l’enseignement. Je suis retournée dans mon aéro-club comme instructeur durant un peu plus d’un an. Ensuite, je suis rentrée à nouveau à l’école – comme instructeur également – où j’ai notamment formé des futurs pilotes de ligne chinois, explique Fanny. J'ai été instructeur voltige : je mettais l’avion sur le dos, à charge pour l’élève pilote de le redresser !".

Les compagnies à bas coûts : un tremplin

Trois ans instructeur dans son ancienne école, Fanny ne possède toujours pas assez d'heures de vol sur avion de ligne. En 2014, elle décide alors de partir en Lettonie, à Riga, où elle décroche son premier emploi de pilote de ligne auprès d’un transporteur régional. Elle officie aux commandes d’un Dash 8, un turbopropulseur de 80 places et effectue des rotations vers la Scandinavie, l’Allemagne et les pays d’Europe de l’Est. "J’y suis restée un an. J’ai pu accumuler les expériences et les heures de vol, même si elles ne sont pas toujours bien reconnues. C'était du moteur à hélice, pas encore du réacteur."

C'est Ryanair, la compagnie low-cost d’origine irlandaise, qui finit par contacter Fanny pour participer à ses sélections de pilotes. "J'ai été retenue. Là, j’ai pu voler sur des Boeing 737 et multiplier les heures de vol. Chez Ryanair, j’ai appris plein de choses et j'étais chez moi tous les soirs : le planning est fixe, on y travaille en 5×4, comprenez 5 jours de vol, 4 jours de repos."

Quand Air France rouvre ses sélections, Fanny saute sur l'occasion pour intégrer la compagnie nationale française. Chose faite en février 2017. "C'est une compagnie avec une histoire et en faire partie m’attirait. On peut s'identifier à elle et même imaginer y faire toute sa carrière. L’esprit d’appartenance dans une compagnie low-cost est moindre." Fanny aura ainsi mis sept ans pour rejoindre l'entreprise de ses rêves…

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