1. Dorian, 25 ans : "Comment je suis devenu pilote d’hélicoptère"
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Dorian, 25 ans : "Comment je suis devenu pilote d’hélicoptère"

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Spécialisé dans le secours en mer en hélicoptère, Dorian, copilote, est assisté de deux personnes : un chef de bord et un membre d’équipage pour secourir la personne en difficulté. // © Valentine Vermeil pour l'Etudiant
Spécialisé dans le secours en mer en hélicoptère, Dorian, copilote, est assisté de deux personnes : un chef de bord et un membre d’équipage pour secourir la personne en difficulté. // © Valentine Vermeil pour l'Etudiant

Voler au-dessus de la mer en hélicoptère, c’était son rêve d’enfant. Dorian l’a réalisé. À 25 ans, 
il est pilote dans la Marine et s’apprête à partir pour deux ans en Polynésie, dans le Pacifique.

Voler, pour Dorian, c’est une histoire de famille. Un grand-père mécanicien dans l’Armée de l’air. Un père pilote d’hélicoptère et formateur dans le civil. Et lui, dès l’enfance, les yeux rivés vers le ciel, rêvant de réaliser le même parcours. Son but ultime : "voler au-dessus de la mer et des bateaux".

"Depuis tout petit, je suis sur des aérodromes. Je n’ai jamais imaginé faire un autre métier que celui-là. Alors, je me suis lancé à fond. Après un bac S, j’ai travaillé quelques mois dans un fast-food pour me laisser le temps de me préparer aux sélections. Et j’ai déposé mon dossier dans la Marine", raconte-t-il. Aujourd’hui, le jeune homme de 25 ans a réalisé son rêve. Il est pilote d’hélicoptère dans la Marine sur la base aéronautique navale de Hyères (83). Pour en arriver là, il a suivi trois années intenses de formation.

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En 2013, Dorian prépare la présélection, sur la base aéronautique navale de Lanvéoc-Poulmic (29). Il y enchaîne des entretiens avec des pilotes et des psychologues. Sa motivation convainc. Il rempile pour d’autres rencontres, cette fois à la base navale de Toulon (83).

"J’ai eu des entrevues et des examens médicaux poussés, sanguins, des yeux, des articulations, des poumons… ", se souvient le jeune homme. Il rentre chez lui. Un jour, son portable sonne. "La secrétaire de l’école de pilotage m’appelait pour me dire que j’étais retenu. Mon père en a pleuré de joie. Nous étions vraiment contents", confie le pilote.

"L’École navale nous enseigne le comportement de l’officier"

La formation commence. "Je suis entré dans une promotion de 16 personnes en juillet 2013. Les premiers mois, nous avons des cours de théorie, par exemple, apprendre la checklist de l’avion par cœur. Puis, je suis parti à l’École navale, pour la FIO (formation initiale d’officier), où on nous enseigne le comportement de l’officier, ainsi que le maniement des armes et la formation pratique au commandement. Ce sont trois mois intenses : j’ai passé le permis bateau, suivi des cours d’anglais, de sport, de géopolitique…", retrace Dorian.

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Suite du programme : la sélection en vol. Elle permet de répartir la promotion dans les trois filières proposées par la Marine nationale : hélicoptère, avion de chasse ou "Patmar", la patrouille maritime. Les élèves ont 14 vols à effectuer, simples au début, puis de plus en plus complexes : "L’objectif est d’appliquer les procédures apprises et de les restituer. Pour moi, tout s’est bien passé. On a effectué quelques vols d’orientation, qui consistent à partir d’un point A jusqu’à un point B et à revenir au point A, ainsi que quelques figures. J’ai demandé ensuite à suivre la filière hélicoptère et j’ai été accepté." Désormais pilote d’hélicoptère, il part pour Dax (40) pour un an d’apprentissage.

"J’ai appris à voler dans les nuages, sans rien voir dehors"

À Dax, Dorian vit à fond sa passion. "Nous avons appris toutes les bases du pilotage : le décollage, la ligne droite, les virages, se poser en sécurité et gérer les petites urgences. J’ai découvert les vols de jour, de nuit avec les lunettes nocturnes, dans la montagne, à basse altitude… Cette période m’a vraiment confirmé dans ma vocation", tranche le jeune pilote.

Une fois les bases acquises, Dorian part cette fois au Luc-en-Provence (83), où il apprend à "voler dans les nuages, sans rien voir dehors, uniquement en se référant aux instruments". "C’était plus difficile, mais indispensable pour l’avenir", estime-t-il. Heureusement, l’ambiance dans sa promotion est bonne, sérieuse et soudée. "C’est la richesse de ces formations en groupe. Seul, ce serait beaucoup plus difficile."

Sur la base de Hyères, Dorian, qui est actuellement copilote, s’apprête à passer une qualification pour devenir chef de bord. // © Valentine Vermeil pour l'Etudiant
Sur la base de Hyères, Dorian, qui est actuellement copilote, s’apprête à passer une qualification pour devenir chef de bord. // © Valentine Vermeil pour l'Etudiant

Son rêve d’enfant est toujours plus vivace. Et pour voler au-dessus de la mer, il retourne une petite année à Lanvéoc-Poulmic, pour se spécialiser à l’ESHE (École de spécialisation sur hélicoptères embarqués). "À ce moment-là, je touche vraiment le cœur du métier, j’apprends à voler au-dessus de l’eau et des bateaux, à apponter, à transporter des charges avec l’hélicoptère", souligne Dorian. Les notes obtenues sont cumulées, pour réaliser un classement. Selon celui-ci, il peut prétendre à une affectation dans la flottille de son choix.

"Avant d’être pilote, on est un marin"

Le jeune aspirant reçoit son macaron de pilote en novembre 2016 et signe un contrat de dix ans renouvelable dans la Marine. Il est affecté sur la base de Hyères, dans la flottille 35F, spécialisée dans le secours en mer, le sauvetage et la protection des approches maritimes. "On y fait du 'SAR' [Search And Rescue] par exemple : si un pêcheur se casse le bras sur son chalutier, c’est nous qui allons le secourir", indique Dorian.

Il quitte la base, parfois avec un hélicoptère et un équipage, en détachement sur les bateaux. "En octobre, je suis parti avec une frégate, au large des côtes marocaines. On vit alors sur le bateau. La vie embarquée, c’est génial. Ce sont des missions intéressantes, avec tout un équipage. Avant d’être pilote, on est un marin", s’enthousiasme-t-il.

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Sur la base de Hyères, Dorian, en plus des missions quotidiennes sur hélicoptère, occupe les fonctions d’officier des vols, c’est lui qui comptabilise le nombre d’heures de vol chaque jour. "Nous organisons les vols de la journée, avec une liste comportant le numéro de la machine, les horaires de départ et de retour, les missions et les équipages, du jour pour le lendemain. Nous gérons aussi les réorganisations de vol, en cas de problème avec une machine", détaille-t-il. Un travail d’équipe, surtout lors des missions, où il faut savoir communiquer.

"Dans l’appareil, nous sommes trois ou quatre : un chef de bord, un copilote – moi pour le moment –, et un membre d’équipage, qui treuille les personnes secourues. C’est un travail permanent de coordination entre les trois. Avant le décollage, il faut prendre connaissance de la météo, noter les détails de la mission sur le tableau de briefing, mettre la combinaison et le casque. Après le vol, on range et on debriefe, avec un 'retex', un retour d’expérience pour les autres équipes", raconte le pilote.

"Je ne me verrais pas exercer un autre métier"

Si son quotidien le passionne, que ce soit au bureau des vols ou en mission, Dorian s’est fixé de nouveaux objectifs. Actuellement copilote, il s’apprête à passer une qualification pour devenir chef de bord. Et à partir à l’autre bout du monde. "J’ai demandé à être muté pour deux ans à Tahiti, et je pars en juillet ! C’est une super affectation : il y a plein de petites îles autour de Tahiti, et donc plus de missions", se réjouit-il.

Son conseil : "Rester humble." "Dans un hélicoptère, il faut savoir se remettre en question, car tout peut arriver. Et être passionné. Ce métier et la formation qu’il implique représentent beaucoup de travail, mais pour moi, c’est presque un loisir. J’adore ce que je fais. Je ne me verrais pas exercer un autre métier. Et si on est motivé à fond, il ne faut pas écouter ceux qui disent que c’est trop dur. Ce n’est pas vrai, je n’ai qu’un bac et j’y suis arrivé. Ce métier n’est pas réservé à une élite", insiste le pilote. Dorian se prépare au grand départ pour la Polynésie, où il continuera de réaliser son rêve, cette fois dans un décor de carte postale. De quoi faire des envieux.

Devenir pilote d’hélicoptère

Deux options existent : suivre une formation dans l’Armée ou dans le civil.

– Dans l’Armée : un baccalauréat est requis. Vous pouvez vous rapprocher, comme Dorian, de la Marine nationale, de l’Armée de terre ou de l’air. La formation, gratuite, dure de vingt-quatre à trente-six mois. Le futur pilote s’engage alors pour dix ans.

– Dans le civil. Il faut alors passer son PPL/H, la licence de pilote privé d’hélicoptère, qui s’obtient après un examen théorique et au moins quarante-cinq heures de vol. Puis le brevet de pilote professionnel, pour lequel une centaine d’heures de vol est nécessaire. Mais il faudra encore de l’expérience avant de pouvoir être recruté par des entreprises. La formation est onéreuse. "Il faut compter environ 350 € par heure de vol, car utiliser un hélicoptère a un coût !", précise Jacques Escaffre, président de la Fédération française de giraviation. Pour une centaine d’heures, cela peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Le parcours de Dorian en quatre dates

2012 :
obtient son bac S.
2013 : admis à la présélection de l’École de pilotage de la Marine nationale, à Lanvéoc-Poulmic.
2016 : obtient son diplôme de pilote de l’aéronavale et commence à travailler sur la base de Hyères.
2018 : copilote, il envisage une qualification de chef de bord. Affectation pour une base à Tahiti.