Comment je suis devenu prévisionniste météo

Par Nathalie Helal, publié le 22 Juillet 2019
6 min

À 32 ans, François Jobard, en poste à Météo France depuis huit ans, observe le ciel à l’aide de logiciels surpuissants et d’analyses purement scientifiques.

7 heures du matin, à Saint-Mandé, en région parisienne. Dans le grand bâtiment moderne de Météo France, François prend connaissance de la situation météo, en France et dans le monde, grâce aux images satellites : intempéries en cours, orages, grêle, etc. S’imprégner de ces données lui permettra de dresser, un peu plus tard dans la journée, ces fameux "bulletins", ainsi que des "brèves" et des actualités, destinés à alimenter le site de l’entreprise.

À peine arrivé, il se prépare à fournir cartes et bulletins des prochains jours aux différents médias, qu’il briefe aussi par téléphone. Également "voix off" pour certaines antennes régionales de France 3, François, à l’instar des quelque 300 prévisionnistes du groupe, ne s’ennuie pas. Sa journée, bien remplie, s’achève à 17 h 30.

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L'appel de la nature

Ce bon élève, né à Dole dans le Jura, a d’abord songé à devenir pâtissier, puis garde forestier : "Suite à un stage de 3e dans ma région, je me suis pris de passion pour ce métier. J’aime être dans la nature, et observer ce qui se passe. L'Office national des forets (ONF) me tentait beaucoup, mais on m’avait dit que je ne serais pas forcément sur le terrain, alors, j’y ai renoncé", se souvient-il.

À la même époque, il construit un petit abri dans le jardin de ses parents, équipé d’une sonde thermométrique reliée à sa chambre. "J’ai commencé à m’intéresser de près à la météo, un vrai sujet de conversation pour tous ceux qui, comme moi, viennent de la montagne. Je crois qu’en fait, j’ai toujours baigné dedans ! Mes grands-parents maternels étaient agriculteurs, et du côté de mon père, apiculteurs. Autant dire qu’il y avait une angoisse latente chez eux à propos des aléas climatiques", sourit François.

Fort en maths, il imagine devenir ingénieur météo dès la seconde. Son bac S, option maths, assorti de la mention "très bien" en poche, il entre en 2005 en prépa scientifique au lycée Victor Hugo de Besançon : "La prépa était très intense ! On sacrifie des années de jeunesse, même si, contrairement à certains, je n’ai jamais voulu passer des nuits blanches à réviser. Je me vois comme un coureur de fond, quelqu’un qui était capable de bosser tout le temps, week-ends compris, mais je ne tire jamais trop sur la corde !", explique-t-il. Il y passera trois ans, après avoir raté le concours une première fois : "Il y avait six places en tout, mais deux seulement pour la filière maths-physique que j'avais choisie. J'ai eu l'École Centrale de Lyon, mais je faisais une fixation sur la météo !"

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Résistance au stress

En septembre 2008, il réalise enfin son rêve et rejoint la Météopole de Toulouse, l’école nationale de la météorologie (ENM). S’ensuivent 3 ans d’études intensives et riches en apprentissages : observation du ciel et de la visibilité, perturbations atmosphériques et fonctionnement de l’atmosphère ou encore des cours de prévisions météo basés sur des images satellites et des images radar. Depuis longtemps accro aux sites météo, François savoure tous ses cours. "Je n’étais pas totalement vierge sur le sujet, mais j’ai découvert la modélisation et les simulations par quart d’heure grâce à un logiciel particulièrement puissant et complexe et j’ai adoré !

Plusieurs stages, dont un de cinq mois effectué en 3e année à l’Université de Victoria à Vancouver (Canada), vont conforter sa vocation : "Je suis allé jusqu’en Alaska, dans une zone reculée, pour des recherches. De quoi satisfaire ma nature contemplative !", se remémore François. Intégré à Météo France en août 2011, il n’en a pas bougé depuis. Il y bénéficie d’un statut de fonctionnaire, car il s’agit d’un établissement public administratif.

Si le salaire semble peu élevé, en regard de la difficulté des études et du faible nombre de places disponibles, il convient à François, qui a préféré le public au privé. Ses recommandations à ceux qui auraient envie de suivre ses traces ? "Avoir l’esprit de synthèse, une certaine résistance au stress, car la vigilance météo c’est aussi traiter des situations dangereuses, liées à la sécurité des personnes, et aimer les chiffres et les statistiques ! Des inconvénients ? Je n’en vois pas." Effectivement, hormis la contrainte d’un week-end sur trois travaillé, aucun nuage ne pèse sur son activité.

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