Comment je suis devenue notaire

Par Nathalie Helal, publié le 09 Janvier 2020
7 min

Laure, 33 ans, s’est prise de passion pour le droit et le métier de notaire, découvert lors de stages dans un cabinet d’avocats.

8 h 30, dans son bureau situé au cœur de Paris, Laure jette un coup d’œil à ses mails avant de finaliser son planning. Dès 10 heures, elle accueillera ses premiers clients. Les rendez-vous s’enchaîneront ensuite jusqu’à plus de 14 heures. "Mariages, divorces, successions, projets d’acquisition, consentement à l’adoption et tout ce qui touche à la filiation : j’accompagne les clients historiques ou les nouveaux venus dans toutes les étapes de leur vie", énumère Laure.

Elle se consacre ensuite au management ainsi qu’à la gestion de l’étude : "procédures de recrutement, fiscalité, publication et enregistrement des actes". C’est précisément par la relecture d’actes dressés par ses collaborateurs qu’elle achèvera sa journée de travail, qui s’étire parfois jusqu’à 22 heures. Ayant prêté serment, elle seule est habilitée à les signer.

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Une littéraire attirée par le droit

Au collège Feuchères de Nîmes (30), rien ne prédisposait l’adolescente studieuse à embrasser cette profession. "J’avais un oncle journaliste. Il dirigeait un grand quotidien, je voulais faire pareil ! À plusieurs reprises, j’ai été stagiaire au journal, envoyée au Festival d’Avignon pour rédiger des critiques de pièces représentées. J’adorais ça !", se souvient Laure. Les horaires de bouclage la freinent dans son élan. Son profil de littéraire n’empêche pas ses parents de la pousser vers une filière scientifique. Elle s’en tire avec la mention très bien au bac S, option physique.

Intuitivement attirée par le droit et décidée à tenter l’ENS Cachan, elle intègre une classe préparatoire au lycée Turgot, à Paris (75). "Il y avait beaucoup de macro-économie en 1ère année, ça ne me disait rien. J’ai finalement choisi d’écourter la prépa et suis rentrée à Nîmes, direction la fac de droit. Une fois ma 2ème année en poche, j’ai débarqué à Montpellier, où il y avait davantage de formations diplômantes".

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Notaire : un métier de "magistrat de l’amiable"

Sur le terrain, la jeune femme fait connaissance avec le droit privé et le droit du patrimoine. Elle effectue de nombreux stages au sein du cabinet de sa tante, avocate à Avignon. "J’y ai pleinement découvert le rôle du notaire, qui me semblait plus neutre et consensuel, comme une sorte de 'magistrat de l’amiable'".

Le droit du patrimoine (transmissions, assurances-vie, sociétés civiles familiales…) la passionne au point qu’elle en fait le sujet de son mémoire de master 1. Ses bonnes notes lui permettent d’intégrer sans difficultés le master 2 en droit notarial qu’elle visait, à Montpellier.

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Un itinéraire bis vers le diplôme supérieur du notariat

"Pour décrocher le diplôme supérieur du notariat, en principe, il faut effectuer dix-huit mois de stage chez un notaire, plus six dans une banque. Mais les études notariales étaient alors exsangues à cause de la crise immobilière qui freinait les transactions. Personne ne m’aurait recrutée", explique-t-elle. Laure choisit donc de se tourner vers un master II en ingénierie juridique et fiscale du patrimoine à la Sorbonne pour compléter sa formation.

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Fiscalité, impôts, transmission des biens et entreprises, droit des incapacités (tutelles, curatelles…) et assurances-vie font partie du cursus. Malgré ce diplôme bac+5 et une expérience de notaire-stagiaire à Paris, elle a l’obligation de suivre des cours à l’École du Notariat et, en parallèle, à Paris II-Assas, où elle doit valider des "semestrialités".

Il s’agit de modules "avec des cours hebdomadaires et des examens (mais aussi pas mal de TD et des contrôles surprises !)" nécessaires à l’obtention du diplôme supérieur du notariat. Deux ans plus tard, après l’obtention de ses "semestrialités" et la soutenance d’un rapport de stage sur un cas complexe d’immobilier et de société au sein d’une famille, Laure décroche enfin son diplôme supérieur du notariat.

Loi Macron : une opportunité pour ouvrir son étude notariale

Notaire-assistante dans une nouvelle étude, la chance lui sourit… "J’ai entendu parler de la Loi Macron qui permettait d’élargir les contingents d’études, très limités jusque-là, et très coûteuses à racheter. J’ai monté un dossier en 2016. Un an après, j’apprends que j’ai été tirée au sort !"

À peine installée à son compte, elle rêve de s’associer. Sa demande à la Chancellerie met plus de dix mois avant d’être acceptée, enquête de moralité à l’appui. Il ne lui reste plus qu’à prêter serment, ce dont elle s’acquitte devant un tribunal de grande instance (TGI). Désormais associée avec deux autres notaires, chacun ayant des spécialités bien distinctes, Laure privilégie la rigueur et la discrétion. Du reste, elle tient à garder secrète l’adresse de son étude, déontologie oblige. Le maître-mot de sa profession.

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