1. Métiers de la Marine nationale : 24 heures à bord du "La Fayette"
Reportage

Métiers de la Marine nationale : 24 heures à bord du "La Fayette"

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Hiver 2018. En Méditerranée, au large des côtes varoises, la frégate "La Fayette", navire de combat de 125 mètres de long avec 150 marins à bord, participe à l’exercice d’entraînement "Gabian". Quatre fois par an, les personnels de la flotte toulonnaise s’entraînent ensemble. Au programme : des exercices de lutte contre navires et aéronefs, de tirs contre des cibles aériennes ou de surface. Reportage.

À bord de la frégate La Fayette

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  •  // © Patrick Gherdoussi/Divergence pour l'Etudiant
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  • La frégate La Fayette, prête au combat

    15 février 2018, 11 h 30. Au loin, la frégate anti-aérienne Le Cassard a remorqué la cible, un gros ballon blanc. Dans quelques minutes, la frégate de combat La Fayette va procéder à un tir au moyen de son canon de 100 mm. C’est Ismaël, 26 ans, chef tourelle, qui est chargé de son entretien : "Mon rôle est de maintenir les performances opérationnelles du canon", explique ce mécanicien d’armes, qui a passé son BAT (brevet d’aptitude technique) à Saint-Mandrier, dans le Var.

    La Marine fait de plus en plus face à des conflits dits "asymétriques" : ceux-ci n’opposent plus deux États en guerre, mais un pays à un groupe terroriste organisé qui tire avantage de sa maîtrise du terrain. "Les menaces sont de toutes sortes quand on patrouille dans le détroit de Bab-el-Mandeb – qui sépare Djibouti du Yémen, un État en guerre – ou près de la côte de somalienne, un État failli", note Charles, 25 ans, diplômé d’école de commerce, engagé un an comme aspirant volontaire.

    "Pour réussir comme fusilier marin, il faut cultiver des grandes qualités de sang-froid et de maîtrise de soi", confie Victor, 23 ans, le second maître (premier grade du corps des officiers mariniers). Formé à l’École de Maistrance, à Brest, après son bac S, le jeune fusilier a servi, en 2016, sur Le Cassard, dans une mission intensifiant la lutte contre Daech (Organisation de l’État islamique) en Irak et en Syrie.

  • Manon, quartier-maître de première classe : la marine pour les voyages

    "Nous sommes 20 filles parmi 150 marins à bord, mais le La Fayette n’était pas féminisé, il y a deux ans", explique Manon, 25 ans (au second plan). La jeune quartier-maître de première classe a déjà six ans de marine derrière elle. 

    "Après mon bac STMG [sciences et technologies du management et de la gestion], l’envie de voyages m’a saisie", explique-t-elle. Ses affectations l’ont déjà conduite en Crète, Estonie, Italie, Norvège, Pologne, Maroc et Surinam. "On repart en mission dans un mois !", se réjouit déjà la jeune femme.

  • 150 marins pour faire tourner la frégate

    10 heures : pause avant l’exercice de tir. La moyenne d’âge est de 27 ans, mais les moments de détente sont rares. La feuille de service organise la journée, heure par heure, depuis le branle-bas à 7 h 30 jusqu’à 20 heures. Sans compter les périodes de quart qui amènent à veiller la nuit. 

  • Mathieu, mécanicien : s'assurer en permanence du bon fonctionnement des machines

    Dans la salle des machines arrière, Mathieu, 24 ans, mécanicien, hurle pour se faire entendre. Il porte en permanence des bouchons d’oreilles. Ici, on produit l’eau, l’air et l’énergie du bateau. "Toutes les heures, il faut vérifier le niveau d’huile, d’eau ou de gazole. Et réajuster si besoin." Un bac professionnel en poche, Mathieu passe une licence en mécanique navale.

    Après des débuts professionnels dans la marine marchande, il s’engage dans la Marine. "J’aime mettre les mains dans le cambouis ! Je passe des heures en salle des machines à me perfectionner en épluchant de la documentation technique."

  • Tristan, manœuvrier : gérer l'accostage et l'appareillage du bateau

    À 17 ans, Tristan n’est pas le plus jeune à bord : trois collégiens de 14 ans font leur stage de troisième d’une semaine sur la frégate. Tristan a justement arrêté l’école après cette classe : "Je voulais une profession. L’armée me l’a fournie", lâche le jeune Toulousain. 

    Tristan est manœuvrier : "Je m’occupe de l’accostage, de l’appareillage, et je gère les aussières, ces gros cordages utilisés pour attacher le bateau aux pontons."

  • Ismaël, chef de veille nautique : repérer ce qui n'est pas repérable

    Toute menace n’est pas détectable par radar. Les yeux et les jumelles servent encore. "Je repère à vue tout ce qui n’est pas 'radarisable' et je procède à l’identification visuelle de tout ce qui bouge en l’air ou sur l’eau", explique Ismaël qui exerce aussi la fonction de chef de veille nautique. 

    La frégate La Fayette elle-même est difficilement repérable : ce navire furtif passe pour un bateau pêcheur sur un scope radar ! Conçue il y a plus de vingt-cinq ans, sa technologie de pointe lui a valu de figurer dans le film de James Bond (1995) "Golden Eye".

  • Pascal Forissier, capitaine de frégate : le "pacha" aux commandes

    "Désignez à l’artillerie la cible dans le travers tribord." De 10 heures à 11h30, se tient l’exercice de tir. Sur la passerelle – le lieu où se trouvent les commandes et d’où l’on dirige le navire –, l’atmosphère est à la concentration maximale. Le capitaine de frégate, Pascal Forissier, 42 ans (au premier plan), commandant du La Fayette, donne ses ordres et écoute les retours de ses subordonnés avec un calme à toute épreuve. Le "pacha" (surnom d’un commandant de navire) a fait l’École navale en 1998. Parmi ses nombreux états de service, Pascal a effectué des missions de lutte sous-marines, contre les narcotrafiquants en mer de Chine et dirigé une cellule de crise lors d’opérations militaires en République centrafricaine. 

    Il a pris le commandement du La Fayette le 18 janvier 2018. La frégate se dirige vers sa position de tir. Sous ses ordres, un officier artilleur commande la mise en place des armes, en particulier du canon de 100 mm. "Une fois la cible reconnue, j’ordonnerai plusieurs salves de tir, explique-t-il. Cet exercice a beaucoup d’importance. Nous affrontons des menaces nouvelles comme les drones armés ou les bateaux suicides… Nous pouvons être alors amenés à effectuer ce type de tir." Le pacha ordonne : "Ouvrez le feu !". Quatre coups de canon détonent.

  • Masque obligatoire pendant l'exercice de tir

    11 heures : "On me donne un cap et je modifie l’angle de la barre." Sur la passerelle, le visage et les mains couverts par une cagoule et des gants – comme tout le personnel lors de l’exercice de tir –, revoici Tristan. À 17 ans, il tient déjà la barre : il s’agit en fait d’un joystick qui lui permet de faire évoluer le navire d’un simple mouvement de doigt ! Aux côtés de Tristan, Manon envoie des allures aux machines pour accélérer ou ralentir, en fonction des consignes données.

  • Coralie, directrice de l’intervention incendie : empêcher le feu de se propager

    14 h 45 : une fumée grise envahit la coursive. L’exercice incendie débute. Au cœur de l’action, Coralie (au premier plan), 29 ans, mène les opérations. En tant que DDI (directrice de l’intervention incendie), elle officie au plus près du sinistre et dirige le groupe de pompiers chargés d’attaquer le feu. "Le but est d’être le plus efficace et le plus rapide possible, car le feu se propage vite sur un navire", explique Coralie. 

    Le DDI travaille en liaison constante avec le DDL (directeur de lutte). Plus en retrait, installé au PC sécurité, le DDL a une vue sur le plan du bateau et élabore des plans d’attaques techniques de lutte contre le feu ou les voies d’eau. Il en informe Coralie et son équipe.

  • Marin pompier : évacuer les blessés et veiller à la sécurité de tous

    15 h 15 : "Le blessé se situe en coursive principale. L’origine du feu n’est pas identifiée"… L’exercice de simulation d’incendie bat son plein dans les coursives. Une sirène retentit, des marins équipés d’une étouffante tenue de protection anti-feu déploient une manche d’incendie, d’autres évacuent un blessé. Ils se déplacent sur les genoux pour respirer le moins de fumée possible. "La sécurité, c’est la première chose qu’un marin apprend. Il faut connaître le bateau, les consignes de sécurité et les lieux où est stocké le matériel de protection", explique Coralie. Tout le personnel est donc formé à la sécurité, du cuisinier aux commissaires de bord. C’est l’affaire de tous et pas seulement des six marins pompiers à bord.

  • Directeur de lutte : centraliser les informations et coordonner les actions

    Une frégate est un système d’armes sans cesse sur le qui-vive. Au PC de sécurité, le DDL (directeur de lutte) centralise toutes les informations et donne les ordres concernant les actions à mener : coupure de ventilation, envoi de renforts, appel de l’équipe médicale. Le succès de l’exercice repose sur le respect des consignes et la coordination avec le DDI (directeur d’intervention). Dans le PC, une banderole au-dessus du plan du bateau affiche un adage, partagé par tous les marins : "Le succès sera collectif ou ne sera pas."

  • Mickaël, au service Infolas (information lutte au-dessus de la surface) : en charge de la défense du bateau

    "Ma zone principale de travail : c’est ici, au centre des opérations." Bienvenue dans l’endroit le plus secret du navire ! Mickaël, 27 ans, y dirige le service Infolas (information lutte au-dessus de la surface). Pas moins de 17 personnes réparties en trois équipes y ont en charge les radars de bord, le traitement et le calcul des informations recueillies et leurs transmissions. Son service assure aussi la défense passive : "Par exemple, nous activons le système de leurres en cas de tirs contre nous."

    Après son bac S et une classe prépa au lycée naval de Brest, Mickaël a bifurqué vers une école de commerce avant de voir sa candidature retenue comme officier sous contrat. "À 22 ans, je me suis retrouvé à l’École navale pour un an de formation maritime et d’officier à Lanvéoc, près de Brest". Lors de l’exercice de tir sur cible, Mickaël coordonne l’ensemble des équipes avec le directeur de tir. "Au combat, j’aurai la charge de la défense du bateau contre tout aéronef ou missile venant contre nous, avec délégation permanente du commandant pour utiliser notre armement et se défendre."

  • Sacha, mécanicien naval : effectuer la maintenance d’installations hydrauliques

    "À bord, j’effectue la maintenance d’installations hydrauliques. Hier, la stabilisation est tombée en panne. C’est elle qui maintient droit le bateau en cas de mauvaise mer. Hier encore, la frégate a beaucoup gîté car on ne peut pas intervenir si la vitesse est supérieure à 12 nœuds !" Sacha, 21 ans, est mécanicien naval au secteur Installations, aviation et extérieur. Lors de son bac pro mécanique à Reims, Sacha a opté pour le statut de réserviste qui permet d’avoir un aperçu de la Marine avant de signer un contrat de dix ans.
    "Le Cirfa [le bureau de recrutement de la Marine] m’a convaincu d’aller jusqu’au bac ! Sinon je me serais engagé dans l’École des mousses ; on peut y postuler dès 16 ans." Sacha a achevé sa formation de spécialité le 4 juillet 2017. "Le 5 juillet, j’embarquais sur le La Fayette".

  • L'hélicoptère : le lien avec la terre

    L’hélicoptère est la vigie avancée de la frégate. Il est un peu le cordon ombilical qui relie le navire à la terre et aux autres bâtiments. Ici, un hélicoptère moyen-lourd Panther, capable de transporter dix passagers et deux membres d’équipage. Il assure, de jour comme de nuit, des rotations entre la frégate La Fayette, qui croise en Méditerranée, et la base d’aviation navale de Hyères.

Vous voulez rejoindre les quelque 36.000 marins ? La Marine nationale forme à 70 métiers qui touchent à l’aéronautique, l’armement, la navigation, la mécanique, les télécommunications. Zoom sur cinq métiers accessibles avec ou sans le bac.

Matelot opérations navales

Au central opérations, ce professionnel se voit confier la mise en œuvre du matériel de détection aérienne (radar), sous-marine (sonar) ou de guerre électronique. Au PC télec (poste central télécommunications – qui regroupe les systèmes de communication du navire –, il participe à la maintenance des réseaux satellitaires, de l’intranet et des réseaux spécifiques à la Marine. Le métier est accessible aux jeunes de 17 à 24 ans, de la troisième au bac. Il est préférable d’avoir suivi une filière scientifique pour la spécialité systèmes d’information et de communication. Vous signerez un contrat de quatre ans.

Navigateur timonier

À la passerelle de navigation, le "navit" détermine la position du navire et tient à jour les cartes nautiques. Il assiste le chef de quart pour la navigation. Une partie de son travail de timonier consiste à savoir déchiffrer les signaux lumineux, les messages radio et par bras. Il est rarement affecté à terre. Dans ce métier, on embarque aussi bien sur un porte-avions, un chasseur de mines, une frégate…

Lire aussi : Au cœur de l'École navale : dans le navire amiral des futurs officiers

Le recrutement à l’École de Maistrance, à Brest, qui forme les officiers mariniers, s’effectue sur sélection auprès de bacheliers âgés de 17 à 29 ans. Le contrat initial est de dix ans.

Fusilier marin

Son rôle à terre comme en mer consiste à protéger tous les sites sensibles de la Marine. À terre, ce sont les arsenaux, les bases navales, les centres de transmission, et, en mer, les différents bâtiments de la flotte. Embarqué, ce professionnel est responsable du maintien de l’ordre, des consignes de sécurité et de la protection contre les intrusions. Formé au combat et aux techniques d’interpellation, il peut mener des interventions armées. Le recrutement s’adresse aux titulaires d’un bac. Pendant votre carrière, vous pouvez passer des qualifications telles que maître-chien, tireur d’élite ou rentrer dans la filière commando très demandée.

Technicien des systèmes d’armes

Missiles, canons… Le technicien des systèmes d’armes assure la maintenance et la mise en œuvre de l’armement à bord. Sa formation en fait un spécialiste en informatique de commande, électronique, automatique et optronique. Appelé aussi "électronicien d’armes", il occupe une place centrale dans les opérations navales. Il dirige les tirs depuis le central opérations. Le métier est accessible aux titulaires d’un bac, après sélection. Comme pour tous les autres métiers de la Marine nationale, vous devez avoir la nationalité française, savoir nager, être déclaré apte physiquement et médicalement et avoir effectué votre Journée défense et citoyenneté.

Marin-pompier de la flotte

Ce marin est, bien sûr, chargé de la prévention des sinistres, de la sauvegarde des personnes et de la protection du matériel. Ses deux principaux sujets de préoccupation sur un bâtiment sont le feu et les voies d’eau. Comme chef d’équipe face à tout sinistre ou secours aux personnes, il doit diriger, avec rapidité et efficacité, une équipe d’intervention. Le recrutement s’effectue, après sélection, auprès de jeunes âgés de 18 ans à moins de 30 ans et titulaires d’un bac.