1. Des serious games pour lutter contre le harcèlement scolaire
Reportage

Des serious games pour lutter contre le harcèlement scolaire

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Le serious game : une méthode innovante et intéressante pour impliquer et faire réagir les élèves sur une thématique comme celle du harcèlement. // © Fédération française des télécoms
Le serious game : une méthode innovante et intéressante pour impliquer et faire réagir les élèves sur une thématique comme celle du harcèlement. // © Fédération française des télécoms

Le programme "Internet sans crainte" circule dans les collèges pour sensibiliser les élèves au problème du harcèlement scolaire, amplifié par les nouvelles technologies. Reportage dans une classe de cinquième d'un collège de l'Yonne.

Collège des Champs-Plaisants, dans la ville de Sens (Yonne). En fin de récréation, dans le froid de novembre, les élèves d'une classe de cinquième viennent s'installer dans une salle équipée d'un video-projecteur. Au programme ? Un jeu un peu spécial animé par Cécile Rousselle, coordinatrice du programme "Internet sans crainte", mis en place par l'entreprise de production de ressources numériques Tralalere.

Au-delà de l'enceinte de l'école

Le thème ? Le harcèlement à l'école, en particulier sur les réseaux sociaux. Selon les chiffres de e-enfance, 40 % des élèves avouent avoir subi un acte de cyber-harcèlement. "Avec la démocratisation des téléphones portables, explique Cécile Rousselle, les phénomènes de harcèlement qui existent à l’école depuis toujours se poursuivent sur les réseaux sociaux. Cela peut avoir des conséquences graves sur la vie des jeunes."

D'où l'intérêt des campagnes de sensibilisation, à plus forte raison chez les plus jeunes collégiens. Comme le relève Michel Combot, directeur général de la Fédération française des télécoms et partenaire du projet, "les élèves de cinquième sont plus ouverts à la pédagogie. Les parents considèrent que, passés 14 ans, leurs enfants sont autonomes, et moins sensibles à la prévention."

Un serious game pour lutter contre le fléau

Avant de lancer le jeu, Cécile fait un sondage à main levé sur l'utilisation des mobiles par les élèves. Une grande partie possède un smartphone, beaucoup sont sur Instagram, Snapchat ou jouent à des jeux en ligne comme Clash of Clans. Le serious game commence par une courte fiction : l'histoire de Leila, une collégienne qui ne vient plus en cours, suscitant l'inquiétude de ses camarades.

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À la fin de la cinématique, débute le jeu. Il se compose d'une photographie de la cour d'un collège, sur laquelle on peut cliquer pour récolter des indices. Par exemple, en cliquant sur trois garçons qui discutent ensemble, on entend leurs conversations qui peuvent donner des pistes pour résoudre le mystère de la disparition de Leila. Au fil des clics, l'histoire de la jeune fille se dévoile. On apprend que des rumeurs circulent sur elle après qu'elle ait refusé les avances d'un garçon populaire du collège. Par vengeance, ce dernier a commencé à lui construire une mauvaise réputation, notamment sur Facebook et d'autres messageries privées.

Pendant l'enquête, Cécile, l'animatrice, fait intervenir les élèves, qui débattent entre eux à propos du scénario du jeu. "L'idée est de les inciter à l’empathie et de leur apprendre à reconnaître les signaux faibles du harcèlement", déclare-t-elle. En effet, "la victime ne parle pas souvent et le harceleur non plus, donc il faut agir sur tous les autres qui voient ce qu'il se passe. Ceux-là peuvent dénoncer des comportements de harcèlement."

Parler sans être jugé

Et à entendre les retours des collégiens, il faut croire que la sensibilisation infuse : "Avant, confie Taina, je ne savais pas trop ce que ça voulait dire harcèlement. Maintenant, je sais comment et pourquoi une personne peut se sentir seule ou humiliée". Et sa camarade Agathe de renchérir : "Il faut en parler, c’est le plus important, pour que ça s'arrête". "On est contre le harcèlement", conclut Hakim. "Les élèves sont en général assez contents de pouvoir en parler sans stigmatisation, sans être jugés", décrypte Cécile.

Comme lors de tout atelier de sensibilisation organisé par Internet sans crainte, trois serious games sont proposés aux collégiens, chacun sur un thème différent : le harcèlement sexiste, le harcèlement à cause de la différence, et le racket. Ils sont tous disponibles gratuitement en ligne, et Cécile invite les professeurs à les utiliser. "L'idée, c'est que les écoles prennent le relais car on ne va pas résoudre le problème en un seul atelier de sensibilisation."