Les trois clichés sur les études d’art qui ont la vie dure

Par Augustine Canu, publié le 01 Avril 2022
6 min

Du dessin toute la journée, des études sans avenir, des étudiants plutôt extravagants ou au contraire très solitaires : les stéréotypes ont la vie dure pour ces futurs artistes. L’Etudiant est allé démêler le vrai du faux autour de ces clichés… pas toujours fondés.

Des clichés sur les études artistiques, en voulez-vous en voilà… Attaqués sur leurs personnalités et leurs styles excentriques, taxés de futurs chômeurs, de fainéants ou de passionnés qui ne vivront jamais de leur art… Autant de petites phrases, remarques ou réflexions que Joséphine, 18 ans, étudiante à Prép’Art et Igor, 19 ans, en deuxième année de bachelor photographie à l'école des Gobelins, à Paris, ont, tous les deux, déjà entendues. Mais, finalement, ces stéréotypes ne les atteignent plus, ils en jouent presque.

Cliché 1 : les étudiants en art, des personnes atypiques ?

Depuis l'ancien bac L jusqu’aux études d’art, les étudiants sont loin de passer inaperçus. À l’image de Lily Iglehart, personnage fictif dans la série "Sex Education" sur Netflix : l'étudiante est souvent habillée de looks extravagants, les cheveux méchés, le noir autour des yeux, un crayon à la main et l'esprit torturé. Dans les années 90, Tim Burton met aussi en scène Edward aux mains d'argent, le stéréotype de l’artiste à la personnalité singulière. Un artiste qui vit enchainé à son art, ses ciseaux, avec une personnalité atypique.

Dans la réalité, les étudiants eux-mêmes ont des a priori sur leurs propres études. "Avant d’entrer à l’école, je m’attendais à tomber sur des personnes loufoques. En fait, il y a juste des personnes très différentes, avec un style vestimentaire plus marqué qu’ailleurs. Mais ce n’est pas plus mal, après tout, on est des artistes", relativise Joséphine. Igor, lui, savait à quoi s’attendre en rentrant aux Gobelins il y a un an, alors qu’il sortait d’un bac pro photographie. "Depuis que j’ai 14 ans, je baigne dans ce milieu. Je m’attendais à tomber avec des gens perchés. Après tout, on est tous un peu perchés, nous les artistes."

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Cliché 2 : les études d’art, des études à mi-temps ?

Si le profil atypique des étudiants en art ne semble donc pas un mythe, qu'en est-il de leur formation en tant que telle ? Là encore, il n'est pas rare d'imaginer des étudiants se friser la moustache… et les chiffres semblent le confirmer. Les emplois du temps des formations artistiques sont plus légers qu'ailleurs. Par exemple, la prépa publique des Beaux-Arts de Rouen (76) propose une formation d’un an – comme celle de Joséphine – avec seulement 450 heures de cours dans l’année. À titre de comparaison, en licence, les étudiants suivraient en moyenne 500 heures de cours par an contre environ 1.000 heures de cours en DNMADE (diplôme national des métiers d'art et de design).

Mais un rythme moins soutenu ne signifie pas que les étudiants se la coulent douce, au contraire. "Je fais en général 9h30–18h tous les jours. Mais il arrive que certaines semaines, je sois occupé avec des projets ou des shootings en studio, explique Igor. Donc je fais des semaines de 50 à 65 heures régulièrement. Dans l’art, il n’y a pas de routine d'horaire." L'étudiant assure qu’en école d’art, ils sont finalement aussi surchargés que dans d’autres formations.

Car même si les heures de cours sont moins importantes que dans d’autres cursus, c’est le travail personnel qui prévaut. Joséphine insiste, il fait partie intégrante de sa formation : "Notre quotidien, c’est de nous informer. Les profs nous demandent sans cesse d’aller au cinéma, au musée, de regarder ce qui nous entoure. Finalement, on se cultive et on travaille en permanence."

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Cliché 3 : les métiers artistiques, le chômage à la clé ?

Au-delà des études, ce qui revient souvent chez les étudiants en art, c'est sans conteste la question des débouchés. D'après la Cour des comptes, le taux d'insertion est de 80%, trois ans après l’obtention d’un diplôme dans l’une des 44 écoles supérieures d’art publiques. Un chiffre jugé sévèrement par les sages de la rue Cambon dans leur enquête de janvier 2021 puisqu'il s'agit du taux le plus faible de l’enseignement supérieur.

De quoi inquiéter les futurs artistes, même s'ils sont lucides face à la précarité de leur métier. "La précarité c’est sûr, on en a peur. C’est même devenu une blague entre nous, s'amuse Joséphine. Tu vas devenir chômeur, le RSA t’attend ! Mais dans le fond, je sais que les métiers du numérique sont moins précaires car ils sont plus récents et en expansion." L'étudiante a d'ailleurs un parcours professionnel bien dessiné : elle voudrait être graphiste pour les musées, un métier avec plus de débouchés dès la sortie des études.

Si le cliché autour de l'entrée sur le marché du travail n'est donc pas totalement faux, pour la Cour des comptes, plusieurs facteurs l'expliquent comme "la qualité du suivi de l’insertion professionnelle, l’accompagnement des diplômés, l’adaptation des enseignements au contexte dans lequel évolue l’art contemporain, et le niveau de professionnalisation des cursus".

Du côté des écoles privées, la tendance est inversée. Le suivi est bien plus important à la sortie de l’école avec une promesse d’avenir plus importante. Igor se rassure et relativise quant à son avenir. "Même si je ne travaille pas pour de l’argent, je travaillerai toujours mon art". L'étudiant compte bien préserver son âme d’artiste coûte que coûte.

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