À l'université de Nantes, une année tremplin pour limiter le décrochage

Par Alice Mounissamy, Marine Forestier, publié le 24 Octobre 2022
7 min

À l'université de Nantes, un groupe d’enseignants mené par une chercheuse formée en psychologie accompagne une petite centaine d’étudiants à l’aide d’un projet centré sur le développement personnel. Un dispositif attentif des élèves qui limite le décrochage.

Ils sont une petite douzaine devant la faculté des sciences de l’université de Nantes (44). Des jeunes entre 18 et 20 ans bénéficient du projet Caré. Ce dispositif, centré sur le développement personnel, accompagne des étudiants en année Tremplin, un aménagement d’études qui permet de rentrer en licence sous certaines conditions.

Développer les conditions pour avoir confiance en soi

Angela Tesse-Ragot, enseignante chercheuse et porteuse du projet Caré accueille les étudiants pour l’atelier qui se déroule dans une ambiance chaleureuse et détendue. La thématique du jour : "apprendre à se motiver".

"Alors, à votre avis, c’est quoi la différence entre la confiance en soi et l’estime de soi ?", lance l’enseignante aux étudiants au début de l'atelier. Les réponses fusent, pour Maxime, "la confiance en soi, c’est avoir le courage de faire" et pour Valentin, ce qui augmente la confiance c’est "faire les choses à son rythme, sans se mettre la pression".

Angela Tesse-Ragot évoque la préparation d’un entretien d’embauche et comment avoir confiance face à des recruteurs. "Que peut-on faire pour augmenter sa confiance". Pour Corentin, un autre élève, ce qui paie c’est "d’être honnête", mais aussi de faire le point sur ses compétences, estime le jeune homme qui a déjà fait un bilan de compétences. Pour l’enseignante, faire ce bilan est un très bon outil : "ça permet de créer un discours sur soi, de mettre en corrélation ce qu’on vaut et le profil du poste recherché."

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Créer du lien humain pour éviter le décrochage

Ici on ne se juge pas, on raconte ses vulnérabilités. La prof le fait aussi. Elle revient sur son parcours et ses propres échecs. L'initiative encourage le lien de groupe, ce qui fait baisser le décrochage. Car le décrochage arrive potentiellement lorsque l’élève ne parvient pas à établir un projet d’étude qui a du sens pour son avenir et en face duquel il se sent avoir les capacités.

Et c’est là tout le sens du projet Caré : "C’est un projet de lien humain. Les étudiants doivent mener une recherche introspective et en partager les conclusions dans le groupe. Ce sont des personnes que j’ai appris à connaître", témoigne Angela Tesse-Ragot, qui s’est formée auprès d’Hélène Weber, psychologue et sociologue à l’origine du projet.

Sur un groupe de 18 participants, l’enseignante-chercheuse compte deux ou trois décrocheurs, contre presque une dizaine habituellement. Malgré tout, le décrochage reste présent, pour des raisons familiales, de précarité ou de santé.

Maël, qui a bénéficié du dispositif, ne se sentait pas particulièrement concerné par les ateliers liés au développement personnel du projet Caré. S'il a rejoint le tremplin, après un bac général sans les bonnes spécialités, c’est pour entrer l’année prochaine en licence 1 de Géologie. Il en tire tout de même du positif : "J'avais très peu confiance en moi pour prendre la parole devant des personnes. J’ai appliqué les conseils des ateliers et maintenant ça va bien mieux", se réjouit le jeune homme de 21 ans. Il a aussi apprécié les efforts mis en œuvre pour créer un groupe classe, lui permettant de se faire des amis.

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Un accompagnement entre le lycée et l'université

Pour Sarah, 18 ans, c’est l’accompagnement, à mi-chemin entre le lycée et l’université, qui lui a particulièrement plu. "Ma plus grosse crainte liée à la fac, c’était de n’être qu’avec des enseignants-chercheurs détachés des classes, qui n’en ont rien à faire des élèves. Pour mes amis partis directement en L1, ça a été le saut dans le grand bain tout de suite", raconte-t-elle.

"Nous on a été bien accompagnés par les profs tout en restant très autonomes. Il y avait des bacs généraux avec les mauvaises spécialités, des bac technologiques, des personnes avec une licence, une qui revenait d’un tour du monde, une mère au foyer… cette diversité est super enrichissante", estime aussi la jeune femme. La titulaire d’un bac techno est inscrite pour l’année prochaine en licence de chimie.

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Transformer ses croyances pour réussir

L’atelier est sur le point de se terminer. Les élèves commentent leurs résultats au test pour identifier leurs pilotes internes, développé par le psychologue américain Taibi Kahler et qui cherche à identifier les injonctions auxquelles chacun obéit "Sois parfait" ou "Sois fort" ou encore "Fais plaisir aux autres"…

Jonathan confie : "Moi je ressens que je n’ai pas le droit à l’erreur. Depuis tout petit, dans ma famille on me dit qu’il ne faut pas échouer". Angela Tesse-Ragot rebondit : "Alors comment on transforme une croyance limitante en une croyance aidante… à votre avis ?"

A ce jour, le projet Caré reste interne à la faculté des sciences de l'université de Nantes, faute de financements pour créer un site web accessible à tout le monde. "Le projet n’est plus financé depuis août 2020 et repose sur le bénévolat de plusieurs personnes", souligne Angela Tesse-Ragot. Pas de quoi freiner l’enseignante qui travaille avec un ingénieur multimédia, Johanny Dargent, à des supports d’auto-formation en ligne à destination des enseignants désirant animer les ateliers du projet consacrés aux compétences transversales.

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