La réforme du deuxième cycle inquiète les étudiants en médecine

Par Pauline Bluteau, publié le 09 Decembre 2021
7 min

Pourtant mise en place officiellement depuis septembre dernier, la réforme du deuxième cycle des études de médecine (externat) n'est pas encore complètement aboutie. De quoi inquiéter les étudiants, toujours dans le flou et dans l'attente d'être entendus par leurs ministères de tutelle.

En discussion depuis 2018, puis repoussée d'un an en raison de la crise sanitaire, la réforme du deuxième cycle des études de médecine (R2C) a été actée par décret en septembre 2021. Depuis, des arrêtés devaient venir le compléter afin de clarifier certains détails. Des détails qui n'en sont pas vraiment pour les étudiants actuellement en quatrième année d'études de médecine. Toujours dans l'incertitude, ils sont pourtant les premiers à bénéficier de cette réforme qui a un impact sur leurs trois années d'externat.

Face à cette inquiétude grandissante, L'Alternative (Fédération d'associations étudiantes) et l'ANEMF (Association nationale des étudiants en médecine de France) alertent quant au bon déroulement de la R2C. Explications.

Les étudiants en médecine pas assez entendus

"La publication du décret a pris du retard, or les arrêtés étaient aussi très attendus, explique Nicolas Lunel, président de l'ANEMF. Les étudiants ne savent plus où sont les bonnes informations, certaines changent, ils sont dans le flou." D'après le représentant étudiant, les textes sont encore aujourd'hui en cours d'écriture et de finalisation.

Mais ce retard n'est plus entendable pour L'Alternative. Le 15 novembre dernier, le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) s'est réuni pour voter les différents arrêtés autour de la réforme du deuxième cycle des études de médecine. Des propositions qui ont été rejetées à 14 voix contre 12 (et 37 abstentions). "Il y avait beaucoup d'espoir sur cette réforme qui était nécessaire mais elle est aussi précipitée et incohérente", estime Eléonore Schmitt, secrétaire de l'association et élue au CNESER. L'association a donc lancé une consultation nationale pour sonder l'opinion. Près de 2.800 étudiants en médecine ont donné leur avis : seuls 4% d'entre eux se disent confiants face à la mise en place de la R2C.

"De notre côté, on a publié une lettre ouverte que l'on a adressée aux ministères de la Santé et de l'Enseignement supérieur car on ne se sentait plus écoutés, on avait le sentiment que le dialogue s'affaiblissait", commente le président de l'ANEMF.

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Des points de divergences sur la réforme du deuxième cycle

Les points de blocage se concentrent sur la dernière année d'externat. La réforme doit supprimer les épreuves classantes nationales (ECN), décisives pour choisir sa spécialité et son lieu d'affectation d'internat. Elle remet ainsi tout ce système en cause et propose "un matching" : les étudiants en sixième année de médecine passeront des épreuves dématérialisées nationales (EDN) en octobre puis des examens cliniques objectifs et structurés (ECOS) en mai. À cela s'ajoute aussi la valorisation du parcours universitaire et les différents engagements des étudiants. Trois éléments pris en compte pour déterminer un classement final.

Ce sont donc toutes les modalités concernant ces épreuves qui sont actuellement épluchées. La nouveauté de la réforme du deuxième cycle des études de médecine devait permettre d'établir 44 classements, un par spécialité. Début novembre, après avoir fait appel à un statisticien, les ministères se sont aperçus de l'infaisabilité de ces classements. "Ils seront réduits à 13, correspondant à des groupes de spécialités", précise Nicolas Lunel, affirmant que cette décision est définitive. D'autres points ont été remontés par L'Alternative au CNESER comme les inégalités financières et sociales que les nouvelles épreuves peuvent provoquer. "Notre consultation a aussi montré que les étudiants souhaiteraient que les ECOS soient validant pour passer en sixième année mais pas classant", poursuit Eléonore Schmitt. Pour le moment, les ECOS sont en partie validant car les étudiants doivent obtenir au minimum de 10/20 pour être admis en internat.

À l'ANEMF, l'enjeu se situe plutôt autour des EDN. L'association étudiante demande un calendrier précis et souhaite qu'un premier classement, par groupe de spécialités, puisse être établi après ces premières épreuves. "Les EDN comptent pour 60% de la note finale, ainsi, dès le début de la sixième année, les étudiants pourront se situer pour choisir leur choix de spécialité en fin d'année", justifie Nicolas Lunel. Des discussions sont encore en cours pour ce qui est du parcours universitaire : les représentants étudiants font en sorte que les jobs étudiants soient également valorisés.

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Pas de report possible pour la R2C

Mais comme le précise Eléonore Schmitt, malgré le rejet des arrêtés par le CNESER, l'institution "n'a pas tellement de poids, cela reste un avis consultatif que les ministères ne sont pas obligés de suivre". Pour L'Alternative, le report de la réforme serait la meilleure solution.

D'après l'ANEMF, les arrêtés devraient tout de même être publiés dans les semaines à venir, en tout cas, d'ici janvier. "Il n'y aura pas de report, le décret est passé", assure Nicolas Lunel. Ce dernier a obtenu un rendez-vous avec les ministères quelques jours après la publication de sa lettre ouverte pour apaiser les tensions. "Ce serait encore plus problématique que la réforme soit reportée : dans ce contexte politique avec une élection présidentielle, il faudrait refaire tout ce travail et les modifications n'arriveront pas tout de suite."

À L'Alternative, la réponse est assez claire aussi : "La volonté politique reste de faire passer cette réforme avant la fin du quinquennat." Les étudiants actuellement en quatrième année restent donc les premiers concernés. "Notre lettre ouverte devait rappeler que derrière une réforme il y a des étudiants. C'est toujours compliqué d'être les premiers…", concède Nicolas Lunel. L'ANEMF reste d'ailleurs vigilante sur l'adaptation des programmes censés être plus axés sur les compétences que les connaissances mais qui, dans les faits, ne semble pas vraiment appliquée. Les moyens financiers sont aussi scrutés. "Le manque de moyens est un problème chronique, des efforts ont été faits mais tout ne se résoudra pas comme ça."

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