Santé mentale : deux étudiants en médecine sur cinq ont des symptômes dépressifs

Par Pauline Bluteau, publié le 28 Octobre 2021
7 min

Les résultats de l’enquête sur la santé mentale sont alarmants : 75% des étudiants en médecine souffrent de troubles de l’anxiété et 39% de symptômes dépressifs. C’est ce qu’ont dévoilé trois associations représentants les internes et les étudiants en médecine. Parmi les principales causes : les conditions et le temps de travail.

"Pour continuer à prendre soin des autres, il faut commencer par prendre soin de nous", résume Mathilde Renker, présidente de l’ISNAR-IMG (Intersyndicale nationale autonome représentative des internes en médecine générale). Une phrase qui ne cesse d’être martelée depuis des années, et pour cause, les résultats de l’enquête publiée ce mercredi 27 novembre sont assez dramatiques.

Trois quarts des étudiants en médecine, qu’ils soient en premier cycle (2–3e année), en externat (de la 4e à la 6e année) ou en internat (de la 7e à la 12e année), souffrent de troubles anxieux. C’est 12,8 points de plus qu’en 2017, date de la dernière enquête sur la santé mentale. Près de deux étudiants sur cinq ont aussi des symptômes dépressifs, c’est aussi 11,3 points de plus qu’en 2017. Chaque année, environ dix décès d’internes sont répertoriés.

"Il faut briser cette omerta autour de l’hôpital, agir sur toutes les problématiques pour qu’on puisse enfin ne plus publier d’enquête pour dire que ça va mal", poursuivent Gaëtan Casanova (président de l’ISNI – Intersyndicale nationale des internes) et Nicolas Lunel (président de l’ANMF – Association nationale des étudiants en médecine de France).

Le non-respect du temps de travail : principal risque pour la santé mentale

Car les facteurs de risque sont multiples. Le premier est lié aux conditions de travail, ou plutôt à la durée hebdomadaire de travail. Environ 51% des internes déclarent travailler plus de 50 heures par semaine, sachant que le cadre légal du temps de travail ne doit pas excéder 48 heures par semaine, et ce pour tous les salariés, quel que soit le secteur d’activité. À mi-temps entre l’hôpital et l’université, les externes sont eux-aussi concernés par ce facteur de risque.

Parmi les étudiants en médecine interrogés, 25% estiment ainsi avoir connu un épisode dépressif caractérisé et 19% auraient déjà eu des pensées suicidaires. En lien avec le temps de travail, les internes et les externes sont principalement exposés au burn-out : 67% des futurs soignants en auraient tous les symptômes, et 39% sont aussi concernés parmi les étudiants de deuxième et troisième année de médecine. "Charge de travail extrême avec pression des examens, consommation alcoolique quasi quotidienne pendant plusieurs semaines, idées suicidaires, mise sous antidépresseurs jusqu’à la fin du deuxième cycle, prise de 10kg au cours de cette période, dépression et anxiété majeure au début de l’internat…", résume un(e) interne répondant à l’enquête.

"Derrière ces chiffres, il y a des jeunes qui souffrent, des familles qui s’inquiètent et des patients. Il y a des lois et elles doivent être appliquées, un point c’est tout", réagit Laurence Marbach, présidente de la LIPSEIM (Ligue pour la santé des étudiants et internes en médecine), présente au colloque.

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Les violences sexistes et sexuelles perdurent, notamment dans les hôpitaux

Autre facteur aggravant : les violences sexistes et sexuelles. Un quart des étudiants en médecine ont déjà subi des humiliations (23%) ou du harcèlement sexuel (25%). Enfin, 4% des étudiants ont été victimes d’agression sexuelle. Sans surprise, comme l’affirment les associations étudiantes depuis des années, ces violences se déroulent majoritairement pendant les stages, à l’hôpital (76%). Le plus souvent, les auteurs sont les médecins thésés (60%). Les représentants étudiants rappellent que les résultats ne sont pas tout noir ou tout blanc : 13% des auteurs de ces violences sont les internes eux-mêmes, 10% des étudiants en médecine.

"Vous cassez un tabou, il faut une vraie prise de conscience et ce n’est pas être faible de dire que ça va mal", justifie Thomas Mesnier, médecin et député LREM, présent lui-aussi au colloque. Car si 51% des victimes arrivent à en parler à leur entourage, 18% taisent encore ces violences. Pire encore, seuls 0,6% des étudiants de médecine font appel aux différents dispositifs d’accompagnement mis en place dans les universités ou à l’hôpital. "À deux reprises dans deux stages différents, j’ai eu des médecins hommes un peu trop tactiles, de type massage sans autorisation, évidemment main sur la cuisse et des comportements de type clin d’œil, regards insistants… Ces comportements m’ont mise mal à l’aise quand je travaillais avec eux", détaille une étudiante en deuxième cycle qui a participé à l’enquête.

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La nécessité d’avoir des moyens à la hauteur des ambitions

L’enquête insiste aussi sur les difficultés financières rencontrées par les étudiants de médecine et qui ont eu un impact sur leur santé mentale. Pour Gaëtan Casanova, il convient de rappeler que la crise sanitaire n’est pas la seule explication à l’augmentation de cette souffrance. D’après les associations étudiantes, l’absence de moyens financiers, "l'immobilisme des politiques publiques" et l’absence d’interlocuteurs réactifs n’aident pas à améliorer la santé mentale des étudiants en santé.

Plusieurs propositions ont été faites en ce sens et présentées à la ministre de l’Enseignement supérieur et au ministre de la Santé. Parmi elles : garantir des moyens humains et financiers, déstigmatiser les troubles psychiatriques, infliger des sanctions aux établissements en cas de non-respect de la législation, sanctionner les auteurs de maltraitance ou de violence, assurer la présence de cellules d’écoute, augmenter l’offre de consultations de professionnels (psychologues, assistants sociaux…), assurer des formations au premier secours en santé mentale… Pour les associations étudiantes, le plus important reste aussi le respect des lois, du temps de travail, en mettant en place un décompte d’heures. "Notre objectif est de construire une formation de qualité et de bienveillance", conclut Mathilde Renker.

À l’occasion du colloque, les ministres ont rappelé l’importance de la politique "Tolérance zéro". En juillet dernier, six lieux de stage se sont vu retirer leur agrément. Le 15 octobre, un plan national d’action pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles a également été annoncé. Une enveloppe de 7 millions d’euros doit être déployée entre 2021 et 2025.

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