Elections régionales et départementales : pourquoi les jeunes n’ont pas voté

Par Amélie Petitdemange, publié le 25 Juin 2021
6 min

Près de neuf jeunes sur dix ont boudé les urnes lors du 1er tour des élections régionales et départementales, dimanche 20 juin 2021. Manque d’éthique, de propositions pour les jeunes et de différenciation entre les programmes… Les candidats n’ont pas convaincu les moins de 24 ans.

87%. C’est le taux d’abstention record des 18–24 ans au premier tour des élections régionales et départementales, ce dimanche 20 juin 2021. Selon une étude réalisée par Ipsos-Sopra Steria, la courbe des abstentionnistes suit l'âge des sondés : 83% des 25–34 ans ne se sont pas déplacés aux urnes, 71% des 35–49 ans, 56% des 50–69 ans et 40% des plus de 70 ans.

"L’état normal de l’électeur c’est la non-participation. Il peut ensuite être sollicité, amené à voter, politisé, mais ça vient après. C’est l’insertion dans la société qui amplifie le vote. Les jeunes n’ont pas encore les caractéristiques sociales qui font voter, comme être salarié ou propriétaire", explique Philippe Juhem, maître de conférences en science politique à l'Institut d'études politiques de Strasbourg.

Selon lui, le travail pour amener les jeunes à voter n’a été conduit ni par les candidats ni par les journalistes. Les jeunes manquaient par conséquent d’informations sur les candidats, leurs programmes, leurs différences, et les conséquences concrètes de leur vote.

Le vote des jeunes "sans importance" ?

"Si on veut des informations, on les trouve. Je ne m’y suis pas intéressé parce que ça ne compte pas vraiment pour moi. J’ai l’impression que mon vote n’a pas d’importance", nuance Andréas, étudiant en fac de biochimie à Versailles.

Romane, en master de marketing à l’INSEEC, a le même sentiment. "Je me dis qu’il faut que j’aille voter mais finalement je n’y vais pas, parce que j’ai l’impression que ça n’aura pas d’impact. On ne prend pas en compte la voix des jeunes. Je trouve les présidentielles très importantes mais pas les régionales, donc je ne m’informe pas".

Romane, en master de marketing à l’INSEEC.
Romane, en master de marketing à l’INSEEC. // © Photo fournie par le témoin

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Campagne annihilée

Ce fossé entre les élections présidentielles et les élections régionales est particulièrement marqué, explique Philippe Juhem : "Les présidentielles, on en parle huit mois avant, il y a une effervescence politico-médiatique, des débats…. Pour ces élections, la campagne a été annihilée par le couvre-feu et le covid, les émissions étaient rares et tardives."

Pour le politologue, l’éducation civique n’est pas une solution. "Connaitre les prérogatives des régions ne change rien, il faut comprendre la différence entre ce qui sera appliqué par tel ou tel candidat. Plus la différenciation des programmes est forte, plus on produit des injonctions au vote".

Peu de différences entre les partis

Andrés souligne en effet que les candidats ne se démarquent pas les uns des autres. "Les partis ne sont pas très différents. Les politiques sont les mêmes, les manières de penser sont les mêmes, c’est juste la façon de faire qui change. J’ai uniquement gardé le programme des Verts, ça me donne plus envie de voter pour eux car ils ont de réelles préoccupations comme le respect de la nature et l’écologie. Mais ils ne m’ont pas convaincu au point d’aller vote", témoigne le jeune homme de 21 ans.

Les deux étudiants ne partagent par ailleurs aucun point de vue avec les candidats. "Je ne veux pas voter juste pour faire mon devoir de citoyenne, c’est hypocrite de voter par défaut. J’ai conscience que les candidats ne peuvent pas correspondre totalement à mes idées politiques, mais là ce n’est vraiment pas le cas." Selon Romane, les idées des candidats ne correspondent pas aux attentes des jeunes.

Elle est également séduite par les Verts, car elle veut que l’écologie prenne plus d’importance, mais sans avoir passé le cap de l’isoloir. "Le problème, c’est qu’à part pour l’environnement, ils n’ont pas de propositions concrètes. L’écologie, ça ne fait pas marcher un pays, il faut des idées économiques et sociales".

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Des candidats qui ne s’adressent pas aux jeunes

Selon Romane, "il y a un manque cruel de considération pour les jeunes". "J’attends des alternatives pour les jeunes. Depuis la crise, on n’a rien au niveau culturel. Et au niveau des études, c’est de pire en pire : en fac ils sont perdus, pas encadrés, trop nombreux", assène l’étudiante.

"L’intérêt des politiques, c’est de convaincre la plus grosse tranche d’âge. Ils ne s’intéressent pas aux moins de 25 ans. Ils s’adressent aux gens qui ont déjà construit leur vie mais parlent peu des étudiants et des jeunes travailleurs", regrette Andréas.

Manque d’éthique

Le manque d’intérêt d’Andréas pour cette élection résulte aussi d’une déception vis-à-vis des candidats. "Il y a un côté magouilleur, on a l’impression que les politiques ont des idées cachées derrière la tête. Ils devraient être impartiaux comme des juges, mais en fait ce sont des histoires d’intérêt et de profit. On apprend sans arrêt des affaires, comme celles de Cahuzac ou de Balkany".

Si les deux étudiants n’ont pas voté, comme près de neuf jeunes sur dix, ils s’engagent de manière différente. "Je me sens politisée mais pas par le vote, qui ne représente pas mes idées. Je manifeste par exemple, car je me retrouve dans la revendication, comme le retrait de la loi sécurité globale", explique Romane. Pour elle, le problème vient donc de l’offre politique : "on a besoin de candidats qui soient à la hauteur de nos attentes".

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