Comment je suis devenu assistant funéraire

Par Nathalie Helal, publié le 06 Février 2020
7 min

Entre licence de philosophie et école de management, Pierre, 25 ans, a finalement trouvé sa voie : accompagner les défunts dans leur dernière demeure, et assister leurs proches. Il nous raconte comment il est devenu assistant funéraire.

9 heures, au centre du 1er arrondissement de la cité phocéenne, dans les bureaux du Service Catholique des Funérailles de Marseille (13). Pierre traite le courrier, se connecte au compte bancaire de la société pour vérifier que des règlements sont bien arrivés, puis il contacte différents prestataires : thanatopracteur, fossoyeur, fleuriste, marbrier, porteurs, corbillard…

Assistant funéraire : un métier où prime l'écoute

Il passe aussi beaucoup de temps au téléphone, à l’écoute des familles. "Mon rôle, quand une personne appelle pour signaler la perte de l’un des siens, est de la guider dans toutes les étapes de l’organisation des funérailles, des différentes tâches administratives à accomplir, jusqu’au cimetière ou au crématorium, en passant par la morgue de l’hôpital".
Sa mission consiste aussi à s’assurer que les choix faits pour les obsèques ne soient pas source de péril financier pour les familles. Une nuit par semaine, les appels au standard atterrissent sur le portable de Pierre, alors d’astreinte. Elles ont lieu par roulement au sein de l’équipe de quatre salariés.

Le statut particulier de l’entreprise, une société coopérative d’intérêt collectif, chapeautée par l’évêque du diocèse, est en parfaite adéquation avec ses valeurs. "Ici, il n’y a pas de remontées de dividendes, pas d’actionnaires ni de commissions sur les ventes !". Une "garantie morale" qui a convaincu le jeune homme, que rien ne prédestinait à ce métier singulier.

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La philosophie éclaire son parcours post-bac

Elève sans histoire au collège privé Saint-Charles dans l’Isère (38), il devient interne au lycée Saint-Bonnet de Galaure, dans la Drôme (26), un choix personnel, consécutif à une rencontre avec un copain scout passé par ce pensionnat pour garçons. Puis Pierre décroche son Bac ES, "dans un esprit généraliste", sans se projeter dans l’avenir.
Lors d’une journée d’orientation, il entend parler de l’IPC à Paris (75). "La philo est enseignée là-bas comme une matière structurée et structurante pour la personne. Cela m'intéressait. J’y suis entré sur dossier et sur entretien, pour trois ans".

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Métaphysique, logique, philosophie ancienne et moderne, histoire des idées politiques, latin, français et anglais composent le cursus de la 1ère année, complété en 2ème et 3ème années par des cours de philosophie du management, de bioéthique, de théologie et d’histoire des religions. Trois ans plus tard, il sort diplômé d'une licence de philosophie.

Une dose de management pour comprendre l’entreprise

Attiré par le monde de l’entreprise, Pierre décide d’intégrer l’EMD, une école de management située à Marseille. "Son message, 'former des managers à la lumière du bien-agir, pas uniquement du profit', m’a interpellé", explique le jeune homme de 25 ans. Une bourse, des petits boulots et l’aide de ses parents lui permettent d’y entrer en master, en 4ème année.

En plus de ses cours sur les marchés financiers, le marketing, la comptabilité et la communication, il effectue un stage dans une banque privée lyonnaise… où il s’ennuie ferme. "Heureusement, j’ai passé le semestre suivant dans une université londonienne, où j’ai suivi des cours de filmographie et d’écriture littéraire, choisis en totale liberté, juste pour perfectionner mon anglais !", se réjouit-il.

Se former au monde "immense et complexe" lié au métier d'assistant funéraire

Diplômé de l’EMD, après un stage de fin d'études comme community manager dans une boîte de jeux vidéo, Pierre raconte sa quête de sens à son tuteur. "Il savait que j’étais catholique pratiquant. Il m'a recommandé d'appeler l'un de ses amis. Ce dernier est aujourd'hui mon patron. Un homme extraordinaire, avec une vision du métier extraordinaire, qui m'a aidé à dépasser mes a priori."

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Quel métier ? Celui d'assistant funéraire. "Je suis polyvalent, capable de passer de la philo au management, mais 'croque-mort', je me suis dit que ça allait faire bizarre sur mon CV !" sourit Pierre. Après avoir rencontré deux fois la même semaine les trois autres membres de l’équipe, il signe son CDI, sans avoir eu besoin de montrer son CV.

Au cours de sa formation obligatoire de six mois de maître de cérémonie et d’assistant funéraire (des cours dispensés par skype et des stages pratiques pour la plupart), il découvre peu à peu ce monde "immense et complexe", qu’il ne soupçonnait pas, tout en travaillant au sein de l’entreprise.

Major de sa promotion, pour la première fois de sa vie, il savoure les aspects profondément humains d’un métier "aussi passionnant qu’extravagant". Parfois, Pierre va jusqu’à coucher un corps dans son cercueil : "Même s’il n’a plus de vie, et que personne ne regarde, ce corps a de l’importance, et doit être manié avec délicatesse". La vie éternelle, mode d’emploi.

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