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Comment je suis devenu consultant en transfert de connaissances

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Après un passage dans la Police nationale, Eric a décidé de se tourner vers les ressources humaines et la transmission de compétences. // © Photo fournie par le témoin
Après un passage dans la Police nationale, Eric a décidé de se tourner vers les ressources humaines et la transmission de compétences. // © Photo fournie par le témoin

Un parcours atypique et des qualités humaines ont fait d’Eric, 31 ans, un élément-clé de la transmission des compétences en entreprise. Il est consultant en transfert de connaissances ou "Knowledge management facilitator".

8 heures, sur le site d’AirBusiness Academy, filiale d’Airbus, à Blagnac (31). Après avoir consulté ses mails, Eric s’attèle à la rédaction de comptes-rendus pour ses clients, "des salariés Airbus à 99%". Sa mission : "capitaliser et conserver les connaissances d’un salarié qui part à la retraite ou en mobilité". Le savoir-faire de ce dernier, ses connaissances spécifiques sont répertoriés et transmis à d’autres.

"Je réalise plusieurs interviews de personnes, pour collecter les 'ficelles' du métier puis, je les restitue sous forme de 'mapings' (cartes mentales, ndlr)", explique Eric. En moyenne, il passe environ 16 heures par dossier, un "travail très dense", car il assure également le suivi entre le nouvel arrivant et le "vétéran" : "réunions physiques ou en visioconférences, peu importe, l’idée est de leur simplifier la vie !". Celle d’Eric n’a pas toujours été simple, justement.

Du bac pro commerce à l'École nationale de police

"Très mauvais élève", au collège Jean Jaurès de Castres (81), Eric sèche souvent les cours, sauf le sport. Très tôt, il développe une passion pour le rugby, très populaire dans sa région natale. Ses entraînements sont si prenants qu’il décide de s’orienter en BEP commerce dès la fin de sa 3ème, au lycée Laborde Basse de Castres, également réputé pour sa section rugby.
Son BEP en poche, Eric enchaîne avec un bac pro commerce, au lycée privé Notre-Dame de Castres. Après son bac, il choisit d’interrompre ses études et part pour Périgueux (24), où l’attend un club de rugby de niveau semi-professionnel. Logé, nourri, il bénéficie d’un petit salaire et vibre au rythme du sport qu’il adore.

Mais son temps libre est tel, qu’il décide de travailler pour s’occuper : après un concours, oral et écrit, il intègre l’École nationale de police de Périgueux. Entre les cours de droit et administratif, la rédaction des PV et les entraînements très physique, il ne s’ennuie pas et devient, en un an, adjoint de sécurité dans la police nationale, en cumulant deux salaires.
Muté au commissariat de la préfecture de Dordogne, il reste trois ans dans la brigade de nuit, pour continuer les entraînements en journée. Il est confronté à des images violentes, mais découvre la solidarité sans faille entre les équipes.

Alors que sa ville natale lui manque, Eric organise sa mutation dans un commissariat de Castres, et déniche un club dans les environs, "histoire de jouer au rugby avec les copains". Mais à cette période "l’affaire Merah (attentats de mars 2012 à Montauban et Toulouse, ndlr) a lieu, je me suis dit que je ne voulais plus risquer ma vie dans un métier pour lequel je n’avais pas eu de vocation au départ", justifie le jeune homme.

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Un handicap surmonté grâce à la reprise des études

Au même moment, un grave accident lors d’un match lui fait subir en urgence une lourde intervention chirurgicale au niveau du dos. Après six mois d’arrêt de travail, où il récupère progressivement l’usage de sa jambe, il exerce quelques mois à l’accueil du commissariat, puis démissionne.
Embauché en CDI dans une société de sécurité, Eric fait des rondes de nuit, seul au volant de sa voiture, pour des entreprises privées. "J’ai fini par tomber en dépression : je n’avais plus aucun exutoire, car le rugby c’était fini pour moi dans mon état. J’ai donc décidé de reprendre mes études, avec un BTS en management des unités commerciales, à l’IGS de Blagnac".

Pour financer ses études, il choisit l’alternance et obtient un contrat de vendeur chez Orange, à Toulouse (31). Economie, droit, gestion financière, marketing, commerce, force de vente… les matières enseignées lui plaisent au point qu’il finit major de sa promotion, à 26 ans.
La reconnaissance de son statut de travailleur handicapé lui a permis l’ouverture de droits habituellement réservés aux plus jeunes, comme le contrat d’apprentissage : un coup de pouce qui l’incite à poursuivre ses études par un Bachelor marketing et développement commercial, à l’IDRAC Business School de Toulouse, avec un contrat en alternance chez Manpower, comme chargé de recrutement en alternance.

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Des RH au transfert de compétences, un lien qui fait sens

Entretemps, pour surmonter son faible niveau en langue, il passe un été à travailler l’anglais dans une école privée à Miami. Réopéré du dos en cours de master, il s’accroche à ses études, coûte que coûte : "Manpower ne pouvait pas me garder, il m’a fallu trouver une autre entreprise. J’ai postulé chez Airbus, qui m’a aussitôt contacté.

Recruté à l’unanimité, il intègre le service des ressources humaines où il est chargé d’accompagner le personnel en situation de handicap, durant deux ans. "Je devais simplifier la vie des nouveaux arrivants en facilitant leur intégration, tout en poursuivant mon master Stratégie et business innovation. Quand j’ai obtenu mon diplôme, j’ai aussitôt cherché du travail", affirme le natif de Castres.

En interne, il entend parler d’un recrutement en cours à l’AirBusiness Academy : "il y avait une cohérence évidente entre le poste proposé, celui de 'Knowledge management facilitator', et ceux que j’avais exercés les dernières années. Cela faisait sens, donc je suppose que c’est ce qui a fait que j’ai signé un CDD de six mois en décembre 2019 !", poursuit-il.

A l’écoute des personnels au quotidien, il souligne l’importance de l’empathie et des liens de confiance à créer et à renforcer en permanence pour ce type de job. Des qualités humaines indispensables, pas si éloignées que celles de l’entraîneur de rugby pour ados qu’il est devenu en parallèle. "La clé de tout : le leadership humain", conclut Eric, avec un sourire qui en dit long.

Eric Albert en 6 dates
17 juin 1988 : Naissance à Castres (81)
Juillet 2007 : Bac pro commerce
Septembre 2009 : Diplôme d’adjoint de sécurité de la police nationale
Septembre 2014 : Débute un BTS en management des unités commerciales à l’IGS Blagnac (31)
Septembre 2019 : Diplômé du MBA Stratégie et business innovation
2 décembre 2019 : Recruté en CDD à AirBusiness Academy, à Blagnac

Formation :
Un diplôme d’ingénieur en aéronautique, de commerce, de management… Beaucoup de filières peuvent mener à ce type de poste !

Salaire :
De 30 à 35 k par an environ.