1. Comment je suis devenu ingénieur agronome
Portrait

Comment je suis devenu ingénieur agronome

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Au Centre vinicole champagne Nicolas Feuillatte, Étienne travaille sur toute la chaîne de création du champagne. // © Photo fournie par le témoin
Au Centre vinicole champagne Nicolas Feuillatte, Étienne travaille sur toute la chaîne de création du champagne. // © Photo fournie par le témoin

La double vocation d’œnologue et d’ingénieur agronome d'Étienne Éteneau est née d'abord de ses souvenirs d'enfance dans les vignes familiales dans l'Hérault, puis de son goût pour le vivant développé tout au long de ses études. Il raconte son parcours.

Étienne Éteneau vient de passer toute une journée dans plusieurs vignobles, situés dans le département de l’Aube, à une heure et demie de son lieu d'habitation, à Reims. Il réalise une tournée d’inspection pour contrôler la maturité de la vigne et les potentielles maladies. Surtout, cela lui permet d'échanger avec les vignerons : une partie importante de son activité, même si ses équipes s’en chargent elles aussi.

Diplômé d’Agro ParisTech depuis 2010, l'ingénieur agronome de 31 ans a quitté la capitale au milieu de sa deuxième année d’études pour rejoindre le campus de Montpellier : "Les cours sur la vigne et le vin ne sont plus dispensés à Paris depuis plus d’un siècle. C’était pour moi le seul moyen de me spécialiser dans ces deux domaines", explique-t-il.

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Ce cursus spécialisé permet de passer le diplôme national d’œnologie en parallèle des études d’ingénieur agronome. Étienne en rêvait depuis toujours : "Du côté de ma grand-mère maternelle, ma famille possède un vignoble dans l’Hérault depuis les années 1950. Cette petite exploitation produit un petit vin rouge de pays. Quand j’étais petit, je passais là-bas des vacances merveilleuses en famille. On cueillait le muscat au beau milieu des figuiers et des grenadiers, juste avant la rentrée scolaire", se souvient-il.

Une priorité : les maths

De là, sans doute, est née son attirance pour la vigne et les métiers du vin. Mais il aurait pu tout aussi bien poursuivre dans l'enseignement… Dans sa famille, on ne plaisante pas avec les notes : "Une mère et une grand-mère agrégées d’anglais, un père centralien et un grand-père inspecteur académique… Autant dire qu’au collège Rabelais, à Saint-Maur-des-Fossés, où ma mère enseignait, on m’avait à l’œil. J’ai forcément toujours éprouvé un profond respect pour mes profs !", sourit Étienne.

L’excellence en maths est primordiale pour le jeune homme. Outre ses activités extrascolaires telles que le sport et la musique, il reste studieusement concentré sur "ses priorités", comme disent ses parents. Bon élève jusqu’à la fin de sa terminale S, il décroche son bac avec mention assez bien. "J’appréciais les randonnées en pleine nature ; les cours de biologie et de géologie me passionnaient. J’ai également fait mon stage de troisième chez le caviste du coin. Déjà, je commençais à nourrir le projet d’un métier en relation avec le vin", se remémore-t-il.

Major de sa prépa BCPST !

Après le bac, Étienne enchaîne par deux années de classe préparatoire BCPST (biologie, chimie, physique, sciences de la Terre) au sein de son lycée, en vue de préparer les concours des grandes écoles d’ingénieurs agronomes. Sa première année n’est pas de tout repos, mais à force de travail acharné et de volonté, il passe major de sa prépa en deuxième année ! "La forte émulation qui régnait dans ma famille ne me laissait guère le choix. Il fallait donner le meilleur de moi-même, pour ne pas avoir de regrets. Pour mon père, c’était Agro ParisTech ou rien, même si les autres écoles en province étaient tout aussi réputées. J’ai eu de la chance, j’y suis rentré en 2007 !"

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De la Champagne à l'Australie

De ses trois années d’école, il garde le souvenir d’un cursus complexe, tourné vers les productions végétales, la gestion des cultures, d’une population d’individus, arbres ou animaux, et la zoologie. "On a en main à la fois les clés de compréhension et les solutions du monde moderne, puisque j'exerce un métier d’avenir, où l’environnement et la durabilité des matières premières sont essentielles", souligne-t-il. Sitôt diplômé, il réalise son stage de fin d’études en Champagne, enchaîne sur des vendanges décalées en Australie, puis en Californie quelques mois plus tard.

De la vigne au vin

De retour en France, il s’installe en Champagne et intègre la Maison Vranken-Pommery comme responsable de la cave et du tirage. Il la quitte en juin 2018, après plusieurs promotions internes et un dernier poste de directeur opérationnel vignoble, où il manage une équipe de 70 personnes et gère 250 hectares de vignes… "Le Centre vinicole champagne Nicolas Feuillatte est venu en quelque sorte me chercher en me proposant un poste transversal, allant de la vigne au vin. J’ai accepté. Je travaille ainsi sur toute la chaîne de création du produit. J'assure sa qualité, des pieds de vigne des vignerons producteurs de la coopérative à la coupe de champagne de nos clients", résume-t-il.

Les contraintes ? "Il ne faut jamais oublier que nous sommes tributaires de la nature et du climat ; les dates des vendanges restent aléatoires", précise ce passionné, au parcours sans faute, aussi pétillant que des bulles de champagne.

Étienne Éteneau en 5 dates

2005 :
bac S
2005–2007 :
prépa BCPST au lycée Marcelin-Berthelot, à Saint-Maur-des-Fossés
2007 : intègre Agro ParisTech
Septembre 2010 : diplôme d’ingénieur agronome
Septembre 2018 : prend son poste au Centre vinicole champagne Nicolas Feuillatte

Les formations pour devenir ingénieur agronome

Un bac S est recommandé, puis une classe préparatoire (notamment BCPST ou ATS [adaptation technicien supérieur] pour les bacs techno). Certaines écoles d’ingénieurs recrutent directement après le bac, comme AgroCampus Ouest, en spécialités "agroalimentaire", "horticulture" et "paysage". Il existe également l'École d’ingénieurs de Purpan, l'ESA d’Angers, l'ISA de Lille, l'ISARA.
Le salaire d'un ingénieur agronome oscille entre 75.000 et 90.000 € par an.