1. Julien, 31 ans : "Comment je suis devenu maraîcher bio"
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Julien, 31 ans : "Comment je suis devenu maraîcher bio"

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Originaire du Nord de la France, Julien, 31 ans, vit aujourd'hui entre Bordeaux et le Pas-de-Calais. // © Sabine Delcour pour l'Étudiant
Originaire du Nord de la France, Julien, 31 ans, vit aujourd'hui entre Bordeaux et le Pas-de-Calais. // © Sabine Delcour pour l'Étudiant

À 31 ans, Julien Magniez, les pieds dans la terre de son Pas-de-Calais natal et le cœur battant pour la Gironde, met à profit son cursus universitaire pour nourrir ses semblables.

"En repensant à mes années collège, je réalise que l’idée de travailler la terre, de la cultiver, m’était déjà venue en tête. Ma famille, originaire du Pas-de-Calais, produisait quelques légumes pour les marchés, en vente directe. C’était une production à petite échelle : oignons, échalotes, pommes de terre, haricots verts, navets, rhubarbe, quelques fruits rouges…

"Petit, j’avais mon bout de jardin"

Mes parents n’étaient pas de vrais agriculteurs. Ma mère était secrétaire dans une imprimerie et mon père un “double actif” : ouvrier-chaudronnier, il était devenu professeur dans un lycée technique, et travaillait en parallèle comme chauffeur pour une société d’engrais chimiques. Mes parents décident de reprendre les terres de mon grand-père cultivateur, en 1987. Je me souviens que mon père pratiquait plutôt une agriculture “raisonnée” : il ne faisait que quelques traitements en saison…"

"Enfant, j’avais mon bout de jardin, et je m’en occupais tout seul. Est-ce que ça suffit pour décider d’une vocation ? Mon parcours scolaire a été linéaire : j’étais bon partout, sauf en dessin. De la maternelle à la fin de la troisième, j’étais scolarisé dans un établissement privé, à Ardres [62]. J’ai enchaîné avec l’internat pendant mes années de lycée. La structure était plutôt familiale. Je me suis retrouvé en filière S option sciences de l’ingénieur. Après mon bac, mention bien, en 2005, on m’a conseillé de faire maths sup.

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J’arrive en classe prépa au lycée Henri-Wallon de Valenciennes, un lycée public très réputé. Là encore, je suis à l’internat. Mais, le monde que je découvre est radicalement différent, c’est un peu 'bienvenue dans l’enfer des mathématiques' !"

"Ma petite amie me fait découvrir le Piémont"

"Ce qui m’a fait bifurquer de cette voie, bizarrement, n’a toujours rien à voir avec la terre. On devait lire des œuvres de philosophie en français, et je tombe sur 'De la brièveté de la vie', de Sénèque. Cet ouvrage résonne tellement en moi que je lâche tout pour m’inscrire à l’université de Valenciennes, en LEA [langues étrangères appliquées], anglais, allemand. Mais arrivent les blocages à la fac liés au projet de CPE [contrat de première embauche]. J’en profite pour sillonner la France avec une bande d’amis. Pendant ce voyage, je croise un ancien camarade de mon lycée, qui est en hypokhâgne à Lille. J’ai envie de faire comme lui. La rentrée suivante, je suis accepté dans son établissement.

Ma petite amie, monégasque et végétarienne, me fait découvrir le Piémont. Nous y rencontrons un étudiant, membre du mouvement Slow Food, qui nous fait découvrir le monde paysan piémontais ; ces Italiens font leurs conserves pour l’hiver…"

"À Sciences po Bordeaux, je découvre un club d’œnologie"

"Après hypokhâgne, où je m’éclate, et khâgne, je choisis de m’inscrire au concours de Sciences po Bordeaux pour intégrer directement la troisième année. Lors de ma première venue à Bordeaux, je trouve la ville hideuse. Je ne sais pas encore à quel point je vais m’y attacher par la suite…

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Je réussis le concours d’entrée en 2008. Et j’y découvre un club d’œnologie, géré par les étudiants. Je m’y engage à fond, et j’en deviens le président en 2011. J’organise par exemple des concours de dégustations à l’aveugle entre grandes écoles."

"Je suis embauché dans une maison de négoce de vins"

"J’obtiens mon diplôme en 2011 : un master gestion des entreprises et des organisations. En cinquième année, j’effectue en plus une spécialisation à l’IAE [école de management de l’université de Bordeaux] : un master commerce des vins et des spiritueux. Après un stage de six mois dans une jeune maison de négoce bordelaise, la Vintage Company, je m’y fais embaucher en tant que chargé du développement commercial dans les pays germaniques. L’agriculture revient dans ma vie, au moment où je ne m’y attends pas. Mes clients sont Allemands, Autrichiens, Hongrois, Slovaques… et adorent manger. Ils m’entraînent dans des grandes tables. Je commence à avoir une réflexion sur les produits.

Depuis fin 2017, Julien, maraîcher dans le Nord, a ouvert un stand aux Halles de Bacalan, à Bordeaux, Le Maraîcher voyageur.  // © Sabine Delcour pour l'Étudiant
Depuis fin 2017, Julien, maraîcher dans le Nord, a ouvert un stand aux Halles de Bacalan, à Bordeaux, Le Maraîcher voyageur. // © Sabine Delcour pour l'Étudiant

Après trois ans dans cette entreprise, je suis retourné me former à l’Institut des sciences de la vigne et du vin de la faculté de Bordeaux, où j’ai suivi un DUAD (diplôme universitaire d’aptitude à la dégustation). Et, en 2014, j’élabore mon projet de distribution de vins européens, de l’import-export à l’échelle du particulier et avec du contenu, c’est-à-dire des hommes, des villages, des artisans… Nous partons, avec un ami, sur les routes tourner des vidéos, et l’aventure est lancée : le Comptoir des vins du vieux monde est né."

"Je reprends les terres familiales dans le Nord"

"Deux ans et demi, intenses, pendant lesquels je suis souvent en Allemagne, à Francfort, où j’ai un bon réseau de clientèle privée. En 2015, je monte un événement important à Paris, destiné à mettre en valeur mes produits agricoles. Hélas ! Nous sommes le 13 novembre, à deux pas de la rue de Charonne. L’actualité des attentats est là et notre événement est balayé. Je comprends alors que ce que je veux, c’est créer des choses ici, en France.

Coïncidence ou pas, mes parents décident d’arrêter leur exploitation, et moi, de mettre enfin les mains dans le cambouis. Je reprends les terres de ma famille à Landrethun-le-Nord [62]. La boucle est bouclée ! En 2016, naît officiellement Le Maraîcher voyageur. Je suis alors lauréat du concours national, Fermes d’avenir, récompensant les projets d’installation en agriculture biologique de petites fermes maraîchères, en agroécologie, en permaculture, diversifiées, peu mécanisées, très productives et très qualitatives."

"J’ai créé une variété de cornichons, le P’tit Vert du Nord"

"Je produis une quarantaine de légumes, un peu de fruits rouges et j’ai lancé une variété de cornichons : le P’tit Vert du Nord, à partir d’une ancienne variété, le Vert Petit de Paris, qui n’était plus cultivée. Je ne pourrais rien faire sans les semences anciennes, ni les préparations bio pour soigner mes cultures. Mon but, c’est d’avoir le sol le plus vivant et le plus productif possible pour nourrir mes semblables !

Actuellement, je vends à la fois à des chefs du nord de la France et à des restaurateurs bordelais. Je vis vraiment entre Bordeaux et Landrethun, où j’ai un seul salarié, à plein temps. Fin 2017, j’ai installé un stand aux Halles de Bacalan, à Bordeaux, où je vends des paniers de fruits, de légumes et d’agrumes d’Italie. Mon nouveau bébé, c’est à la fois la mise en place d’une production maraîchère en Gironde et la remise en état d’une ferme du XVIIIe siècle dans le Nord, la Ferme de Sept Fontaines, où j’ai emménagé avec ma compagne.

Hormis la production des plus beaux fruits et légumes gourmands et biologiques qui me tient à cœur, je garde un lien très fort avec l’univers de la distribution du vin en Europe, pour créer des liens, faire voyager et soutenir des producteurs qui partagent la même philosophie. Mais par-dessus tout, je souhaite contribuer à ma façon à faire vivre les campagnes et les centres-villes. Je suis convaincu de l’importance de se former en permanence, et de former les futurs maraîchers…"

Comment devenir maraîcher

Après la troisième, vous pouvez vous orienter vers un CAPA (certificat d’aptitude professionnelle agricole) métiers de l’agriculture, une formation de deux ans, ou préparer un baccalauréat professionnel productions horticoles, en trois ans ; puis, poursuivre avec un BTSA (brevet de technicien supérieur agricole) production horticole, d’une durée de deux ans. Durant votre cursus, multipliez les stages auprès d’exploitations agricoles à taille humaine.

Pour exercer ce métier, il faut connaître les bases du maraîchage, se constituer un réseau, avoir des talents de négociateur…

Ensuite, vous pouvez aussi vous former dans une école de commerce, un atout supplémentaire pour apprendre à gérer le démarrage de votre exploitation.

Le parcours de Julien en 6 dates

1987 : naissance à Saint-Omer (62).
2005 : obtient son bac S, option sciences de l’ingénieur.
2006–2008 : élève en hypokhâgne et khâgne, à Lille (59).
2011 : sort diplômé de Sciences po Bordeaux (33).
2016 : reprend les terres de l’exploitation familiale à Landredthun (62).
2017 : lance Le Maraîcher voyageur, stand aux halles de Bacalan, à Bordeaux.