Conservation et restauration du patrimoine : qu’enseignent les formations ?

Par Séverine Maestri, publié le 19 Septembre 2020
6 min

La 37e édition des Journées européennes du patrimoine se déroule ce week-end. Ce rendez-vous annuel attire chaque année en France 12 millions de curieux qui (re)découvrent le patrimoine national ou régional à travers des animations ou des visites guidées. Quelles formations permettent de protéger, restaurer, entretenir ce patrimoine ?

La France compte plus de 1.200 musées, une centaine de monuments nationaux et 196 villes et pays d'art et d'histoire. L’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, en avril 2019, a marqué les esprits et fait prendre conscience de la fragilité de cet héritage et la nécessité de le protéger.

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Le patrimoine, c'est quoi ?

Charles Personnaz, directeur de l’INP (Institut national du patrimoine) explique : "C’est tout ce qu’une société considère qu’elle doit conserver de son passé pour le transmettre aux générations futures". On pense d’abord aux œuvres d’art, aux monuments, aux archives, à l’archéologie mais on parle aussi de patrimoine industriel, immatériel (savoir-faire ou techniques particulières liés à une tradition), de rites, de coutumes ou du patrimoine naturel.

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Des enseignements à vocation historique ou littéraire

Les écoles de référence s’appellent l’INP (Institut national du patrimoine), qui célèbre en cette année 2020 son trentième anniversaire, l’École du Louvre, l’École supérieure d’art d’Avignon, l’ENSSIB (École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques), l’École de Condé, l’École d’art et de design TALM de Tours, ou encore l’École nationale des Chartes, qui fêtera également son bicentenaire en 2021. À l’université, le master en conservation-restauration des biens culturels proposé à Panthéon-Sorbonne bénéficie également d’une excellente réputation.

Toutes ces formations intègrent dans leur programme de l’histoire de l’art bien sûr, mais aussi de l’histoire du livre, des langues, de la méthodologie de la conservation et de la restauration, du droit du patrimoine, de la gestion des collections, mais aussi de l’archéologie (École du Louvre), l’étude de matériaux (École de Tours). Édouard Vasseur, responsable de la chaire d’Histoire des institutions, de diplomatique et d'archivistique contemporaines à l’École nationale des Chartes explique à propos de la formation d’archiviste-paléographe (formation phare de cet établissement) : "Les cours dispensés tournent autour de la paléographie, de la diplomatique, du latin médiéval, de la culture biblique, de l’histoire des médias (photographie, audiovisuel, cinéma) mais aussi, et de plus en plus, du numérique et des humanités numériques…".

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De la pratique et des stages

Stages longs en France et à l’étranger, chantiers-écoles, mises en situation, travaux de groupe, permettent aux étudiants d’acquérir la maîtrise et la précision du geste. Les partenariats étrangers permettent parfois une coopération entre pays. Par exemple, à la suite de l’explosion qui a endommagé plus de 600 bâtiments historiques le 4 août dernier au Liban, l’INP à envoyé des experts sur place : "Une de nos anciennes élèves est partie travailler à la restauration de verres phéniciens au musée de l’université américaine de Beyrouth et nous allons envoyer des restaurateurs pour épauler les équipes libanaises sur place", raconte Charles Personnaz.

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Les nouvelles technologies au service de la conservation et la restauration du patrimoine

La question du numérique influence la conservation et la restauration. Grâce à l’imagerie 3D et les imprimantes 3D, une pièce d’un meuble abîmé peut, par exemple, être reconstituée au millimètre près. Il existe également des laboratoires dédiés au patrimoine qui analysent les constituants d’une peinture pour connaître les matériaux. Les écoles forment donc largement leurs élèves à ces nouvelles technologies.


Témoignage : Anne Feller, 23 ans, en dernière année du mastère conservation-restauration du patrimoine à l’École de Condé (site de Paris)

Actuellement, Anne Feller restaure un tableau de 1595.
Actuellement, Anne Feller restaure un tableau de 1595. // © Photo fournie par le témoin

"Après mon bac littéraire j’ai voulu exercer un métier au plus près des œuvres d’art. L'École de Condé offrait la possibilité de se spécialiser dès le second semestre de première année et cela m’a plu. J’ai opté pour la spécialisation en restauration de peinture de chevalet. Aujourd’hui je suis en dernière année de mastère. Pour valider ce diplôme, je restaure depuis 2 ans un tableau datant de 1595 et j’écris un mémoire sur le travail effectué pendant ces 2 années. Le programme du mastère s’organise autour de cours de physique, de langues, de dessin, de théorie de la restauration, sans oublier la pratique et les nombreux stages qui complètent le cursus. Les nouvelles technologies ne sont pas absentes avec des cours d’expertise scientifique et de radiographie pour aller au cœur de la matière."

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